SES MONUMENTS — SES INSTITUTIONS SES COUTUMES — SES ILLUSTRATIONS
Bâtie sur un plateau de granit, vaste et escarpé, au pied duquel la rivière l'Armançon s'est péniblement creusé son lit, la ville de Semur offre aux regards du voyageur, surtout s'il arrive par la route de Montbaid, un des sites les plus riants et les plus pittoresques. Au détour de la rue de Paris, aussitôt après avoir traversé le pont Joly (1), dont l'unique arche mesure vingt-quatre mètres à la clef, il se trouve en présence d'un étonnant contraste. Devant lui, à l'extrémité même du pont, se dresse la tour Lourdeau, masse gigantesque et sombre, à toit pointu, lézardée dans toute sa hauteur, et qui le reporte au temps si lointain déjà de la féodalité. A droite, au contraire, des roches surplombant l'abîme, et dont la tête est couronnée de jardins suspendus et de terrasses aériennes,
1. Avaat la construction de ce pont, les voitures pesamment chargées ne pouvaient arriver à Semur qu'avec beaucoup de peine et de danger. M. Joly, élu aux États de Bourgogne, en obtint 57,000 livres pour bâtir ce pont, auquel la reconnaissance publique a donné son nom, et dont il posa la première pierre le 13 Septembre 1779. Le reste de la dépense, que l'on dit avoir été très considérable, fut supporté par la ville. (E. Nesle. — La Ville de Semur.)
Lors de l'inauguration du pont Joly, en 1786, M. de Montigny, trésorier général des États, fit don au maire de Semur, en souvenir de la fameuse Toison d'Or que renfermait jadis l'une des tours de la ville, la tour d'Hercule, d'une statue qu'il possédait dans sa propriété de Bierre-les-Semur et représentait Jason enlevant la Toison d'Or. M. Joly de Saint-Florent la fit placer dans son jardin, près du pont et en aval de la rivière, où elle resta jusqu'au 6 Juillet 1872, jour où elle fut vendue à M. Gautier, antiquaire à Semur, qui, à son tour, la céda à un particulier dont elle orne actuellement le parc à Trouville-Deauville. Il est regrettable que la ville de Semur n'ait pas jugé à propos d'acquérir, pour son musée, cette œuvre d'art qui est, en même temps, un document historique.
captivent son admiration. A gauche, l'aspect est tout autre; le ravin, au fond duquel serpente la rivière, côtoie, d'un côté, de ravissantes propriétés, puis, de l'autre, de verts coteaux plantés de vigne et dont quelques-uns ont leur sommet couronné de jolis bouquets de bois.
Mais le site pittoresque de Semur n'est pas la seule curiosité digne d'intérêt que possède la capitale de l'Auxois ; et maintenant que nous avons passé en revue les principaux événements historiques auxquels elle a pris part, il est juste que nous nous occupions d'elle-même, de ses monuments, de ses richesses scientifiques et artistiques, de ses institutions aussi bien que de ses coutumes, et qu'enfin nous rendions hommage à l'esprit ou au talent des hommes illustres qu'elle a vu naître. C'est à quoi nous consacrerons la troisième partie de cet ouvrage.
Construite à trois reprises différentes, la jolie petite ville de Semur, qui ne compte guère plus de 4,000 âmes, possédait jadis trois enceintes, dont il reste encore de nombreux vestiges. La première, formant le quartier riche, renfermait le château, l'église Saint-Maurice, devenue plus tard l'église Saint-Jean, l'hôpital et enfin le donjon; elle est traversée par trois rues principales, qui sont : la rue du Rempart, autrefois et successivement appelée rue du Château, rue de Montbeillard (4 Juin 1791), puis rue du Rempart (2 Nivôse an II); la rue de l'Hôpital et un chemin passant au-dessous des murs du château et qui a été tracé en 1754.
Plusieurs édifices élevés sur cet enclos ont été transformés en hôtels particuliers vers le commencement de ce siècle; c'est ainsi que l'ancien prieuré de Saint-Jean est devenu la maison Rruzard; le château de l'ancien gouverneur, l'hôpital ; et l'hôtel de Montbeillard, l'habitation de la famille Gontard.
Le château (l'ancien castrum) date de l'époque de l'établissement de l'abbaye de Saint-Maurice, c'est-à-dire du v^ siècle. Il formait une enceinte circulaire qui fut garnie, vers le xi^ siècle, lors de la réunion du comté au duché de Bourgogne, de petites tours assez rapprochées et dont quelques-unes subsistent encore aujourd'hui. Dans l'une de ces tours, la tour d'Hercule, on a trouvé, en procédant à sa démolition, des médailles romaines et des monnaies du xi^ siècle, qui prouvent surabondamment l'ancienneté de ces travaux de défense. Grâce à sa situation et à ses remparts, ce château était de ceux réputés imprenables et il subsisterait encore si une Ordon-
liance du 16 Février 1753 n'avait fait raser les tours et démolir les meneaux. M. de Saint-Florentin, alors ministre et secrétaire d'État, autorisa la ville à faire raser les murs des remparts à hauteur d'appui et à convertir l'espace libre en promenade. Les travaux furent aussitôt commencés et, le 12 Septembre suivant, les maire, échevins et habitants de Semur informèrent le Roy « qu'ayant fait nettoj^er et aplanir les remparts de la ville, qui étaient auparavant le réceptacle de tous les immondices, ils ont formé, le long des anciens murs de fortifications, une terrasse d'environ 60 toises de longueur qui est la seule promenade qu'il y ait dans la dite ville, mais qu'à l'une des extrémités de cette terrasse, il re^te environ 15 toises d'un vieux mur, parapet tombant en ruine, qui forme un aspect désagréable pour cette promenade et rend presque inutile la dépense qu'ils ont faite pour cet embellissement. Pourquoi ils supplient très humblement Sa Majesté de leur permettre de démolir le dit parapet jusqu'à la hauteur du reste des dits murs de fortification, offrant d'employer les matériaux à réparer les brèches des dits murs de fortification qui se trouvent dégradés en plusieurs endroits. » L'autorisation fut accordée et, aujourd'hui encore, le rempart est une charmante promenade, plantée de tilleuls séculaires, et d'où l'on jouit d'un très beau panorama.
Voici la description que donne du château de Semur, dans sa Cosmographie universelle, le moine Sébastien Munster (1), qui vivait au commencement du xvi^ siècle :
«... Le château est enclos de murs en forme ronde de quinze en quinze pas, et fort à merveille, bien qu'il soit fait à l'antique; mais il a été fortifié de notre temps et durant les troubles par messire Charles de Malain, chevalier de l'Ordre du Roy, seigneur de Missery et gouverneur pour le Roy au pays d'Auxois; joint qu'on n'y peut aborder pour les difficiles avenues que les rochers y causent; dedans ce chasteau effort, on voit plusieurs beaux logis et surtout un prieuré de religieux dédiez à Saint-Maurice, et bien que le dehors de ce chasteau, à cause des montagnes, soit de toutes parts plus bas beaucoup que le dedans, si est-ce qu'il y a 40 puits d'eau vive, ayant le plus profond 30 pieds de creux sans plus, bien que le
1 . Le moine Sébastien Munster était un savant hébraïsant, un géographe et un mathématicien distingué. Il naquit en 1489, à Ingelheim, dans le Palatinat. Sa Cosmographie universelle fut imprimée en allemand, en 1544, et traduite en français l'année suivante. Il en existe un exemplaire à la bibliothèque de Semur,
lieu soit très hault et enceint de la rivière ; et n'y a costé de la ville qui ne soit embelli de son faulxbourg... (1) ».
En 1358, Louis Guygnard étant capitaine du château, on établit un certain nombre d'eschiffes (guérites) sur les tours et les différentes portes de la forteresse. On en plaça une sur la tour carrée, du côté de Saint- Jean, et une autre sur la tour ronde « par devers la maison Pierre, phisicien, ès-fenêtres des dites tours ». Une troisième guérite fut mise sur la porte sire Pierre-Fournier, place du Petit-Belle (ravelin); deux autres furent établies entre la dite porte et la tour de feu Regnaud de Juilly; une autre sur le mur de la porte devant le cellier du duc; une autre contenant toute la tournelle voisine de la dite porte; deux autres enfin au château même.
Le 15 Juin 1439, par lettres du duc Philippe-le-Bon, données à Saint-Omer, Girard Guéritat fut institué châtelain, en remplacement de (( nostre bien-aimé escuier et chastellin de Semur-en-Auxois, Guiot-Brandin, qui avait fait remonstrer que obstant l'occupation qui luy convient continuellement, à cause des offices de lieutenant-général de notre bailli d'Auxois. »
L'année suivante, ce même châtelain fut commis à recevoir le tiers de l'aide de 4 sous tournois par charge de sel « pour convertir ès-réparations du chastel et donjon de Semur ». Le duc de Bourgogne, par ses lettres datées d'Autun, le 1^' Janvier 1437, avait accordé aux habitants l'aide dont il s'agit pour cinq ans, à commencer du 1^'" Janvier 1437 jusqu'au 31 Décembre 1442. Les habitants en avaient les deux tiers applicables à la fortification du bourg de Semur, et l'autre tiers devait être employé à celle du château et du donjon.
Dans le courant de l'année 1448, Girard Guéritat reçut 60 livres de gratification du duc « pour ses peines et salaires comme capitaine et garde du chastel et donjon depuis 1439 et pour ce que pendant les guerres icelui châtelain a tenu gens de guerre à ses frais pour l'aider à garder la dite place ». Sur cette somme, dix francs furent prélevés pour faire prier pour l'âme de Huguenin Millot, neveu du dit châtelain, « lequel, par nuyt, en allant réveiller le guet par le dit donjon, fut
1. Le château, dit Courtépée, est de forme ronde, sur un roc escarpé; il est formé de petites tours assez près les unes des autres. Miles Ancelot était châtelain de Semur en 1353. Louis Guygnard, chevalier, capitaine du château en 1358, avait 600 florins d'appointements avec six hommes d'armes et six sergents à pied. André Domery le fut en 1360.
Plan haieaii de Seiimr-eii-Auxois
meurtre, et lequel piteusement finit ses jours par le moyen d'une pierre qui luy client sur la teste, laquelle le mit à mort. »
Enfin, de 1452 à 1464, diverses indemnités furent accordées au châtelain Girard Guéritat pour les dépenses qu'il avait faites en entretenant, en 1440, 1442, 1443, 1444, 1445, plusieurs compagnons arbalétriers et autres pour « garder jour et nuit le donjon de Semur, pour résister aux faulses entreprises que faisoient chaque jour alors les gens du roi, Jouachin Rouhaul et autres capitaines (1) ».
L'église Saint-Maurice, élevée selon toute A'^raisemblance vers la fin du v^ siècle et sur l'emplacement où se trouve le jardin de la maison Bruzard, fut démolie vers 1180, lorsque les chanoines de Saint-Maurice durent céder le droit de paroisse à l'abbé de Flavigny. Il n'en reste actuellement aucune trace, non plus que de l'église Saint-Jean, qui lui fut substituée, et qu'Eudes III appelait sa chapelle. La démolition de cette dernière date du commencement de ce siècle et seuls les bâtiments du prieuré, qui ont servi de sous-préfecture jusqu'en 1843, existent encore aujourd'hui.
On ignore la date de la fondation de l'hôpital de Semur, ainsi que le nom de son fondateur.
Tout ce que l'on sait, c'est qu'il y avait, en 1194, comme l'atteste une lettre d'affranchissement d'Eudes de Bourgogne, un établissement hospitalier dans cette ville et que celle-ci possédait, en 1544, deux hôpitaux distincts : l'un, l'hôpital proprement dit, réservé aux malades ordinaires, était, comme nous le verrons tout à l'heure, placé dans la rue des Vaux, à l'extrémité du pont ; l'autre, destiné aux lépreux, était près de la chapelle Saint-Lazare, située dans le voisinage du Quinconce. On y faisait entrer, dit M. L. Bocquin (2), ceux qui étaient attaqués de lèpre, maladie affreuse qui exigeait l'exclusion de la société, mais qui, heureusement, a cédé à l'influence d'une médecine plus éclairée et à des moyens hygiéniques mieux combinés. En 1555 encore, on trouve qu'un nommé Godard et sa femme furent reconnus lépreux; mais, depuis 1676, époque où l'on projeta de confier la léproserie aux religieux du Mont- Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, il n'est plus question ni de l'hôpital ni de la maladie.
L'hôpital proprement dit, celui du moins qu'au début on
1 . Archives de la Cote-d'Or. B : 620!2, 6228, 6229, 6236, 6249.
l, Bocquin, — Esquisse {pittoresque, momie et Uistoriquc de la ville de Semur,
appelait Hôtel-Dieu (domus dei), et qui aurait été fondé en 1194 par Eudes de Bourgogne, puis confirmé par Louis XII, roi de France, en 1500, était situé dans le faubourg des Vaux, près le couvent des Minimes.
Les terres de l'hôpital étaient alors franches de toutes tailles, frais de ville, chevauchées, tierces et censés. En 1677, sur la proposition des administrateurs de cet établissement, les magistrats de la ville, réunis en conseil chez M"'^ la comtesse d'Origny, décidèrent qu'on achèterait, pour 3,600 livres, une maison sise à l'entrée du faubourg des Bordes et ayant appartenu à Monseigneur Espiard, conseiller du roi au Parlement de Bourgogne. Ce fut dans cette maison, habitée plus tard par M. Joly de Saint - Florent, qu'on transféra l'hôpital, lequel reçut, en même temps que le nom d'Hôpital Saint- Jacques, la jouissance, en indivis avec l'Ordre de Saint- Lazare de Jérusalem, du domaine appelé la Léproserie. Le directeur d'alors était dom Philibert Donet, docteur en théologie, aumônier du roi et prieur de Semur; le médecin, Claude Mynard, et le receveur, M'' Delaloge, avocat.
La bénédiction du nouvel hôpital eut lieu le 4 Avril 1678, par Monseigneur Courtenin, évêque d'Autun, en présence du gouverneur, de la magistrature et d'un grand nombre d'ecclésiastiques. L'année suivante, la sœur Creuzot, de l'hôpital général de Paris, fut mise, sur sa demande, à la tête du service des malades, et le 13 Mars 1684, l'abbé Poussy, bachelier en théologie, fut nommé chapelain du dit hôpital par Monseigneur l'évêque d'Autun et reçut, comme tel, un traitement de 150 livres.
En 1686, le sieur Guillot succéda, en qualité de médecin et de directeur, à Mignard, qui résigna ses fonctions après s'être acquitté très honorablement de son mandat.
Depuis son installation dans le bâtiment des Bordes jusqu'en 1684, la prospérité de l'hôpital ne fit que s'accroître, grâce aux dons et legs qu'il reçut et dont le total s'élève à près de 5,000 livres, sans compter une rente de 2,000 livres qui lui fut laissée par M"^ Douet, à charge d'une messe tous les ans et de réciter les litanies de la Vierge tous les samedis. Outre les dons en numéraire, la charité, dit M. A. Massicot (1), s'exerçait aussi envers les pauvres malades par des aumônes en nature. Ainsi, M'"^ la maîtresse des comptes Loppin leur
1. A. Massicot, — Notice historique sur l'hôpital de Semur-cn-Auxuis.
donna, en 1686, 87 boisseaux de blé et prit à sa cliarge la fourniture des drogues. Les États de Bourgogne votèrent, la même année, en faveur de l'hôpital, un crédit annuel de 3,000 livres. Trois ans plus tard, la marquise de Trichâteau lui laissa, par testament olographe, ses terres de Crespy et de Montarchon, plus la moitié de tous ses autres biens, à la condition qu'il fût transformé en hôpital général. Mais il fallut compter avec les héritiers de la marquise, la dame Praderie, le sieur de Saint-Ange et le comte d'Amanzé, qui intentèrent un procès à l'hôpital. Le débat dura dix ans, au bout desquels, malgré les démarches de M. Loppin et les frais énormes que cette malheureuse affaire occasionna à l'hôpital, le testament de M™^ de Trichâteau fut cassé par arrêt du mois d'Août 1699. Néanmoins, 10,000 francs furent attribués à cet établissement, qui put rentrer ainsi dans les dépenses qu'il avait faites pour soutenir son procès.
En 1693, on régla le service des dames de charité, dont firent partie, pour la ville : M"'^ la comtesse de Roussel, ]\|]y|iies Baillyat, de Ruffey et Robin; pour le château et les Vaux : M"^^ Manin, MM"^^ Démanche, Henry et David ; pour les Chaumes : M"^ Baudenet, M'"^ Symphon et MM"^^ Guenyot, Joly et Mouchot; pour la Chaume-Pertuisot, MM"^^ Seguinot, Gautherin, Simon, Menestrier ; pour la rue Chaude : MM"^^ Lasseret, Mynard, Barbuot et Logerot; pour le Bourg-Voisin : ]\/[]y[iies Chameau, Champagne et Joly; pour la rue Dessus : Mme (jg Fautrière, MM"^« Boucard, Ballyat et Mouchot ; enfin, pour les Bordes : MM'"^^ Bretagne, Forteau, David, MM"^"Poussy et Lestre.
Par un édit du mois d'Octobre 1696, enregistré au Parlement de Dijon le 11 Janvier 1697, Louis XIV réunit à l'hôpital la moitié du domaine de la Léproserie, qui était alors son principal revenu.
Le 4 Avril 1699, les gages des deux chirurgiens furent fixés à 30 livres par an, et le 8 Juillet de la même année deux lits furent créés pour les pauvres étrangers.
De 1684 à 1699, de nouveaux dons furent gracieusement faits à l'hôpital de Semur qui, de ce fait, reçut encore près de 2,000 livres. La municipalité lui donna, en outre, l'horloge placée dans la chambre de ville et la dame Claudine Quain, une maison située aux Bordes. Le bail des biens de l'hôpital, qui avait été donné pour la somme de 1,225 livres en 1678 et de 1,200 livres en 1682, fut renouvelé en 1701 pour 1,410 livres.
La révinioii du domaine de la Léproserie avait donc été, pour l'hôpital, un nouvel élément de prospérité. De plus, dit M. A. Massicot, la direction acheta cette même année, au prix de 1,540 livres, deux maisons joignant l'hôpital, puis le fief de Menétoy, pour 15,000 livres.
En 1703, l'abbé Poussy entra en lutte avec la direction au sujet de ses fonctions, qu'il considérait comme un bénéfice, tandis que les directeurs les voulaient amovibles. Destitué le 1^'' Mai de la dite année, il refusa de se soumettre à la décision du Conseil et conserva les clefs du tabernacle et de la chapelle, ce qui mit les directeurs dans le plus grand embarras et les obligea à recourir aux bons offices d'un serrurier. L'affaire fut portée par Poussy au bailliage de Semur, puis au Parlement de Dijon, et arriva enfin jusqu'au roi Louis XIV qui, par lettre en forme d'arrêt, accorda 187 livres 9 deniers à Poussy, mais maintint à son égard la décision du Conseil.
En 1705, nouvelle preuve de la prospérité de l'hôpital, qui prêta 500 livres à la commune, décida que les servantes natives de Semur seraient admises gratuitement et que celles des pays environnants ne paieraient que dix sols par jour.
En 1709, les gages du sieur Guyot, médecin, furent élevés à 69 livres. Deux ans après, M. Loppin laissa, en mourant, une somme de 13,000 livres à l'hôpital, sur lesquels le Conseil préleva l'entretien d'un lit à perpétuité en faveur d'un habitant de Bierre, commune dont M. Loppin était seigneur.
Grâce à ses ressources, l'hôpital de Semur put, à difterentes reprises, prêter des sommes assez considérables, non-seulement à la ville, à laquelle il avança 2,000 livres en 1712, mais encore à des particuliers, aux demoiselles de Chassey et au comte de Guitaud, qui lui demanda 6,000 livres.
En 1720, parut un nouveau règlement pour les sœurs, lequel exigeait beaucoup de bienveillance de leur part, leur interdisait de sortir delà maison sans permission expresse, voulait qu'elles fussent toutes vêtues, coiffées, nourries et meublées de la même manière, et qu'elles se contentassent de la nourriture la plus ordinaire.
L'année suivante, rapporte M. A Massicot, Louis XV accorda à l'hôpital 800 pastilles médicinales et deux livres d'onguent.
En 1724, la situation financière de cet établissement hospitalier n'était pas très brillante; les revenus s'élevaient à
2,811 livres 7 sols 6 deniers, alors que les charges atteignaient 7,965 livres.
Le 14 Juin 1734, les bâtiments de l'hôpital étant devenus insuffisants, on l'installa à la place où il est encore aujourd'hui, c'est-à-dire dans l'ancien château du gouverneur de Semur. Il fut vendu à la ville le 5 Juin 1734, et pour la somme de 21,650 francs, par M. le comte de Laumont (1), beau-père de M'"^ la marquise du Châtelet, la célèbre Emilie de Breteuil, maîtresse de Voltaire. Ce château avait appartenu autrefois à MM. Le Bourgeois, comtes d'Origny, et plus tard au marquis de Tri château.
De 1711 à 1734, l'hôpital de Semur reçut encore des dons et des legs importants, s'élevant au total à plus de 11,000 livres. Parmi les donateurs, citons M™^ Marie Delaloge, M. Clavin, curé de Courcelles-les-Semur; M. Démanche, garde du corps; M"'^ Catherine Potot, inscrite pour 3,000 livres; M. Menassier, chirurgien à Semur; M"^ Jacob, MM. François et Claude Lemulier, M. David, doyen de l'église Saint- Andoche, inscrit pour 2,000 livres; enfin. M™*' Henry, inscrite pour la même somme. Outre ces dons en numéraire, il fut remis à cet établissement 20 mesures de froment par M. Creuzot, 100 mesures par M"'^ de Fautrière et un très beau missel en maroquin noir.
Devenu hôpital général, l'hôpital de Semur fut, de 1735 à 1749, l'objet d'importants travaux d'agrandissement. On y construisit d'abord une chapelle, placée sous le vocable de la Sainte-Vierge, et dont l'inauguration eut lieu le 7 Décembre 1735, par les soins de M. Démanche, chanoine de la cathédrale d'Autun, et en présence du clergé de la paroisse et des administrateurs.
En 1745, on construisit une nouvelle salle de malades, dont la première pierre fut posée le 26 Avril par le maire, M. Voisenet. Quatre ans plus tard, en 1749, une autre salle, très bien construite et séparée de la précédente par la chapelle, permit d'établir 18 lits de plus. Enfin, cette même année, la direction acheta la grille en fer que l'on voit encore aujourd'hui et que les fabriciens de Saint-Médard, à Dijon, lui cédèrent pour la somme de 582 livres.
Entre temps, M. Bruzard, syndic, obtint de nouvelles lettres patentes de confirmation et l'hôpital reçut du roi une nouvelle provision de pastilles et d'onguent.
1. M. le comte de Laumont était lieutenant-général des armées du roi et fils du seigneur marquis du Cluttelet,
L'état suivant (1), dressé le 24 Janvier 1750 par M. Démanche, administrateur, permet de se rendre compte de la situation financière et du mode d'administration de l'hôpital à cette époque :
« Les biens et revenus de l'hôpital de Semur consistent, savoir :
» La maison où sont actuellement logés les pauvres et ne produisant rien.
» Les bâtiments de l'ancien hôpital et jardins en dépendant sont amodiés, année commune, avec une maison au Bourg-
Voisin, à la somme de 250 liv. »
» Le domaine de Champion ou La Léproserie, avec un autre situé à Braux, acquit le 23 Juin 1740, produit actuellement en argent 1,790 livres, avec 300 mesures de froment qui peuvent monter, année commune, à 300 livres, ce qui fait au total la somme de 2 . 090 »
Un domaine situé à Menétoy, affermé, cy . . . 1 .200 »
» Un cens de 12 liv., dû par les habitants de Menétoy, cy 12 »
» Un petit domaine situé à Sauvigny-les- Bourbilly, acquis le 2 Mai 1708, affermé cent boisseaux de froment et autant d'avoine, estimés, année commune, la somme totale de 132 »
» Un petit domaine à Mussy-la-Fosse, acquis en 1745, à titre de pension viagère, produit actuellement 12 francs en argent, 27 boisseaux de froment et 28 d'avoine, estimés, année commune, 35 liv., le tout montant à 47 »
» Deux preys acquis le 24 Août 1714, affermés 332 »
» Principaux de rentes : onze mille livres sur l'Hôtel-de-Ville de Paris, produisant annuellement, cy 275 »
» Vingt mille livres de rente provinciale sur la recette générale des finances de Dijon, produisant 245 76
» Un legs fait en 1745 pour entretenir deux feux dans la salle des femmes, cy 10 »