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… précession et la différence de l’année sidérale avec l’année tropique ; comment ils ne se sont pas aperçus pendant trois mille ans du changement de position des étoiles à l’égard du pôle, etc., etc. — À cela pas de réponse, et J.-B. Biot critique chez les autres ce qu’il appelle l’érucation de sentiment (1)!
Chose singulière, il croit aux emprunts des Hindous, dont nous n’avons à tout prendre que des indices, et il ne veut point reconnaître les emprunts manifestes, palpables, hautement avoués, des Chinois. Nous avons
montré que les travaux attribués à quelques savants du Céleste Empire se rapportent à quatre époques principales : l'ambassade de Marc-Aurèle, en 164; l'établissement d’Olopen et des nestoriens, en 629; l’introduction de l'astronomie arabe, vers 1976; l’arrivée de nos missionnaires en 1583 (2). J.-B. Biot se préoccupe fort peu de ces rapprochements; c’est un parti pris, et ce qu’il dit du gnomon à trou va nous en fournir un curieux exemple.
D’après ce que nous savons des Grecs, ils n’ont pas remarqué qu’un style perpendiculaire ne donnait point le centre de la lumière solaire. Les astronomes arabes s’en sont aperçus les premiers; au neuvième siècle de notre ère, Ebn-Jounis disait expressément que la pointe verticale du style indiquait toujours la hauteur du bord supérieur du soleil, et il le démontrait géométriquement (3). Le sextant d’Alchogandi, dont nous avons
(1) Études, etc., p. 106.
(@) Matériaux, etc., t. If, p. 607-646.
(3) Grande table hakémite, ch. x1. — Delambre, Histoire de l'astronomie au moyen üge, p. 101,
rapporté la descriplion (1), était un véritable gnomon à trou, et les mêmes principes étaient appliqués dans:la construction des instruments destinés au célèbre observatoire de Méragah.
Personne n’ignore que cet Hotte fut fondé par Nassir-Eddin-Thousi, grâce à la munificence du khan des Mongols Houlagou, qui avait mis fin au khalifat de Bagdad en 1258, et qui s'était montré le protecteur éclairé des lettres et des sciences.
Lorsque le frère de Houlagou, le khan Kublai, eut achevé la conquête de la Chine, en 1267, il fit venir de Méragah d’habiles astronomes, au nombre desquels se trouvait Gemal-Eddin, et ce fut sous leur inspiration que le Chinois Co-Cheou-King entreprit, de 1277 à 1280, ses observations de solstices. Co-Cheou-King, aussi bien que Nassir-Eddin-Thousi, se servait des tables astronomiques d'Ebn-Jounis, qui avaient heureusement remplacé celles de Ptolémée, et il n’est pas surprenant qu'il ait fait usage du gnomon à trou. Co-Gheou-King décrit en effet cet instrument et affirme que personne en Chine ne l'avait employé avant lui.
Mais, sur ce point, Co-Cheou-King trouve un contradicteur, et ce contradicteur &’est J.-B. Biot, qui croit que les Chinois ont connu le gnomon à trou de temps immémorial, Co-Cheou-King aurait donc été moins versé dans l’histoire des antiquités de son pays que M. Biot lui-même.
Personne n’ignore que deux siècles avant l’ère chrétienne un empereur chinois, Thsin-Chi-Hoang-Ti, or-
(1) Voyez nos Materiaux, etc., t. [, p. 358 et suiv.
donna lincendie de tous les livres, en exceptant toutefois les ouvrages d’astrologie et d'agriculture. Aussi les Chinois feignent-ils de croire que toutes les belles connaissances de leurs ancêtres ont péri dans celle œuvre de destruction; mais, comme nous l'avons déjà dit, « quand bien même les traités d'astronomie auraient éprouvé le sort des récits historiques religieusement conservés jusque-là, les découvertes scientifiques généralement acceptées ne seraient point tombées en oubli. On anéantirait aujourd’hui les admirables productions des Copernic, des Newton et de tant d’autres maîtres que les brillants résultats dus à leur génie ne s’effaceraient jamais de la mémoire des hommes. » J.-B. Biot reconnaît que le passé ne pouvait avoir disparu complètement ; qu'après la mort de Tsin-Ghi-Hoang-Ti, « il y avait encore dans les provinces des lettrés qui avaient vécu sous son règne, et aussi des particuliers, curieux de l'antiquité, qui avaient rédigé des mémoires, lesquels n'ayant aucun rang, comme les livres classiques, avaient échappé à la proscription; » et parmi les ouvrages réputés très-anciens, J.-B.Biot distingue le Tcheoupey et le Tcheou-h, qui lui fourniront ses principaux ‘arguments.
Le Tcheou-h, ou Recueil des Rites, date du sixième siècle avant notre ère ; J.-B. Biot, qui le fait remonter jusqu’au douzième siècle (1), nous apprend qu'après l’incendie des livres et dès l’année 175 avant J.-C., l’empereur Elao-Wen-ti fit rechercher le Tcheou-li, et,
(1) Études, etc., p. 905, 354.
quoique plusieurs lettrés des provinces en eussent sauvé quelques exemplaires (1), on ne put retrouver la sixième section relative au ministère de l’hiver ou des travaux publics, et on la remplaça par un document intitulé : Mémoire sur l’examen des ouvrages des anciens. Ajoutons que lauthenticité du Tcheou-li était contestée par les Chinois eux-mêmes en 1074 de l'ère chrétienne (2). |
Quant au Tcheou-pey, c'était une collection de préceptes et de données astronomiques ou numériques appartenant à des époques diverses ou rédigés par des personnages différents (3); il présente des traces évidentes de remaniements et même d’interpolations (4), et c’est dans la dernière partie du Tcheou-pey que J.-B. Biot trouve la mention du gnomon à trou, qu’on supposait, dit-il, étre une invention des Arabes (5).
Mais comment Co-Cheou-King aurait-il ignoré un pareil fait? Comment Gaubil (6), qui a traduit le Tcheoupey (7), l’aurait-il laissé passer imaperçu?
(1) Études, ete., p. 311, 312.
(2) Id., p. 312.
(3) Id., p. 301.
(4) Id., p. 302.
(7) € Gaubil, dit J.-B. Biot (p. 251, 252, 257), pendant trentesix années de séjour à Pékin et d’études infatigables, avait acquis une telle possession des langues chinoise et tartare, que la cour le choisit pour son interprète officiel dans sa correspondance diplomatique..….. D’après la connaissance aujourd’hui acquise en France de la langue chinoise écrite, on peut ajouter que, parmi les citations qu’il a faites, toutes celles que l’on a eu l’occasion de vérifier sur les textes originaux ont été trouvées, sans aucune exception,
Il est clair qu’il en est du gnomon à trou des anciens Chinois comme de leur sphère armillaire. « Je sais, dit Gaubil (1), qu’on exprime le caractère Heng par un axe au-dessus duquel était un tube pour mirer; mais cette traduction du caractère Heng pourrait bien avoir son origine dans l’interprétaton faite longtemps aprés, à l’occasion d’un imstrument qu’on avait devant les yeux et qui avait un axe de cette sorte. »
Après avoir ainsi dépouillé les Arabes d’une de leurs découvertes, J.-B. Biot s’en prend aux Grecs (2). Méton avait trouvé en 432, aux applaudissements de toute la brèce, le cycle luni-solaire de dix-neuf ans, ou nombre d’or, corrigé vers 331 avant J.-C. par Calippe. Or, nous voyons apparaître en Chine, trois cents ans plus tard, l'ennéadécaétéride de Méton (3), puis la période calippique (4). J.-B. Biot croit que la concordance de deux cent trente-cinq lunaisons avec dix-neuf années solaires est virluellement indiquée dans un chapitre du Chouking (9), et, par un simple calcul, il montre ce que les Chinois ont dû faire pour obtenir le résultat désiré. « On doit remarquer, ajoute-t-il, que les Grecs n’y sont
d’une fidélité scrupuleuse.…… À force de vivre avec les Chinois, il avait pris leurs habitudes d’esprit, et, devenu indifférent au sentiment de rectitude logique qui est un attribut spécial de la langue française, il pensait et il écrivait à la chinoise. » À cette critique, J.-B. Biot en ajoute un autre (p. 259) : c’est de n’apprécier les pratiques et les doctrines chinoises que du point de vue européen!
(1) Voyez nos Matériaux, elc., t. If, p. 579 et 587.
(2) Études, p- 931
(3) Matériaux, etc., p. 612.
(4) Id., p. 615.
(5) Études, ete., p. 331.
arrivés qu’à force de temps et d’essais, tandis que la simple pratique des Chinois les y a conduits du premier coup sans aucun effort (4). » — « Je n'ai point étudié, dit aussi un des meilleurs personnages de Molière, et cependant j'ai fait cela tout du premier coup. »
Aprés de tels exemples que l’on pourrait multiplier, il est temps de s'arrêter.
Assurément il rêgne encore une grande incertitude sur le degré de connaissances où les anciens peuples ont pu parvenir; mais, sans aller aussi loin que M. le colonel Sykes, qui persiste à voir dans le sanskrit une langue toute moderne, ou que sir George Cornewall Lewis (2), aux yeux duquel aucune hypothèse de nos érudits ne peut trouver grâce, 1l faut bien reconnaître que tout ce qui présente un caractère scientifique appartient aux écoles grecque, arabe ei moderne.
La digression de J.-B. Biot sur l'astronomie égyptienne n’a pas été beaucoup plus heureuse. Nous avons fait ressortir ailleurs (3) la faiblesse de quelques-uns de ses arguments. M. de Rougé, dans un article trés-intéressant où il cherche à relever les travaux de l’honorable académicien, convient : |
Que M. Biot s’est trompé « en croyant que l’année égyptienne avait été de trois cent soixante jours jusqu’à la dix-neuvième dynastie, et qu'il faut supprimer toutes les conséquences qu’il a tirées de cette fausse hypothèse (4) ; »
(1) Études, ete., p. 332.
(2) An historical Survey of Astronomy of the ancient, 1862.
(3) Voyez ci-dessus.
(4) Revue contemporaine, livraison du 30 novembre 1862, p. 258, 261 et 264.
APPENDICE, ati
Que M. Biot s’est trompé « en admettant que les Égyptiens avaient observé réellement les solstices et les équinoxes, attendu qu’en fait, aucun témoignage tiré des monuments n'est venu appuyer jusqu'à présent celle Sup position (1);
« Qu’en fixant ses idées sur l’année 1780 avant J.-C. pour l’époque de la consécration définitive du calendrier vague, cette coïncidence est devenue pour lui la cause d’un grand nombre de calculs qui restent aujourd’hui stériles en résultats (2);
« Que, suivant loute apparence, M. Biot allait trop loin quand il prétendait que l’ère de Ménophrès n'avait été calculée que par rétrogradation, et n’avait été inventée que dans un but de flatterie vers les temps d'Adrien (3); »
Enfin que, pour le zodiaque de Denderah, « lédifice des suppositions sur lesquelles M. Biot avait établi les bases de sa projection mathématique a été renversé de fond en comble par Letronne (4). »
Ainsi tombent pierre à pierre ces constructions improvisées qui reposent sur des fondements peu solides ; et quand on a lu tant de pages élégamment écrites sur des sujets déjà traités ou sur des questions qui restent encore à résoudre, on ne peut que répéter avec le poète : |
Quidquid excessil modum Pendet insiabili loco.
(1) Revue contemporaine, livraison du 30 novembre 1862, p. 259. (2) Id., p. 262.
(3) Id., p. 259.
(4) Id., p. 272,