‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusquà l'an 1832Chapitre 4 sur 25 · IV. Celle que suivit la chute de Napoléon · texte numérisé non relu

IV. Celle que suivit la chute de Napoléon

Un caractère unique — la lutte du droit philosophique contre les institutions historiques, de l'idée de tous les temps contre les relations accidentelles, ou de la puissance de l'opinion publique contre l'autorité publique — règne dans

tout le cours de la pi'é$ente pédode et lui dotme^ comparativement a^ix périodes antérieures un aspect particulier et imposant. Mais les succès , Téteiidue, les chances de celte lutte varient à l'infini, et chaque événement majeur produit une immen;sfité de résul^ tats. En général ce ne sont plus les ordres de cabinet, les intrigues de la diplomatie, ni la tac- • tique régulière des trou])es mercenaires qui dirigent le cours des événements , ou qui règlent la destinée des peuples; ce sont les peuples eux-mêmes qui sortis de leur léthargie et provoqués par de grièves of- » fenses se présentent, mais avec un appareil effrayant, sur la scène de l'histoire du monde; ils commencent, au grand effroi des ministres et des privilégiés, à compter pour quelque chose. On daigne avoir égard à Topinion publique, et lorsqu'on ne juge point à f>ropos de sympathiser avec elle, on lui fait une guerre plus acharnée qu'on ne l'eût faite auparavant contre l'ennemi le plus redoutable et le plus odieux. On ne guerroie plus pour la conquête 'OU la conservation d'une province, ou pour le maintien du système rebattu de l'équilibre politique de PEuro pe« Il s'agit à présent du maintien de l'existence, ou de l'anéantissement ; de la forme de TEtat et de l'indépendance; du triomphe ou de la destruction de doctrioés politiques ; de la liberté et de l'asservisseT ment des grandes parties du moj)de; et m&a des pJbus importants inbéréts de rhumanité entière. Une

stratégie nouvefk^, des systèmes nouveaux d*administrîifion s'établissent et totites les relations de la vie soci&lé subissent des changements essentiels. I^es acquisitions dans le domaine de la scientîe gagnent imnierisénàent eïi étendite et en profondeur; elles se cotamuniquent à toutes les classes du peuple. La lumière pénètre dans les recoins les pi n&obscurSj et Topirtion personnelle lutte audacieusement contre rAutorîté. Mais les erreurs de l'opinion personnelle non encore épurée, et plus encore les écarts des passions, ainsi que les crimes sans nombre commis par Fégoïsme, Sous l'égide profanée de la Liberté, donnèrent à Tautorité et aux classes qu'elle protège tan» tôt des raisons spécieuses, tantôt des prétextes ardemment désirés pour combattre cette lumière incommode. Mais la réaction enfante aussi de nouveaux, excès et de nouveaux crimes dans le parti opposé ; au sein même de la Révolution naît la tyrannie qui en détruit les plus précieux fruits; la Contre-révolution s'empare du rôle de libératrice. Cependant la lutte entre les principes ne tarde pas à s'engager de nouveau ; le droit naturel et le droit historique alliés pour la guerre contre les tyrans du inonde recommencent le combat. Quelle sera la puissance qui la terminera? La vérité ne peut fléchir;' l'égoïsme ne consent à aucun sacrifice; la passion fait tout envisager sous un faux point de vue. I-.es esprits s'aliènent de plus en plus ; on aban-

donne la voie de la justice et du bon droit, quelque précisément qu'elle soit tracée par la raison dégagée de prévention ; les prétentions des Libéraux paraissent absolument incompatibles avec celles des Légitimistes. On se décide — car on ne saurait payer trop cher le repos du monde — à la tentative désespérée de comprimer toutes les idées qui ont été le principe de la révolution , à la déplorable marche rétrograde vers les idées d'un temps depuis long-temps enseveli dans l'oubli. Le Génie de la Liberté prend son essor vers les pays d'outre-mer pour en revenir un jour, répandant ses bienfaits sur l'Europe, ou pour jeter sur cette partie dégénérée du monde des regards de compassion ou de mépris.

Quoique l'exposé des faits dans le cours de cette période ne puisse être présenté aussi succinctement que dans les précédentes, nous nous efforcerons cependant à rassembler dans le plus court espace possible les principaux événements, de manière à faciliter l'aperçu de l'ensemble, et à faire saisir le caractère de chacune des époques en particulier.

Le t£d)leau des événements historiques synchrones à la fin de ce volume les mettra sous les yeux dti lecteur d'une manière plus sensible»

Causes de la Révolution. Remarque générale.

En présentant comme causes principales de la Révolution française, d'un côté la dépravation de l'état social poussée jusqu'à l'extrémité, et de l'autre les progrès de l'intelligence chez ce peuple exaspéré de ses maux et pénétré du sentiment de ses droits et de sa force, nous sommes fort éloignés d'attribuer à ces deux motifs une action égale, ou de passer sous silence, comme l'ont fait sans doute plusieurs écrivains, les rapports mutuels et les e f f et s ' réciproques de ces causes. Certainement la société civile s'est déjà vue dans des positions bien plus déplorables que celle qui ont précédé les grands changements en France , et cependant ces positions n'ont point amené de révolution pareille. Les na- tions n'imaginant, ne pressentant pas même la possibilité d'une existence moins malheureuse, cédant sans murmure à la nécessité ont supporté pendant des siècles entiers et supportent encore tout le fardeau, toute la honte que leur impose la tyrannie, semblables à ces races d'animaux qui reçoivent avec satisfaction et même avec reconnaissance leur mesquine nourriture de la main d'un maître à qui ils appartiennent et qui peut à son gré les faire travailler, les maltraiter, les égorger et s'en nourrir»

Il n'y a point de doute que cette oppression d'un jpeuple n'en assure la docilité. Cependant le senti-

ment de la douleur, [)eut aussi éveiller la fureur ; le désir d'une existence moins pénible peut donner à un peuple le courage de secouer le joug, et ce peuple, s'il est borné, peut se laisser entraîner à la révolte, même contre ses bienfaiteurs. Mail s'il est pénétré du sentiment djjl équité, s'il est éclairé sur ses droits, il réclame l'amélioration légale de sa condition, et ne sait plus se soumettre à ce que précédemment il supportait avec résignation.

Les lumières de la raison au contraire ne feront jamais éclater une révolution; bien loin.delà, elles y mettront obstacle, tant que cet obstacle sera salutaire; elles sauveront l'Etat sans trouble etsans secousse, pourvu qu'on ne les bravepas^ et qu'on ne rej ette pas leur secours.

Certes ! Si la Raison avait plus généralement régné en France et qu'elle eût présidé à la Révolution, l'ac- • complissement de cette tâche eut été facile et salu- . . taire. Ce qui Ta rendue difficile, dangereuse et funeste, ce qui a produit les troubles et ébranlé le monde c'a été le défaut de lumières parmi les chefs eux-mêmes, lesvuespeu droites parmi les autres, l'inculture de l'esprit chez le plus grand nombre, la frivolité de la nation jointe à la brutalité des passions^ à l'immoralité, à l'irréligion et à la frivole sensualité, principalement dans les hautes classes ;; et avant tout

l'esprit d'opposition aussi irréconciliable qu'ar* tificieux et violent chez les Aristocrates, dans le parti de la cour et dans les pays étrangers.

Ce fut ce malheureux esprit d'opposition qui s'opposant avec une criminelle audace aux progréa des idées de Liberté politique et civile prqpa* gées non seulement enFrancCi mais encore chez tous les autres peuples de l'Europe./ doués de sentiments élevés donna à toute la Révolution qui , sans lui, n'eût été que salutaire, un caractère sinistre, funeste et destructeur. Ce fut cet esprit d'opposition qui contraignit , dans les commencements, les représentants de la nation à réclamer le secours des masses, pour prévenir la chute dont ils étaient menacés ; ce fut donc 1 u i qui rompit les digues opposées au tor« rent 4e la force brutale et de la licence du peuple, et par conséquent ouvrit la boite de Pandore. Les méchants de tous les partis profitèrent aussitôt et abusèrent criminellement de Faction de ces masses effrénées et, de ce moment là, commença l'histoire tragique de la France. La voix de la sagesse,, de la justice, de la modération cessa de retentir dans les assemblées nationales. Les exaltés, les chefs de parti dévorés de la soif de la domination prirent le ton décisif. Des scélérats portés sur le pavois par l'aveuglement ou les passions de la populace s'emparèrent du pouvoir. Les intrigues et les con^irations sans cesse ourdifô par les Ariistocrates, enfin la guerre ci^

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