ATTENDONS ENCORE
M. Biot invoquait le témoignage de M. Munk, qui citait les deux ouvrages de Geber et d'Israïli à l'appui de son opinion. Or, il s'est trouvé que dans l'ouvrage de Geber, quelques lignes au-delà du passage mentionné par M. Munk, Geber appliquait l'expression Irine à un octant; et quant à Israïli, les termes trine et sextile ne se rencontrent pas dans le passage relatif à Y Almageste c\iè par M. Munk (1).
« D'autre part, il n'existe aucun ouvrage d'un astronome de la renaissance au XVIe et au XVIIe siècle, où ces expressions aient une autre signification que celle d'octant (2) ; les astrologues seuls, comme nous venons de le dire, les appliquaient aux élongations de 60 et de 120 degrés. Il est donc hors de doute que trine et sextile employés par Aboul-Wéfâ désignent les octants.
€ Reste l'argument inconcevable, d'une ignorance inepte, que MM. Biot et Bertrand, dans leur système, sont
(1) Comptes-rendus y etc., t. LXXVI, p. 1291. — Rectification d'un point de la communication de M. Munk, au sujet de la découverte de la variation, par M. L.-Am. Sédillot.
(2) Les citations que j'ai faites (Matériaux, etc., p. 213), celles de M. Chasles (Comptes-rendus, etc., t. LXIH, p. 640). — 1&, t. LIV, séance du 12 mai 1862. — Sur la découverte de la variation lunaire, par M. Chasles, p. 8 : « Au XVIe siècle, plusieurs auteurs (Érasme Reinhold, Christian Vurstisius), en décrivant dans leur Théorie des planètes les huit phases principales de la lune, en désignent quatre par Jes deux trines et les deux sextiles. » Le passage de Reinhold que M. Chasles cite ici est le suivant (Theorkœ novœ planetarum Georgii Purbacchii Germani) : c Ab Erasmo Reinholdo Saluedensi pluribus figuris auctœ, et illustrata: scholiis, quibus studiosi prœparentur, ac inuitentur ad lectionem ipsius Ptolemaci. Inserta item methodica tructatio de Uluminatione lunœ. i Parisiis, 1553, p. 26. (Bullettino, etc.)
obligés (Fattribuer à AbotfK'Wéfâ (1) ; mais tine telle allégation ne peut se soutenir, devant les témoignages accumulés de son mérite comme mathématicien et comme astronome observateur.
« S'il était vrai, ainsi que le prétendent MM. Biot et Bertrand, qu'Àboul-Wéfâ n'eût rien compris au sujet qu'il traitait, et qu'il n'eût fait qu'une paraphrase confuse, embarrassée, inintelligente , du chap. v, fiv. V de YAlmageste de Plolémée, il aurait au moins gardé son rôle de copiste ignorant, et respecté les chiffres de l'original. Ptoléraée, pour établir ce qu'on a coutume d'appeler la prosneuse, simple rectification des deux premières inégalités lunaires, se sert de deux observations d'Hipparque faites à 45° 15', et 345° 32' de Torbite, et indique comme résultat 46" et 1°26". Vouloir, avec MM. Biot et Bertrand, qu'en présence, de 46' et 1° 26* Aboul-Wéfâ ait fait un maximum de 45' et laissé de côté 1°26\ puis qu'aux élongations de 45° 15' et de 315° 32', il ait substitué les aspects de 60 et 120 degrés, c'est de la fantaisie toute pure.
« Aboul-Wéfâ dit positivement qu'il a constaté, par des observations suivies pendant plusieurs années, qu'en tenant compte des résultats obtenus avant lui, il est nécessaire d'ajouter à la théorie lunaire une troisième inégalité qui atteint son maximum de 45' dans les oc-
(1) Au jugement porté plus haut, ajoutez ce que dit <T Aboul- Wéfâ M. Biot, dans un article publié 'dans le Journal des savants de 1845, p. 152, 156, 158. — M. Bertrand ne reste pas en arrière de cet éreintement systématique, en disant (Comptes-rendus, etc., t. LXXIII, p. 586) : < L'interprétation de M. Biot réduit donc au minimum les torts de l'astronome arabe. L'autre système ferait de lui un auteur complètement absurde. »
tants, c'est-à-dire à 45°, 135°, 225° et 3i5° de l'orbite, moindre que cette mesure en deçà et au-delà de chaque octant, nulle dans les conjonctions et oppositions ; est-ce assez clair?
• « Il n'est pas hors de propos de rappeler en finissant que Tycho-Brahé, exposant son système de la variation^ la qualifie de hypothesis lunœ redinte grata (sic)t comme il aurait pu dire d'une chose déjà connue.
« J'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
c Sédillot. j>
Je n'ai plus, cher prince, pour conclure, qu'à repro- . duire le premier jugement porté par J.-B. Biot à l'origine du débat, et qui devra le terminer : « Enfin, pour que rien ne manque à cette singulière coïncidence, parmi toutes les constructions géométriques qui pouvaient représenter la nouvelle inégalité, Aboul-Wéfà parait employer justement la même que Tycho a choisie, et les coefficients numériques dont ils l'affectent tous deux diffèrent seulement par des quantités dont l'un et l'autre n'auraient pu que bien difficilement répondre. De sorte qu'en voyant une rencontre tellement complète, on est involontairement conduit à se demander si l'observateur européen n'aurait pas eu quelque notion de la découverte arabe. »
Nous avons exposé ailleurs les motifs qui pourraient justifier à bon droit celte hypothèse.
Veuillez agréer, etc.