Égalité. Liberté
COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE du district de Semur.
Extrait
du registre des délibérations du Comité révolutionnaire du district de Semur, département de la Côte-d'Or.
Séance du 17 Nivôse de l'an III (4 Janvier 1794) de la République une et indivisible, oii étaient les citoyens Magnien, président : Reuillon, Caveau, Mongin, Rriaude et Charles, secrétaire.
A l'ouverture de la séance, il a été mis sur le bureau un arrêté du représentant du peuple Calés, en mission au département de la Côte-d'Or, en date du 11 courant, adressé au Comité, dont la teneur suit :
Du onze Nivôse, l'an III de la République une et indivisible.
Considérant qu'il ne doit y avoir dans la République que des Sociétés populaires vraiment amies du peuple, qui ne consultent dans leurs délibérations que son bonheur, spn intérêt et îe salut de la République ;
mission au département de la Côte-d'Or. « Grâce à lui, dit le rapport déjà cité, le peuple reprit confiance; les citoyens innocents et calomniés qui s'abandonnaient au désespoir dans l'horreur des prisons et dans l'attente d'un sort funeste, ont été rendus à leurs foyers, à leurs familles éplorées et à leur
Considérant que leur plus bel emploi doit être de protéger l'innocence opprimée, de secourir l'indigent et de veiller à ce qu'aucun citoyen ne soit vexé ;
Considérant que la Société populaire de la commune de Semur, menée par plusieurs intrigants, loin d'avoir suivi ces principes, fidèle dès le commencement du règne affreux de nos derniers tyrans à seconder leurs vues sanguinaires, ne s'est servi de son influence que pour opprimer les meilleurs patriotes, imposer des taxes arbitraires sur les citoyens, indistinctement, en les menaçant de les faire regarder comme suspects s'ils s'y refusaient ; que non contente d'avoir prêché les maximes, d'avoir pris les délibérations les plus atroces sous le règne de Robespierre, elle semble les prêcher encore après son supplice en approuvant fortement l'adresse infâme de la Société de Dijon, que les sections de la même commune ont rejetée avec indignation ;
Considérant que cette Société populaire a conservé dans son sein tous les fonctionnaires publics que le peuple avait flétris par son improbation et qui avaient été destitués; et voulant remédier aux projets perfides qu'ils peuvent concevoir encore d'y faire entendre leur voix et d'y consacrer leurs principes, arrête ce qui suit :
Article premier.
La Société populaire de Semur demeure dissoute à la réception du présent arrêté. Tout membre qui se rendrait dans la salle des séances de la dernière Assemblée sera regardé et traité comme suspect, avant qu'elle n'ait été régénérée dans la forme ci-après :
Article II.
A la réception du présent arrêté, les citoyens Jean-Baptiste Clénet, architecte ; Xavier Thouret, Philibert Lecœur, Claude Legrain, Jean-Baptiste Santigny, Bruley, tonnelier ; Jacques Valotte-Lombard, Pétrot, administrateur du district ; Tixier, administrateur du district, et Jacques Dubois épureront la dite Société et pourront y admettre les citoyens qui, par leurs vertus et leur civisme, méritent d'y être appelés.
Article III.
A mesure qu'ils auront délibéré sur un citoyen, soit qu'il ait été membre de la dite Société ou non, le dit citoyen sera appelé et concourra, avec les citoyens dénommés dans l'article II, à la réjection et à l'admission des membres qui devront composer la Société régénérée.
Article IV.
Nul fonctionnaire public destitué depuis le 9 Thermidor dernier ne pourra y être admis, sous aucun prétexte et dans aucun cas.
Article V.
La correspondance et tous les registres de la Société populaire suspendue par le présent seront déposés au Comité révolutionnaire du district de Semur ; ils y 'seront à l'instant cotés, paraphés et numérotés pour y avoir recours au besoin.
Article VI.
Le Comité révolutionnaire du district de Semur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui sera imprimé, affiché et distribué aux sections de Semur et aux communes du district. Il appellera à l'instant les citoyens qui doivent commencer la régénération de la Société populaire.
Le représentant du peuple se repose sur le zèle, le civisme et la fermeté des citoyens chargés de faire l'épuration ; il leur rappelle qu'il n'y a point de pacte entre le crime et la vertu, et que l'honnête homme doit se séparer éternellement des méchants.
Le Heprésentatit du Peuple, Signé : Calés.
patrie, qu'ils n'ont cessé d'aimer. Un ordre de choses plus désirable s'est établi ; les autorités constituées ont été épurées et la justice a reparu triomphante sur les débris de l'anarchie. »
Guényot et Ligeret eurent de zélés collaborateurs et, parmi eux, nous citerons : l'ex-prêtre Salomon, qui se vantait (( d'avoir trompé le peuple dans ses fonctions sacerdotales » ; Junot Judrin, qui faisait réincarcérer les détenus mis en liberté; Beaupoil, Carré, Racine, Asperge, Menassier, Gigot, membre de la municipalité de Semur et très humble valet de l'accusateur et procureur Ligeret ; Plaisant, l'audacieux et cruel agent national près l'administration du district. Cet inique personnage fit incarcérer et martyriser l'honnête citoyen Noirot, de Frolois, qu'il laissa substituer à sa place, et déclara hautement qu'il ne fallait laisser subsister en France (Y pas un prêtre, pas un ci-devant noble, pas un aristocrate, n Or, la latitude qu'il donnait à cette dernière dénomination était telle qu'il aurait fait guillotiner de sang-froid la moitié de la République.
Citons enfin Henry, qui s'était fait surnommer Lièvre, probablement à cause de sa poltronnerie, et dont l'esprit louche, le cœur faux et l'àme traîtresse en faisaient l'être le plus hypocrite, le plus lâche et le plus haineux qu'on puisse imaginer.
Cet Henry, qui était parvenu à se faire nommer président des Administrateurs du district de Semur et simultanément Commissaire national, membre de la municipalité, président du Comité de surveillance du Nord, etc., avait pris à tâche de défendre les scélérats, de confisquer les biens des citoyens les plus recommandables et d'arrêter les innocents tels que le citoyen Cosseret.
Mais le comble de sa cruauté était de calomnier les malheureux détenus dans l'espoir de les perdre; et quand ses collègues lui demandaient la preuve des faits dont il accablait ses victimes, il répondait froidement : « Soyez tranquilles, les Comités des gouvernements n'en exigeront aucune et les détenus ne reviendront jamais... Rapportez-vous en à moi, je suis physionomiste et vois de suite ce q'un homme a dans l'âme... D'ailleurs, il nous faut des têtes, il faut qu'il en tombe, il faut qu'il en pleuve (1). »
La capitale de l'Auxois eut aussi ses fêtes de la Raison, de la Liberté, des Époux, etc. ; toutes furent célébrées autour de
\. Rapport fait £iux sections de Semur le 17 Avril 1795.
l'arbre de la Liberté, planté dans la Grande-Rue, mais aucune ne donna lieu au moindre désordre. Les Semurois avaient compris le but de la Révolution, mais ils la voulaient pacifique.
En 1794, il est vrai, l'exercice du culte fut interdit à Semur en dehors de l'église paroissiale, des chapelles des Minimes et de l'Hôpital. Le 27 Ventôse an III (17 Mars 1794), le fameux Carimantrant, qui chantait le Te Deiim pour remercier Dieu des conquêtes du Tiers-État sur la royauté, déposa sur le bureau du Conseil municipal les clefs de son église. Le 2 Germinal (21 Mars), le Conseil de la commune de Semur élabora un projet de pétition dans le but de transformer l'église Notre- Dame en Temple de la Raison. Enfin, le 5 Germinal, le Conseil fut autorisé par le Directoire à opérer cette singulière transformation et reçut pour l'entretien du Temple la somme de 600 livres. Un citoyen s'ofFrit généreusement à payer les frais nécessités par ce changement. Clénet, architecte, fut désigné pour diriger l'enlèvement de tous les objets religieux que renfermait l'église, y compris les grilles, les vitraux, le linge, la chaire même — ce qui demanda douze ou quatorze journées de charrois — et chargé de présenter un devis estimatif des ouvrages à faire dans l'intérieur du monument.
La réaction thermidorienne vint à propos mettre un peu de calme dans les esprits et, l'un des premiers, le citoyen Carimantrant demanda le rétablissement du culte. Bientôt après, un grand nombre d'habitants, exaspérés par les persécutions qu'ils avaient subies, vinrent en masse réclamer aux officiers municipaux les clefs de leur église. Ceux-ci, après quelques hésitations, finirent par les leur remettre et consentirent, sur leur demande, à faire constater par des experts les dégâts commis à Notre-Dame et toutes les soustractions qui y avaient été opérées.
Bien qu'instruit de ces faits par la municipalité elle-même, qui se repentait déjà de sa faiblesse et redoutait les objurgations du gouvernement, le Directoire du district crut devoir garder le plus profond silence. Il voyait un changement s'opérer dans les esprits et, dans la crainte d'une réaction trop vive, il ferma les yeux sur toutes les décisions prises par le Conseil de Semur qui, de son propre chef, fit enlever l'inscription Temple de la Raison, qu'on avait posée sur le frontispice de l'église. C'est ainsi que les choses reprirent peu à
peu leur état normal et qu'insensiblement le calme reparut. En 1805, Notre-Dame fut rendue aux catholiques et la paix religieuse définitivement signée. Et quand, cette même année, Napoléon, devenu empereur des Français, traversa Semur, il y fut reçu avec d'autant plus d'enthousiasme que les habitants de cette vieille cité considéraient, eux aussi, le glorieux soldat comme le sauveur de la France.
Enfin, quand après la chute du premier empire Louis XVIII monta sur le trône, il y eut à Semur d'inévitables réactions. L'abdication de Napoléon Bonaparte et le retour des Bourbons sur le trône de France furent officiellement proclamés à Semur le 10 Avril 1814.
« Ge jour-là, la mairie de la ville de Semur-en-Auxois ayant eu connaissance officielle du décret du Sénat conservateur qui déclare Napoléon déchu du trône et le droit d'hérédité dans sa famille aboli, M. Claude Furcy-Varenne, second adjoint, faisant les fonctions de maire en l'absence du titulaire et du premier adjoint, a pensé qu'il ne pouvoit donner trop promptement connoissance à ses concitoyens de cet événement, qui nous présage un retour assuré à la paix et à nos anciens souverains.
» En conséquence, il a réuni le Conseil municipal à l'Hôtel de Ville, sur les 9 heures du matin, et de là il s'est rendu avec les membres du Conseil et le commissaire de police sur les places publiques et carrefours, où se font ordinairement les publications ; là, il a donné lecture à haute voix des délibérations du Sénat du 1^'' Avril présent mois, de son décret du 2, qui prononce la déchéance de Napoléon Bonaparte, de la déclaration du Corps législatif du 3, par laquelle il adhère à l'acte du Sénat, ainsi que des autres pièces y relatives adressées à la Mairie.
» M. le second adjoint, en faisant ces publications, était décoré d'une écharpe blanche, il avoit aussi une cocarde blanche à son chapeau. Il en étoit de même des autres membres du cortège et d'un grand nombre de citoyens qui s'y étoient réunis. Les publications faites par M. le second adjoint ont été partout couvertes d'applaudissements, et sur chaque place un peuple nombreux faisoit retentir l'air des cris de : Vive Louis XVIII! Vive les Bourbons! Vive l'empereur d'Autriche! Vive l'empereur de Russie! Vive le roi de Prusse!
» Les publications finies, on est rentré à l'Hôtel de Ville, où il a été dressé le présent procès-verbal (1). »
Le lendemain 11 Avril, M. Varenne, escorté des autorités et des fonctionnaires publics, sortit de l'Hôtel de Ville, précédé des appariteurs et des tambours, et tous se rendirent sur les places et carrefours de la Ville, suivis d'une foule considérable de citoyens. Là, M. Varenne prononça un discours fort applaudi, dans lequel il rappela au peuple toute la reconnaissance qu'il devait aux hautes puissances alliées qui avaient amené ce nouvel ordre de choses. Il donna ensuite lecture des articles de journaux relatifs à l'abdication de Napoléon Bonaparte et aux bases de la nouvelle Constitution, puis il entra à l'Hôtel de Ville, où l'un des membres du Conseil fut chargé de rédiger le procès-verbal de ce qui s'était passé et un projet d'adresse au gouvernement provisoire de la France.
Depuis la sortie du cortège de l'Hôtel de Ville jusqu'à sa rentrée, toutes les cloches furent sonnées à grande volée et un drapeau blanc était arboré sur l'une des tours de l'église.
Le 12 Avril, en présence de la municipalité et de tous les membres du Conseil, il fut donné lecture du procès-verbal que l'assemblée adopta à l'unanimité; puis M. le second adjoint annonça qu'un Te Deiim en action de grâce serait chanté le dimanche suivant 17 du présent mois. Enfin, il fut aussi donné lecture de l'adresse qui devait être présentée au gouvernement et dont la teneur suit :
(( AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE » Le Conseil municipal de la ville de Semur (Côte-d'Or)
» Nosseigneurs,
» Jouet et victime pendant vingt années et des excès de la licence populaire et des excès du pouvoir absolu, le peuple français respire enfin.
» Rendu à ses souverains légitimes, tout lui présage le plus heureux avenir sous un gouvernement libéral et paternel. L'expérience des siècles en est le garant.
» Cet antique amour des Français pour le sang des Bourbons brûle encore dans tous les cœurs, et le descendant de Saint-Louis, lepetit-fils du grand Henri, le frère de Louis XVI