SUR CETTE COMPAGNIE
L'exercice de l'Arquebuse a commencé en 1574 et fut aulhorisé par Henri IV en 1601). La Compagnie reçut, la même année, comme chef et protecteur, Guillaume, bourgeois de Crespy, baron d'Origny, colonel du régiment de Piémont, gouverneur de Semur en 1637. Claude de Sault, comte de Tavannes, lieutenant général de la Province, fut reçu chevalier de l'Arquebuse, ainsi que Simon de Sommière, baron de Jully.
Celte Compagnie se trouvait à tous les prix de Province, à l'exception de celui de Tournus en 1573. Elle a rendu un grand prix en 1641 qu'elle avait remporté à Autun par M. Démanche en 1640.
Elle s'est encore trouvée à tous les prix du bailliage d'Auxois ; elle remporta celui de Flavigny en 1655, celui de Rouvray en 1671 ; elle a paru à celui de Saulieu en 1716 ; à Rouvray en 1 722, où Semur remporta le prix en 1725 ; à Saulieu en 1730, à Aval- Ion en 1738; enfin, à celui de Beauneen bel équipage, au nombre de quatorze chevaliers, lesquels sont désignés dans ce tableau par une étoile.
' Le Jeu de l'Arquebuse fut maintenu jusqu'en 1790, époque où, par son décret du 12 Juin, l'Assemblée nationale défendit
à la Compagnie des Arquebusiers de suspendre son drapeau aux voûtes de Notre-Dame comme c'était alors l'usage.
Dès ce jour, il n'est plus question du Jeu de l'Arquebuse, et le seul souvenir qui nous en reste est le tableau ci-contre qui représente les uniformes des officiers, chevaliers et tambours de la Compagnie des Arquebusiers de cette ville sous Louis XV.
La Société de tir des Chevaliers de l'Auxois, dont les statuts ont été approuvés le 9 Octobre 1876 par M. André, préfet de la Côte-d'Or, a été organisée à Semur et a commencé ses exercices de tir avec 98 membres fondateurs.
Cette Société a pour but d'étendre et de perfectionner dans l'arrondissement l'art et le goût du tir au fusil de chasse et aux armes de précision, et d'organiser, à cet effet, des tirs généraux et des fêtes publiques ayant un but de bienfaisance ou d'intérêt local.
Le Stand est établi sur un terrain clos, appartenant à la ville et dit Bas-de-V Étang. Il se compose : d'une cible mobile pour tir au sanglier; de deux cibles fixes pour fusil de chasse et fusil de précision, et de deux cibles pour carabines Flobert à canon rayé et à canon lisse. On y a ajouté, quelques années après, un tir à 200 mètres pour armes de guerre, un jeu de ball-trapp, de fléchettes, etc.
De nombreux prix sont accordés tous les ans par le ministre de la guerre, les sénateurs et députés de la région, la ville de Semur, la Société des Chevaliers de l'Auxois et diverses autres personnes pour les tirs généraux qui ont lieu deux fois par an, le 31 Mai, jour de la Foire et de la Course de la Bague, puis le 15 Août, jour de la fête patronale.
Depuis quelques années, la Société de tir des Chevaliers de l'Auxois n'existe plus que de nom, ses membres s'étant désintéressé des avantages pourtant incontestables que présente ce genre de sport.
Semur a toujours été une ville laborieuse et était encore très commerçante il y a cinquante ans. Du xv^au xvii^ siècle, les laines des environs de Semur furent très employées à la confection des draps ; il y avait dans la ville plus de quarante métiers, dont les produits servaient à l'habillement des troupes, des paysans et des bourgeois, alors plus simplement
1. En 1460, sur la demande de Jean et Jacob Ylaire, de Semur, il leur est accordé, moyennant un cens annuel et perpétuel de deux livres de cire, d'établir un foulon et un moulin à moudre le blé sur la rivière de Semur, au lieu dit : Dessus-le-Gérit-dc-la- Rabie. — Archives départementales, B : 6248,
vêtus qu'ils ne le devinrent dans la suite (1). Déjà, en effet, à la fin du xvii^ siècle, les nobles et les bourgeois, beaucoup plus recherchés dans leur toilette, et même dans celle de leurs domestiques, abandonnèrent peu à peu les gros draps de la Bourgogne. Comme eux, ils voulaient que leurs gens fussent vêtus avec les draps les plus fins, afin que l'or et l'argent dont ils les couvraient ressoitissent davantage. Aussi, n'y avait-il plus à Semur, après 1700, que sept ou huit métiers, et seuls les vignerons et les modestes artisans faisaient usage des draps du pays. En compulsant les registres de l'état-civil, on découvre plus d'une famille riche qui doivent leur fortune à cette industrie, et l'on y cite, comme dernier manufacturier de l'Auxois, un nommé Doré, mort au commencement du siècle dernier.
(( Le 22 Juin 1754, dit le 24^ registre des» délibérations, M. Démanche, subdélégué, ayant communiqué à la Chambre une lettre à lui adressée le 2 du dit mois par Monseigneur l'intendant de la Province, en exécution de l'Arrêt du Conseil du 25 Mars, lettre par laquelle il désirait l'établissement d'une manufacture de bas à Semur, la Chambre convoqua en assemblée les syndics des marchands et les anciens maîtres de leurs corps auxquels il fut fait part de l'Arrêt du Conseil et de la lettre de M'" l'intendant pour le dit établissement (qui pouvait être très avantageux, tant pour le débit des laines, fils et cotons, et le travail qui occuperait et ferait subsister plusieurs personnes, que par l'augmentation du commerce qui manque en cette ville).
» Les marchands et les syndics, après avoir examiné cette proposition, déclarèrent qu'ils ne doutaient pas de l'utilité et des avantages que l'on pourrait retirer de cet établissement, si ceux qui seraient chargés de la dite fabrique de bas en trouvaient le débit, mais qu'il était de leur connaissance que cette ville était dénuée de passage et de commerce ; que les bas que l'on y fabriquerait seraient difficilement vendus et qu'il y aurait une perte évidente; que les marchands qui se sont fournis de bas les ont en magasin et ne peuvent les vendre par la raison que différentes personnes de la ville s'occupent à tricoter à l'aiguille des bas fins et gros dont on se sert, étant meilleurs à l'usage, ce qui fait présumer que la manufacture ne pourrait subsister. »
« Située entre les fertiles vallées d'Époisses, de Saint-Thi-
bault et de Sainte-Reine, la ville de Semur, dit M. de Thyard, est l'entrepôt naturel de tous les blés d'Auxois... Dans tous les temps de disette, elle a fourni des vivres, non seulement à la capitale et aux autres villes de province, mais aux provinces adjacentes. On y fait un grand débit de chanvre et de laine... et les vins, quoiqu'ils ne soient pas de première, ni même de seconde qualité, ne laissent pas que d'être potables... (1) »
«... Et ne faut-il encore oblier, ajoute Sébastien Munster, que les violettes et les œillets les plus sœuefs, beaux et odoriférans de la France croissent ès jardins qui sont ês entour de cette ville... (2) »
(( ... La quantité de laines de l'Auxois a fait établir à Semur deux fabriques d'étoffes; l'une de draps d'une aune de large, dit façon de Semur, et l'autre de gros droguets qui ne sont propres qu'aux vêtements du peuple et des paysans; il s'y fait sept à huit cents pièces de draps et environ cent vingt de droguet. La fabrique de ces étoffes occupe environ vingt-cinq facturiers et deux moulins à foulon, qui ont à portée une terre à dégraisser qui n'est pas mauvaise... (3) »
Semur qui avait encore, il y a quelques années, des filatures de laine et de coton, des fabriques de serge et de gros draps possède aujourd'hui d'importantes tanneries. On y commerce principalement sur les blés, les bestiaux, les chevaux, les laines, le chanvre et l'huile.
On se rappelle que, sous l'ancien régime, il y avait des associations (corporations d'individus exerçant la même profession), dans chaque localité ou chaque district, et dont les membres étaient réciproquement liés par certains droits et par certains devoirs qui constituaient autant d'entraves aux progrès de l'industrie et de la liberté. Or Semur, comme toutes les autres communes où existaient des corporations, avait établi des règlements auxquels étaient soumis les gens de métiers tels que : Couturiers, couturières, drapiers, bouchers, chaussiers, cordonniers, chapeliers, etc., etc. Il leur était ordonné de faire chef-d'œuvre dans leur profession avant de pouvoir faire exercice de leur état chez eux ou chez les particuliers. Ils étaient de plus dépendants de la Maîtrise, et des règlements très sévères régissaient le maître, qui était obligé
1. De Thyard. — Mémoire historique sur la ville de Scmur-en-Âuxois (1769).