‹ Histoire générale de Semur-en-AuxoisChapitre 35 sur 93 · Coche, Me Victoire; Loque, M" Adélaïde; Graille, Sophie · texte numérisé non relu

Coche, Me Victoire; Loque, M" Adélaïde; Graille, Sophie

Moutiers-Saint-Jean, lequel avait soi-disant reçu les ordres du vicomte de La Rivière, d'envoyer prendre à Vassy quatre canons qui s'y trouvaient à la disposition du dit Conseil (1). Celui-ci députa aussitôt à Vassy M. Maillard, membre de la municipalité ; mais à peine fut-il de retour à Semur avec ses canons que le Conseil reçut du vicomte une lettre par laquelle il l'informait que cet ordre n'émanait pas de lui, mais avait été donné à son insu par M™^ de Breteuil, son ancienne parente par alliance; que, néanmoins, et malgré cet étrange procédé, il était heureux d'offrir à la ville de Semur, le berceau de sa famille, les dits canons, et qu'il priait Messieurs de la ville de vouloir bien les accepter, ce qui fut fait.

(( Deux de ces canons, dit M. A. Massicot, furent placés en batterie devant le corps de garde de la garde nationale. La poudre manquait, on en acheta un quintal ; et le club des Jacobins de Semur, en 1793, ne pouvant pas admettre des canons sans canonniers, émit le vœu de voir former une compagnie d'artilleurs. La motion fut portée à la connaissance de la municipalité, qui accueillit assez froidement le projet. Déjà en délicatesse avec les ardents du jour, la municipalité se vit alors dénoncée par les clubistes comme entachée de modérantisme. »

Quelques membres du clergé avaient cru devoir s'associer au mouvement d'émancipation qui soulevait alors la France. Aussi voit-on un certain nombre de prêtres faire partie de la Société des Amis de la Constitution, plus tard Société des Jacobins. C'étaient: à Dijon, le futur évêque Volfius; à Beaune, Monnot, Marandet, oratoriens; à Saulieu, le curé Brun, celui qui, au passage du bataillon des Marseillais, s'écriait, au début de sa harangue : (( Expergiscimini cives patrise periciilum imminet. » Enfin, à Semur, les prêtres Tisserand et Guényot, et jusqu'au curé de cette ville, le fameux Carimantrant qui, né en Octobre 1763, conserva ses fonctions pendant 53 ans et mourut le 10 Août 1820. Ce curé constitutionnel, dont la tombe est dans la chapelle du cimetière et dont nous aurons encore à parler, prononça, le jour de la Fédération (14 Juillet 1792, an IV de la Liberté), le discours que nous reproduisons

1. De ces canons, qui sont d'un fort beau modèle, deux reposent au musée. Ils portent, sur la culasse, le millésime de 1671 et, en langue allemande, l'inscription ci-contre : a J'ai été fortement empoisonné ; quand je souffle, c'est un orage de malheurs. »

ici d'après le recueil de la Bibliothèque de Semur et bien qu'il ne soit pas un chef-d'œuvre d'éloquence :

« Dies victorise ejus festivitatis » in numéro sanctorum dierura » Accipilur et colitiir. »

(Livre de Judith, chap. 16.)

(( Frères et amis,

» Avec ce texte de choix, pouvais-je plus heureusement caractériser cette fête de notre Fédération qui nous rassemble ! Fête vraiment nationale et dont l'époque anniversaire date de ce fameux 14 Juillet à jamais mémorable dans les fastes de la liberté française. Alors, vous le savez, sous les coups redoublés des plus courageux patriotes, le despotisme tyran fut écrasé par la chute et enseveli sous les débris fumants de la Bastille, odieuse forteresse dont le nom ne saurait plus se prononcer qu'avec horreur! Aussi ce jour de victoire est honoré comme un jour de fête. Dies victoriœ ejus festivitatis in numéro sanctorum dierum accipitur et colitur.

)) Et pour justifier en quelque sorte l'enthousiasme de cette cérémonie civique, où le cri de notre serment doit éclater au midi de ce jour et se répéter et retentir comme un écho dans l'enceinte de la France, ce m'est assez de vous rappeler (s/c) en passant les deux essentiels droits de l'homme que nous avons reconquis : Egalité et Liberté.

» Et d'abord, en dépit de la caste ou tribu ci-devant noble et de ses généalogies sans fin, nous sommes tous les enfants de celui qui est le père de tous... A ses regards paternels, dit le grand apôtre, se représentent également et le juif et le gentil, et le scythe et le barbare, et celui qui est libre et celui qui est esclave. Ubi non est gentilis et judœus, barbarus et scytliae, servus et liber,

» Et qu'ils nous disent donc, ces hommes prétendus pétris d'un autre limon que le nôtre et qui, dans l'ivresse de leurs titres de naissance, vrais hochets de vanité, clinquant féodal, s'imaginaient faire une espèce à part et tenir à la race des demi-dieux sur la terre, qu'ils nous disent si le riche et le pauvre, le monarque et le berger, naissent et meurent autrement les uns que les autres? Ah! chantait un de nos poètes modernes :

Égaux par leur nature, égaux par leur misère,

Noir ou blanc, faible ou fort, tous les hommes sont frères.

)) Cependant, comme l'explication de ce droit d'égalité que

nous rend la Constitution française ne fut jamais plus versatil (sic) qu'elle l'est devenue dans le domaine de l'opinion, il m'importe d'en fixer le vrai sens dans vos esprits en réduisant le mot égalité dans son vrai sens et à sa juste valeur.

» Eh bien! elle est abolie pour toujours cette inégalité furtive et d'étiquette qui courbait servilement la tête d'un citoyen devant son semblable... Oui, le spectre a perdu son despotisme et la noblesse son piédestal ; à leur place succède le droit que nous a donné la nature, droit qui va, sans choix et sans distinction, tenir la balance sous l'empire des lois.

» La loi, comme la divinité dont elle émane, ne fait plus acception de personne; elle nous appelle également aux dignités, aux places et aux emplois publics, selon la capacité et sans aucune distinction que celle des talents et des vertus ; et tout citoyen a autant de droit qu'un autre de demander force à la loi et de se couvrir de son égide pour défendre sa sûreté individuelle et résister à l'oppression.

» Quant au droit de liberté, écoutez d'où elle dérive et ce qu'elle est par la Constitution : Dès que les hommes naissent et demeurent égaux en droits, dès lors ils naissent et demeurent libres ; la conséquence saute aux yeux. En effet, dans l'ordre primitif des choses, la nature assurait à l'homme le libre exercice de ses facultés, et il n'y eut alors qu'une supériorité de force ou d'intelligence qui pût créer l'empire d'un homme sur un homme; ainsi l'arbrisseau fléchit encore et se courbe sous les rameaux vigoureux d'un chêne qui l'oppressent ou qui l'ombragent.

» Qu'a fait le pacte social? Il a substitué au droit de la nature un droit de convention, et cela pour soustraire l'homme citoyen à la supériorité des forces physiques ou morales de l'homme dans l'état de nature; de là, il s'ensuit que la liberté constitutionnelle n'est rien moins que cette effervescence destructive, cette licence effrénée qui, dans les mouvements furibonds, n'a d'autre règle que de n'en point avoir.

» Nous lisons dans la déclaration des droits de l'homme que la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Voilà le cercle où il nous faut nous mouvoir sans en sortir jamais. « Faites aux hommes (disait notre divin fondateur) tout ce que vous voulez qu'ils vous fassent. » Quœcumque vultis ut faciant vobis homines et vos facile illis,

» Frères et amis, nous serons d'autant plus libres que nous

maintiendrons la liberté des autres : Assurer la leur, c'est affirmer la vôtre.

» Périsse à jamais le droit du plus fort, droit affreux qui ne saurait revivre qu'à la honte de la Révolution française.

» Que si nous avons gémi longtemps sous le joug de l'oppression, gardons-nous de devenir de barbares oppresseurs; respectons les lois, elles ont repris le glaive pour nous rendre le peuple le plus libre de l'univers et tout à la fois le plus heureux.

» Puisse notre bonheur dater de la fête fraternelle de ce jour, qui a été mis au rang des saints jours et qui est honoré comme un jour de fête. Dies victoriœ ejus festivitatis in numéro sanctoriim dieriim accipitur et colitur (1) ».

L'année 1792 fut orageuse : La Proclamation de la Patrie en danger inspira aux uns le noble élan du patriotisme, aux autres le désir de pillage et de sévices contre ceux qui avaient possédé si longtemps les droits qu'ils venaient de conquérir. L'autorité, prévoyant le mal, agit contre les familles des émigrés avec une rigueur apparente qui leur épargnait de plus ignobles et de plus grands malheurs. Nul, en effet, des suspects détenus à la prison de Semur pendant la période révolutionnaire ne fut contraint à monter sur l'échafaud (2).

En revanche, nous voyons dans la liste des 479 détenus au château de Dijon, liste dressée par M. Philibert Varenne, avocat au Parlement, que bon nombre de citoyens de Semur furent incarcérés l'année suivante :

Henry Guy Sallier, président à la Cour des Aides de Paris, arrêté le 18 Mai 1793 et transféré à Paris le 11 Janvier 1794, fut décapité en Avril.

Jean-Baptiste Sallier de Chamont, conseiller à la Cour de Paris, arrêté le 18 Mai 1793, fut transféré à Saint-Lazare le 2 Mai 1794.

Charles-Philibert Bretagne, chevalier de Saint-Louis, de Semur, arrêté le 18 Mai 1793, fut élargi le 23 Octobre 1794.

Claude-Philibert Tarin, avocat à Semur, arrêté le 18 Mai 1793, fut élargi le 30 Octobre 1794.

1. Ce discours fut prononcé par l'abbé Carimantrant après la célébration de la messe, devant un autel élevé au milieu du Cours et après les harangues de Maillard, commandant de la garde nationale, et de Guényot, président du tribunal.

2. L. Bocquin. — Esquisse pittoresque, morale et historique de la ville de Semur; — J. Ledeuil. Notice sur Semur-en-Auxois.

Philibert Varenne, conseiller au bailliage de Semur, arrêté le 18 Mai 1793, fut élargi le 21 Février 1794.

Jean Finot, avocat à Semur, arrêté le 18 Mai 1793, fut élargi le 11 Juillet 1793.

Jean Finot, avocat à Semur, réintégré le 28 Octobre 1793, réclamé le 19 Novembre 1794.

Charles-Marie-Andoche Guiod, avocat à Semur, arrêté le 18 Mai 1793, fut élargi le 16 Juin 1793.

Jacques-Philibert Labbé, procureur à Semur, arrêté le 18 Mai 1793, fut élargi le 12 Juin 1793.

Jacques-Philibert Labbé, procureur à Semur, réintégré le 8 Novembre 1793, réclamé le 18 Octobre 1794.

Hector Roussel de Jailly, arrêté le 18 Mai 1793, fut élargi le 18 Juin 1793.

Hector Roussel de Jailly, réintégré le 20 Novembre 1793, réclamé le 3 Novembre 1794.

Jean-Baptiste-François Varenne, avocat à Semur, arrêté le 18 Octobre 1793, fut élargi le 20 Octobre 1794.

Philibert-Hugues Gueneau Daumont, écu^^er du maire de Semur, arrêté le 18 Octobre 1793, fut élargi le 4 Septembre 1794.

Jacques Godard, audiencier en la Cour des Comptes de Dijon, habitant Semur, arrêté le 18 Octobre 1793, fut élargi le 17 Octobre 1794.

Onésime Sallier fds, demeurant à Semur, arrêté le 18 Octobre 1793, fut élargi le 3 Novembre 1794.

Jean-Baptiste-Charles Beaumont d'Angeville, chevalier de Saint-Louis, arrêté le 18 Octobre 1793, fut élargi le 30 Octobre 1794.

Denys-Augustin Champeaux d'Aviré, receveur des tailles du bailliage, arrêté le 18 Octobre 1793, fut élargi le 30 Octobre 1794.

Jean-Baptiste Tarin fils, de Semur, arrêté le 28 Octobre 1793, fut élargi le 30 Octobre 1794.

Augustin Creusot, lieutenant particulier au bailliage de iSemur, arrêté le 28 Octobre 1793, fut élargi le 21 Janvier 1794.

Pierre-Jacques Simon, procureur du roi au bailliage de Semur, arrêté le 28 Octobre 1793, fut élargi le 22 Janvier 1794.

Lazare Perrin de Saulx, chevalier de Saint-Louis, arrêté le 28 Octobre 1793, fut élargi le 21 Mars 1794.

Louis Lestre du Saussois, chevalier de Saint-Louis, garde

de Monsieur, arrêté le 28 Octobre 1793, fut élargi le 13 Novembre 1794.

Bernard Menassier, officier municipal à Semur, destitué, arrêté le 28 Octobre 1793, fut élargi le 19 Novembre 1794.

Jean-Baptiste-François Brunei, arrêté le 28 Octobre 1793, fut élargi le 23 Novembre 1794.

Jean Gaillard, domestique de M. Bouillet d'Arlot, arrêté le 28 Octobre 1793, fut élargi le 19 Octobre 1794.

François Vignon, entreposeur des tabacs, arrêté le l^'' Novembre 1793, fut élargi le 3 Octobre 1794.

Jean-Charles-Nicolas Leclerc, avocat, arrêté le 1^"* Novembre 1793, fut élargi le 17 Octobre 1794.

Étienne Millot, procureur à Semur, officier municipal destitué, arrêté le 1^^" Novembre 1793, fut élargi le 19 Octobre 1794.

Jean Bruley, chirurgien à Semur, officier municipal destitué, arrêté le l^'" Novembre 1793, fut élargi le 21 Mars 1794.

Jean-Claude-François Potier, commissaire du roi au tribunal de Semur, destitué, arrêté le l^'' Novembre 1793, fut élargi le 3 Octobre 1794.

François Girard, perruquier à Semur, arrêté le P*" Novembre 1793, fut élargi le 21 Février 1794.

Jean Valotte, tanneur à Semur, arrêté le 1^** Novembre 1793, fut élargi le 12 Février 1794.

Henri-Louis-Jean Fitzjean, ci-devant conseiller à la Cour des Aydes de Paris, arrêté le 4 Novembre 1793, fut élargi le 11 Février 1794.

François Girardot, procureur à Semur, arrêté le 4 Novembre 1793, fut élargi le 19 Octobre 1794.

Philippe Menestrier, huissier, arrêté le 4 Novembre 1793, fut élargi le 21 Février 1794.

Claude Colard, marchand, arrêté le 4 Novembre 1793, fut élargi le 15 Janvier 1794.

Jacques Gueneau, vinaigrier, arrêté le 4 Novembre 1793, fut élargi le 28 Janvier 1794.

Érard Buryat, tailleur, arrêté le 4 Novembre 1793, fut élargi le 21 Février 1794.

Charles-Étienne-Marie Marin-Marson, arrêté le 4 Novembre 1793, fut élargi le 19 Octobre 1794.

Lazare Boizot, marchand, arrêté le 8 Novembre 1793, fut élargi le 15 Janvier 1794.

Dominique Jussaume, arrêté le 8 Novembre 1793, fut élargi le 6 Février 1794,

Pierre Thibault, tanneur, arrêté le 8 Novembre 1793, fut élargi le 21 Mars 1794.

Jacques Cognier fils, arrêté le 11 Novembre 1793, fut élargi le 12 Février 1794.

Jean Damas, vigneron, arrêté le 11 Novembre 1793, fut élargi le 12 Février 1794.

François Cognier fils, arrêté le 20 Novembre 1793, fut élargi le 12 Février 1794.

Denys-Claude-Nicolas de Badier, arrêté le 1^'" Décembre 1793, fut élargi le 7 Septembre 1794.

Étienne Jacob, notaire à Semur, arrêté le l^'' Décembre 1793, fut élargi le 19 Octobre 1794.

Antoine Cosseret, notaire à Semur, arrêté le P** Décembre 1793, fut élargi le 19 Novembre 1794.

A Semur, les événements suivirent leur cours comme partout ailleurs, mais avec plus de calme. Toutefois, la tyrannie s'y fit aussi cruellement sentir; de nombreux citoyens furent, nous venons de le voir, dénoncés et incarcérés; la foi publique fut violée et le désordre extrême. « La plainte, dit le rapport fait aUx sections de la commune de Semur (1), était un crime, l'effroi commandait le silence et la mort planait sur toutes les têtes lorsque l'événement du 9 Thermidor (27 Juillet 1794) ouvrit une nouvelle scène par la chute de Robespierre. »

Semur était alors dominée par la Société populaire, presque uniquement composée d'hommes immoraux, sans principes et sans talents, qui, par leurs intrigues, parvinrent à accaparer toutes les places et à fabriquer dans leurs ténébreux conciliabules des motifs d'arrestation dont la noirceur et l'invraisemblance sautaient aux yeux. «... Un tel régime n'était guère propre à inspirer d'autre sentiment que celui de la terreur; aussi la plus sombre tristesse régnait-elle dans toute la commune. On n'osait plus s'aborder, ni se saluer, ni se visiter, tout était dans la confusion par le mélange et l'abus des pouvoirs mal fixés et empiétant les uns sur les autres... (2) »

Parmi les hommes qui, durant « La Terreur », tyrannisèrent les Semurois, il faut citer, avec Guényot, le Montagnard

1. Ce rapport fut unaninieineut approuvé par les sections du Nord et du Midi, présidées par Potier et Reuillon fils, le 23 Germinal an IV de la République française (17 Avril 1795).

2. Rapport fait aux sections de la commune de Semur le 17 Avril 1795 par les çpniniissaires nommés par les délibérations des sections des 10 et 20 Pluviôse an HJ.

sans-culotte Ligeret, surnommé le Tigre de Semur et le ' Fouquier-Thinville du département.

Guényot était le terroriste par excellence, un lâche comme jamais il en fut, un intrigant et un ambitieux, dont la vanité égalait la bêtise. Grâce à ses bassesses et aux suffrages des citoyens qu'il avait corrompus à force d'argent, il se fit nommer successivement commandant de la garde nationale, président du tribunal du district, membre du Conseil général du département, membre du Conseil général de la commune de Semur et du Comité révolutionnaire de la section du Midi.

Son premier acte de despotisme date de la fin de 1789 et eut pour conséquence la division entre les Comités civils et militaires. EiiAdron un mois après, le 27 Décembre de la même année, il s'en fallut de peu qu'il ne fit massacrer les citoyens Meslier et Varenne aîné, dont le seul crime était d'avoir accepté une députation à l'Assemblée constituante pour différentes affaires de la commune. Il ordonna leur arrestation; le citoyen Varenne parvint à s'échapper et à fuir à Paris, mais le citoyen Meslier fut pris et exposé à la fureur du peuple égaré par les imposteurs de Guényot (1).

Les 19 et 20 Septembre 1792, il s'abaissa jusqu'à servir de recors à un nommé Desferrières, qui s'était arrogé le titre de Commissaire du Gouvernement pour le désarmement des prétendus suspects, et perquisitionna avec une brutalité et une indécence révoltantes dans plus de soixante maisons. Le maire lui-même, M. Guéneau d'Aumont, n'échappa pas à la violation de son domicile et se vit confisquer des lettres de famille n'ayant nul rapport avec la politique.

Comme membre du Conseil général, il fit arrêter bon nombre de soi-disant suspects, parmi lesquels se trouvaient des membres de sa famille.

Comme membre du Comité des Douze, il désigna pour l'incarcération des centaines de citoyens.

Enfin, comme membre du Comité de surveillance du Midi, Guényot ne craignit pas de prendre la défense des scélérats de son espèce, de confisquer le bien d'autrui, d'arrêter d'honnêtes citoyens, de les fouiller, de les spolier et de lancer contre eux les plus ignobles calomnies.

C'est ce triste personnage qui dota Semur de Ligeret, de ce monstre féroce qui, après avoir été nommé chef de la Société

i. Rapport f^it £^u.x: Sections de Ja comjnune de Sernuf le 17 Avril |795,

populaire, fut appelé à Dijon pour y remplir les fonctions d'accusateur public.

Ses débuts montrèrent de suite ce qu'était l'homme. Admis, comme notable, à délibérer au Conseil général de la commune sur l'arrêté du département, en date du 2 Mai 1793, et relatif aux arrestations, Ligeret proposa de faire arrêter les citoyens Meslier, Vignon et Leclerc; mais comme il ne pouvait donner aucun motif sérieux sur cette détermination, le Conseil rejeta sa demande. Il entra alors dans une colère de bête fauve et fit à l'Assemblée la déclaration suivante : « Si vous ne faites point arrêter ces trois coquins-là, je ne prends plus part à vos délibérations; en me livrant ces trois gueux-là, je vous abandonne tous les autres. Quand six membres sont d'avis d'une arrestation, il faut qu'elle ait lieu(l). ))Mais sa proposition ayant été de nouveau repoussée, il quitta le Conseil, écumant de rage, et jura qu'il se vengerait bientôt. Effectivement, nommé peu après Procureur-Sjmdic du département, il obtint du représentant Bernard que tous les fonctionnaires qui lui avaient résisté fussent destitués.

Dans sa lettre en date du 26 Septembre 1793 (an II de la République), adressée à la Société populaire de Semur, Ligeret fit encore preuve d'une abominable scélératesse. Voici un extrait de ce chef-d'œuvre :

«... Sentinelles actives de l'intérêt commun, à la moindre alerte elles doivent en avertir le quartier général. Ne vous découragez donc point, frères et amis; poursuivez sans relâche... les artisans de llmposture; éclairez constamment vos concitoyens... préservez-les de la maladie funeste de l'attiédissement et de l'agonie du modérantisme. Dites-leur qu'il n'y a point de trêve à faire avec nos ennemis; depuis quatre ans nous les nourrissons d'indulgence et depuis quatre ans ils marchent impunément de complots en complots, de trahisons en trahisons et méditent le massacre des hommes libres.

» Vous les connaissez à leurs différents masques : aristocrates, amis de la paix, fayettistes, monarchiens, royalistes, poignardistes, amis de l'ordre, amis des lois: buzotistes, girondins, rollandins, brissotins, fédéralistes, modérés, muscadins, muscadines, tout cela marche au même but; ce sont des brigands de la même bande; il faut que partout ils soient serrés de près; que nulle commune ne leur donne asile; qu'ils soient

j. Rapport fait aux sections de la conimune de Semur le 17 Avril 1795,

traqués sans relâche; qu'aucun n'échappe au grapin révolutionnaire; sans ces précautions, nous devons nous attendre à voir les athlètes de la « Sainte-Montagne » dévorés les uns après les autres... Un objet surtout, frères et amis, que vous ne devez jamais perdre de vue, c'est la conduite de différents fonctionnaires publics... Sont-ils mous, versatiles, formalistes? Composent-ils avec la loi? En modifient-ils les dispositions?... Point de grâce. Dénoncez-les sans crainte; les médecines à la Bernard (1), dont vous venez d'éprouver les heureux effets, sont toutes prêtes.

» Signé : Le montagnard sans-culotte Ligeret. »

Dans une autre lettre, l'infâme procureur-syndic se plaignait de la lenteur des fonctionnaires publics au sujet des arrestations : (( Quoi! un tel... une telle... un tel... ne sont pas encore incarcérés? ô honte de mon pays!... »

L'emploi de procureur général du département ayant été supprimé, Ligeret revint à Semur se mettre à la tête de la Société populaire et du Conseil général. Il y fit preuve de la plus cruelle tyrannie, jusqu'au jour où le représentant Bernard le fit nommer accusateur public à Dijon. Aucune autre fonction ne pouvait mieux lui convenir ; il exerça sur ce nouveau théâtre toute sa rage révolutionnaire et aurait impitoyablement, comme il le disait lui-même, envoyé les détenus à la mort par charretées, s'il n'avait été muselé et réduit à l'impuissance par l'arrêté (2) du représentant Calés, envoyé en

1. Ce que Ligeret appelait si impudemment médecines à la Bernard, c'était la destitution, l'incarcération, etc., etc.

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