‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusquà l'an 1832Chapitre 3 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Importance et Caractère de la Révolution française, ParaUèle de la Révolution cvec la Réformation,

L'histoire du monde ue présente aucun événement qui soit d'un intérêt plus grand, ou même aussi graucl que la Révolution française. Les anciens empires * se sont élevés ou écroulés, avec éclat et ces changements se sont fait ressentir au loin et pendant ufie Jongue suite d'années; mais ils furent plutôt le résultat de forces physiques que l'effet de forces ^ de l'esprit, et îneme dans cette dernière hypothèse, ils

ne furent produits q.ue par les forces de la raison et pour l'assouvissement de passions communes telles que Tavidité des richesses, l'amour de la gloire, ou de la domination , mais non par des motifs fondés sur la Morale, ou par la puissance des Idées. £n examinant le .système de Monarchie ^universelle que rêvèrent Mahomet et Hildebrand, ainsi que les Croisades, nous y reconnaissons, à la vérité, l'action des Idées; mais c'est l'action des idées du fanatisme et de la superstition. L'^ablissement du Ch r i stianisme enfin, ainsi que l'invention de l'Ecriture et de l'Imprimerie ont produit aussi divers changements importants dans le monde ; mais ces changements se sont opérés soit successivement et sans bruit, soit concurrement avec d'autres conjonctures amenées par le cours des temps* LaRévolution française au contraire a donné une commotion oudaine et impétueuse à la partie du monde où elle à éclaté; le volcan a lancé s«s feux sur les autres continents et depuis l'éruption , la Révolution française remplit presque seule la scène sur le théâtre historique du monde,

L'histbire ne présente qu'un seul événement qui puisse être comparé à la Révolution française c'est la Réformation* Celle-ci fut aussi le résultat des idées d'un temps qui commençait à s'affranchir du joug de la tutelle; elle fut produite par la lutte de l'amour de la liberté et des progrès des lumières con-

tre la faiblesse d'esprit 9 Tarrogant égoïsme, la mesquinerie et la sombre tyrannie. T^ Réformation aussi, agita le monde entier en divers sens; ses adhérents et ses adversaires furent entraînés les uns par l'enthousiasme, les autres par la fougue des passions. Elle enfanta des exploits ainsi que des crimes; et par la perversité de ses partisans, et plus encore par la réaction des adversaires elle prit une marche opposée à l'esprit de son origine. Le pouvoir et la fourberie de ses ennemis lui firent perdre une grande partie des avantages qu'elle avait précédemment remportés ou qu'elle paraissait devoir remporter.

Cependant malgré leur ressemblance sous tant de rapports, chacune de ces deux* révolutions conserve néanmoins son caractère particulier, et nous voyons surtout la révolution française plus forte dans la lutte, plus rapide dans ses progrès et ses premiers triomphes, mais nous la voyons aussi plus durement comprimée dans le changement qui lui succéda et qu'elle s'attira par ses propres fautes. Le problème de cette différence se résout par la nature des m obilès et de l'esprit du temps.

L'une et l'autre révolution émanèrent du peuple, de la masse de la nation ; elles ne furent pas le résultat de quelques intérêts individuels ou du triomphe de quelque faction; Tune et l'autre eurent leurs racines , leurs forces mouvantes, ainsi que leur but dans le peuple même : elles opérèrent par

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conséquent sur ime vaste étendue, leur nction fut forte et durable.

Mais la tendance de Tune étan.t politique, et celle de l'autre étant religieuse, l'esprit, la marché et le succès des deux révolutions durent nécessairement porter Feinpreinte de cette différence.

Il est toujours plus difficile d'exalter la masse du peuple pour un système politique, que pour un système religieux. 11 n'est donné qu'à un petit nombre d'hommes de recoueillir les fruits du talent et des études sérieuses, c'est-à-dire, le savoir et la conviction intime. L'apanage de la majeure partie des hommes n'est que la croyance, et toute croyance chancelle, ^si elle ne s'appuie sur quelque autorité supérieure. Il est possible que^ dans le sentiment du danger commun, un peuple entier agisse d'un commun accord ; mais il est rare qu'un peuple entier soit pénétré d'une confiance unanime dans Feificacité d'un remède.

. Le but de la Réfo rm ati o n était bien plus simple, moins éloigné et par conséquent plus facile à atteindre que ne l'était celui de la Révolution. La liberté des consciences et des cultes, la répression des abus introduits dans l'église , la fondation même de nouveaux temples , dans le cas où la réforme ne s'adopterait pas généralement, étaient des prétentions fondées sur un droit évidenti ^et pouvaient être satisfaites sans changer la face d^ l'Etat, sans déranger

Tordre social, sans porter atteinte aux droits des princes et de la noblesse, non plus qu'à l'état de possession des privilégiés, excepté les prêtres, qu'un peupie croyant suppose cependant redoutables , mais qui ne peuvent l'être plus long-temps que ne l'est le danger commun. La Révolution française au contraire déclara audacieusement la guerre, la guerre d'extermination à tout droit historique et particulier qui ne s'accorderait pas avec le droit de la Raison et avec celui de là totalité des cito*yens. Elle mit en jugement tous les puissants, tous le& privilégiés, tous ceux qui se prévalaient d'instituttons existantes, de droits coutumiers, de prétentions iliégitimes et elle se constitua en état d'hostilité con* tre la triple ligue du trône, de l'autel et de l'aristocratie aux cent bras. Le pouvoir arbitraire recula d'effroi devant l'idée de la Loi; l'orgueil devant celle de r£galité civile ; le préjugé, la sottise et Tignorance devant l'empire naissant de la raison. Il s'agissait de renoncer aux avantages les plus précieux^ de l'existence, à la plénitude du pouvoir , aux honneurs et aux emplois héréditaires, aux illustrations de famille, aux délices de la vie, à la commode jouissance, par anticipation des biens de la société , à mille prérogative^ et à mille exemptions des charges communes* Du côté dés révolutionnaires se montrèrent de bonne heure aussi des symptômes d'ammosité et de haines oubréds. Maint droit réel, mainte prétention iéqui-

table^ mainte institution salutaire furent, violés. Les ruines du droit historique ensevelirent dan^ leur chute tout état de possession , et par là le bonheur et le repos des peuples ; les lois insuffisantes ou défectueuses furent remplacées par les désordres de l'anarchie.

Ce sont ces raisons — sans doute pour la plupart puisées dans Fégoïsme^ quoiqu'il y en eut aussi d'une source plus pure — qui expliquent pourquoi aucun des Princes ou des Souverains de l'Europe, aucun des gouvernements alors existants^ aucune classe de privilégiés n'embrassa la nouvelle cause ; pourquoi presque tous les Grands 9 presque tous les Nobles del'Europe, — à l'exception des La Fayette, des No aille s et de quelques aiitres hommes généreux de la même classe, — et toute la masse des ecclésiastiques de tous les pays se montrèrent ennemis de la Révolution; pourquoi la haine contre la France-moderne fit taire toutes les autres passions et tous les autres intérêts; et pourquoi le Sultan de Turquie, l'Empereur de Russie et le Pape contractèrent une alliance fraternelle pour le renversement de la République. Ce ne fut que Ibng-temps après l'affermissement de cette République, triomphante par ses seules forces, que plusieurs Cours, — par des raisons politiques — se rapprochèrent d'elle, et que les'Gouvernements vaincus, abaissés, ou récemment créés reconnurent la supériorité décidée de la mo^

derne Puissance. Néanmoins, malgré les apparences de la réconciliation, les vieilles maisons souveraines et la Noblesse héréditaire humiliée nourrissaient un profond ressentiment contre la triomphante République, attendant avec impatience l'événement qui pourrait les affranchir des liens de Talliance involontaire*

Il n'en fut pas ainsi dans les temps de la Ré.formation. Dès le commencement de la réforme religieuse, elle jouissait déjà de la protection de plusieurs princes, et comptait au nombre de ses plus zélés partisans un grand nombre de seigneurs. Des rois combattirent pour elle et — quelque peu importante que soit d'ailleurs cette remarque, nous ne pouvons cependant la passer sous silence — cette bonne intelligence avec les Grands , souvent fondée siu» des vues politiques ordinaires , ne contribua pas moins efficacement au triomphe de la cause, que la puis- ^ sance des Idées. La Réfbrmation offrit aux Princes d'Allemagne une arme puissante pour le maintien de leur indépendance contre l'Empereur; D'autres surent en tirer sagement parti pour l'agrandissement de leur territoire et de leurs richesses ; Tous les ennemis de la redoutable maison d'Autriche regardèrent la Réformatiôn comme une alliée secourable et les Princes régnants y virent un moyen d'affermir leur pouvoir à l'aide de celui que leur donnait l'Eglise.

Une autre circonstance secondait encore les progrès de la Réformation ; c'est qu'alors les souvemns ennemis de la réforme avaient, pour Topprimer, bien moins de ressources qu'actuellement. La Police aux cent yeux et aux cent bras est une invention des temps moderneS) et dans les heureux temps de L u^ ther on ne connaissait pas encore ces armées permanentes qui prévalent contre toute' la force du peuple. Alors toutes les sympathies avec l'esprit, le caractère, les besoins d'une nation pouvaient se développer et se fortifier dans le silence et sans être aperçues, tandis que dans les temps postérieurs le sentiment de la justice, le droit , la conviction et les besoins étaient surveillés avec l'anxiété de la défiance, et que toute manifestation de ces sentiments, dès qu'elle déplaisait, était comprimée et même étoufïée dans son germe.

Nous ajouterons finalement que les défenseurs de la Réformation eurent pour eux l'avantage de l'exaltation née des idées religieuses, exaltation plus puissante que celle que produisent les idées politiques. Celui qui combat pour sa croyance religieuse a pour objet le Ciel, c'est-a-dire le salut de son ame; cette idée enfantée par l'amour de soimême, fait qu'on ne recule devant aucun sacrifice, pas même devant celui de la vie, et inspire le mépris de la mort , avec lequel on est invincible. Le dé^ fenseur d'un système politique n'a en vue que le

bonlieur dans ce bas-rnoode, et s'il expose sa vie pour atteindre son but, x:e pourra être par hé. ro«> ïsme, mais ce ne sera point par amour de soi-même. IL n'y a que des caractères vrAiment grands, c'est-j^' direy un très-petit nombre, qui soient capables d'un dévouement pareil, tandis que dans les guerres de Religion lés hommes les plus ordinaires affrontent avec intrépidité les périls et la mort.

Dans un siècle efféminé les douceurs de la vie et lassouvissement des désirs sensuels sodt * comptés au nombre des nécessités de la vie; on tremble autant pour sa fortune que pour sa vie. L'indépendance du caractère est donc subordonnée au zèle que l'on s'empresse de témoigner à quiconque peut donner ou prendre. Se prêter aux volontés des Grands, rechercher leur faveur, supporter leurs injustices sans murmure, tel est alors le devoir de qui^» conque est chargé de famille , ou tient à sa propre jt conservation.

^ donc malgré tant de circonstances défavorables et malgré la résistance de tous les Grands de la terre, la Révolution ne laissa pas de triompher ^ et si elle ne put être terminée que par l'audace de l'un de ses chets et par la fatalité du destin, -— et non par la force de ses adversaires — c'est une preuve que son origine a des racines plus profondes que la franc-* maçonnerie, ou les écrits du temps , et que la Révo» hition fat le résultat de la conditioij désespérée de la

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classe roturière et du s e n ti m en t dout cette condition pénétrait la nation. Mais en considérant que de nos jours encore , même après que la Révolution par sa marche particulière et épouvantable a ellemême anéanti la confiance d'un grand nombre de ses partisans, après qu'elle a essuyé la défaite la plus entière, après qu'elle s'est vu enlever tous ses boulevards et ses arsenaux en Europe, les Souverains de ce continent formant la ligue la plus redoutable qui

• ait jamais existé, conservent l'inquiétant pressentiment de la possibilité de son retour, et croient, en négligeant les autres soins, même les plus pressants, ne devoir diriger que contre ce retour possible leurs regards défiants, leurs armements, et les ressorts intérieurs et extérieurs de leur politique; on reconnaîtra, dans cet état de choses, un aveu manifeste de la continuité del'état de dépravation de la

b société; et pour faire cesser cet état de dépravation et étouffer par là le germe de la révolution, les uns paraissent manquer de talents et de lumières, et les autres de bonne volonté.

La connaissance des causes qui ont produit, secondé et fait triompher cette révolution, ainsi que de celles qui l'ont fait dégénérer et rétrograder, et l'examen de l'événement principal en lui-même et de ses résultats, est, dans son ensemble comme dans ses détails, d^un intérêt puissant et général; car presque toutes les 'destinées futures et les relations présentes

de tous les peuples de la terre sont en liaison plus ou moins directe avec cette étonnante révolution. Tout ce qui ne s'y lie pas ne peut comparativement être considéré que comme accessoire. L'histoire de la Révolution française est l'histoire du monde de temps modernes.

Division.

D'après les principales oscillations produites par le grand mouvement en France et dans le reste du monde, la plus récente période de l'histoire universelle se divise en quatre sections ou périodes particulières dont chacune se subdivise à sou tour. ^

Ces quatres sections sont :

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