‹ Histoire générale des Arabes (volume 3)Chapitre 26 sur 35 · IL. E · texte numérisé non relu

IL. E

s’exposait à ne voir que la superficie des choses ou à se perdre dans des idées systématiques. A l’imitation de ces savants qui, sans se préoccuper de l’origine du zodiaque grec, considéraient comme un symbole astro-. nomique les lions et les taureaux figurés sur les anciens monuments, parce qu'autrefois l’équinoxe du printemps avait eu lieu dans les signes du taureau et du lion, J.-B. Biot, en faisant simplement tourner un globe céleste à pôles mobiles, obtenait l’état du ciel à une époque quelconque, et cherchait à faire concorder les monuments avec cette représentation toute mécanique, sans tenir compte de l'ignorance et de-la profonde indifférence du vulgaire en présence de certains phénomênes que la science moderne nous a seule révélés; il ne craignait même pas de recourir aux formules de Ja mécanique céleste et au calcul des probabilités pour jusüfier des hypothèses de la nature de celles que M. Weber, avec juste raison, a proclamées impossibles. — Lorsqu'il s'agissait de recherches d’érudition proprement dite, 1l s’adressait aux savants dont il était entouré, versés soit dans les langues anciennes, soit dans les langues orientales, et le nombre des personnes qu'il a mises ainsi à contribution est incalculable. Sans doute il est bon de faire appel aux connaissances des hommes spéciaux sur telle ou telle branche d’études, mais c’est à la condition de soumettre à un débat contradictoire les textes et lés documents dont on reçoit la communication, et de ne pas les subordonner à des idées arrêtées d'avance, véritable lit de Procuste où la saine érudition est toujours immolée. Aussi les principaux collaborateurs de J.-B. Biot ont-ils eu grard soin, en lui fournissant de

trés-précieux matériaux, de décliner toute espèce de solidarité dans les conclusions qu’il s’est plu à en tirer, . et sous ce rapport, indianistes et sinologues, et parmi: ceux-ci le plus illustre de tous, ont fait preuve d’une extrême réserve.

Bien plus, si J.-B. Biot a trouvé quelques partisans pour ses hypothèses sur les Chinois, c’est parmi les sanskritains. M. Lassen (1) veut bien admettre l’origine toute chinoise de l’astronomie indienne, quoiqu'il fasse remonter jusqu’au XIe siècle avant notre ère le système des nakshatras ou mansions lunaires des Hindous (2), et M. Barthélemy Saint-Hilaire semble croire que J.-B. Biot a mis ce fait hors de doute par les démonstrations les plus précises, Mais, 1l faut bien le dire, J.-B. Biot, qui éblouit quelque peu ses lecteurs par les grands mots de coordonnées astronomiques et d'étoiles déterminatrices, s’est placé dans une situation des plus difticiles; il prétend que les Hindous ont emprunté leurs nakshatras aux Chinois, et il ne veut pas que ceux-ci aient eu un zodiaque lunaire; ils auraient divisé le ciel en douze signes et en vingt-quatre parties représentées par un certain nombre d'étoiles, en y ajoutant plus tard, et on ne sait à quel propos, quatre nouveaux astérismes, de sorte que les Hindous aussi bien que les Arabes leur auraient emprunté ces vingt-huit divisions, . w’ayant aucun rapport avec les mouvements de notre satellite, et en auraient fait arbitrairement des man-

(1) Lassen, Indische Alterthumskunde, t. 1, p. 44.

(2) Journal des savants, 1861, p. 565, et 1862, p. 88. M. Barthélemy Saint-Hilaire réserve la question des mathématiques; il croit que M. Lassen s’est trompé au sujet des nakshatras.

sions lunaires (1). M. Weber n’a-t-il pas eu mille fois -raison de se prononcer contre une semblable mit thèse ?

Passons maintenant à un autre ordre de faits. J.-B. Biot, pour qui l'astronomie des Chinois n’a jamais été une science spéculative, émet pourtant les propositions suivantes (2) :

19 Le système particulier d'observations qui forme le caractère propre de l’ancienne astronomie chinoise est exactement pareil à celui que nous suivons actuel- Jement. |

20 Les Chinois ont constamment employé pour éléments astronomiques les distances polaires observées des astres et l'instant aussi observé de leur passage au méridien.

3° Leur mode de division du ciel stellaire indique le grand usage qu'ils ont dû faire de la mesurée du ‘temps, et ce mode de division, qui est le trait le plus spécialement caractéristique de ieur astronomie, les à conduits à mettre en pratique ce que nous faisons nous-mêmes à présent.

On a demandé à M. Biot (3) comment, avec de tels instruments el de tels procédés, les Chinois, qui observaient rigoureusement les solstices et les équinoxes, ont méconnu pendant trois mille ans le mouvement de

:(1) Voyez nos Matériaux, etc., p. 467 et suiv. Les Chinois (p. 487) appellent leurs vingt-huit divisions : Sieu, auberge, pour la nuit, et Æul-che-pa-sieou, qui est l'équivalent du nom arabe des mansions lunaires.

(2) Voyez le Journal des savants, 1840, p. 27, 30 et suiv.; les Études, etc., p. 263, et nos Matériaux, etc., p. 565. (3) Matériaux, etc., 1. IT, p. 555, 591.

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