FORUM DE TRAJAN
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sée à cette époque par celle des thermes. Les thermes ont eu la plus grande influence sur les développements de l'art monumental, car la coupole s'y associait à l'architecture en plate-bande. A côté des diverses salles destinées aux bains de vapeur et aux bains d'eau tiède, se trouvaient de vastes piscines d'eau froide, des salles pour les frictions d'huile, des gymnases, des stades, des palestres, des jeux de balles [spliœristerinin\. Lps thermes fêtaient devenus des rendez-vous publics aussi fréquentés que les basiliques. Aussi y avait -on annexé des portiques, des exèdres pour s'asseoir, des bibliothèques et même de^ galeries de tableaux.
Trajan. Apollodore de Damas. Le forum. La colonne Trajane. Le
pont du Danube. — G. J. Lacer. — Le plus grand archi tecte comme le plus grand ingénieur de ce temps est Apollodore de Damas ^ , originaire de Syrie, comme son nom l'indique; mais Damas était tout à fait devenue une ville grecque. Apollodore de Damas écrit un traité de poliorcétique, perfectionne les machines de guerre, construit la route et le pont du Danube, et élève, à partir de l'an 112, entre le Gapitolin et le Quirinal, 'l'ensemble de monuments qui forma le forum de Trajan. Ce fut la merveille de Rome et le dernier mot de l'architecture romaine. Là se trouvaient la statue équestre de Trajan qui fut transportée à Gonstantinople, la basilique et la bibliothèque Ulpiennes, l'arc de triomphe que Constantin dé-
1. Mort en 130. La tradition d'après laquelle l'empereur Hadrien, jaloux de ses taluuts, l'aurait impliqtié dans des complots imaginaires et l'aurait &it périr, paraît suspecte.
PiiTRE. — Ilist. des B.-Arts. H
F\g. lita. — Thi-rmes de Pompéi
18i L'ART ROMAIN
molit. Là furent réunies par Trajan et par ses successeurs les statues des hommes qui se rendaient célèbres, aussi bien dans le droit et les lettres que dans la guerre. Cette habitude persista jusqu'aux derniers jours de l'empire, car l'on y plaça alors Glaudien et Sidoine Apollinaire. Septime Sévère, obéissant à un sentiment vraiment noble, y avait dressé deux siècles auparavant la statue d'Annibal. Là enfin se voit encore la colonne Trajane, où la statue de saint Pierre a remplacé celle de l'empereur. Conservé jusqu'au ix® siècle, le forum de Trajan fut depuis lors peu à peu détruit. Les fouilles n'y commencèrent qu'en 1812, pendant l'occupation française; elles ont amené des découvertes importantes.
Le nom de Trajan, pour ne citer que quelques exemples, s'attache aussi aux arcs de triomphe de Bénévent et d'Ancône, aux ports d'Ostie et de Centum Cellae (Givita-Vecchia), à l'aqueduc qui alimente encore la fontaine Pauline, au pont d'Alcantara construit par C. Julius La" cer, le rival d'ApoUodore de Damas. Le Mur de Trajan s'étendit du Rhin au Danube et limita les Champs Décumates. En Roumanie, l'ancienne Dacie, où le souvenir du conquérant romain est resté populaire, on a trouvé récemment de nouveaux monuments à sa gloire*.
Hadrien. Grands travaux militaires et civils. — Hadrien l'emporte peut-être sur Trajan comme constructeur. Les ouvrages de fortifications du Vallum Hadriani s'étendirent du golfe de Solway à l'embouchure de la Tyne, sur la mer du Nord. Plus qu'aucun autre, il s'occupa d'élever aux divers points de la frontière des camps retranchés qui formèrent de véritables villes militaires, avec théâtres, forums, portiques. Le camp de Troesmis, près d'Iglitza, fort bien étudié par A. Baudry,
1. F. la restitution des monuments d'Ostie, par V. André; la restitution du Forum de Trajan, par Guadet (Ecole des beaux-arts). J. V. Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions, juillet 18M.
HADRIEN. — HERODE ATTIGUS 183
nous donne une idée très nette de ce qu'étaient les castra stativa. Partout où Hadrien passa dans ses nombreux voyages, qui s'étendirent à tout l'empire, il s'occupa de faire restaurer les anciens monuments et d'en ordonner de nouveaux. Il était d'ailleurs architecte lui-même et s'amusait à peindre, comme à faire des vers. Athènes fut surtout l'objet de ses soins. Il y ft tant de constructions, que tout un quartier nouveau, s'étendant le long de l'Ilissus, prit le nom d'Hadrianopolis *. Un arc qui existe encore porte d'un côté : « C'est ici la ville de Thésée ; » et sur l'autre face : « Ici la ville d'Hadrien. »
Hérode Atticus. — De simples particuliers rivalisaient avec les empereurs. Le rhéteur Hérode Atticus, ayant acquis par son talent une immense fortune, l'employait à embellir les plus célèbres villes de la Grèce : pavage en marbre du stade panathénaique et du stade de Delphes, théâtre à Corinthe, temple de îa Fortune et théâtre à Athènes 2.
Monuments d'Europe. — Jamais, en aucun temps, en aucun pays, on n'a élevé plus de monuments qu'à l'époque des Antonins. Les villes avaient conservé leur autonomie municipale, la tranquillité régnait partout, et le luxe public comme le luxe privé pouvaient se donner carrière. En Europe, nous rappellerons les arcs de triomphe d'Orange, Saint-Rémi; les amphithéâtres de Nîmes, d'Arles, de Trêves, de Pola, de Lillebonne, d'Arènes (près de Vendôme); les théâtres d'Arles, d'Orange', de
1. Ce fut aussi le nom d'une ville nouvelle fondée au centre du bassin de l'Hèbre : aujourd'hui Andrinople.
2. Ce monument reçut le nom de théâtre du Régilla, en souTenir de l'épouse d'HéroJe Atticus. V. Vidal-Lablache, Hérode Atticus.
3. Le théâtre d'Orange est un des monuments les plus imposants que nous ait laissés l'antiquité, avec sa longue façade de lOi mètres, formée d'une muraille de 36 mètres de haut. C'est avec un véritable étonnement que l'on constate combien ces grands théâtres, quoique à ciel ouvert, étaient dans de bonnes conditions acoustiques. Les anciens en avaient d'ailleurs grand souci, et Vitruve parle de vases d'airain rendant un son déterminé que l'on plaçait comme résonnateurs près de la scène ( V. Roger Peyre. Nimes. Arles et Orange).
Néris (Allier); parmi les aqueducs, celui de Ségovie et le Pont du Gard, qui termine son troisième rang d'arcades à 49 m. au-dessus du niveau de la rivière, sur une longueur de près de 300 m. *; le temple d'Antonin et de Faustine, et celui de Véi.us à Rome construit sur les plans de l'empereur Hadrien (110 m. sur 53), avec une rotonde à coupole comme le Panthéon; les temples circulaires de
Hg. 104. — Le Pont du Gard.
Sérapis à Pouzzoles, de Vesta à Rome et à Tivoli*; le mausolée également circulaire qu'Hadrien se fit élever sur la droite du Tibre, et dont le soubassement forme le château Sainl-Ange. La porte de Trêves et la porte d'Aroux à Autun nous montrent que, même dans les forti- (ications, les Romains tenaient à l'aspect monumental.
1. L'acqueduc de Ségovie n'a que 34 m. de haut, mais il a 872 m. de long. Comme le pont du Gard, il est formé de pierres appareillées sans ciment.
2. La plupart des antiquaires attribuent les temples ronds à Vesta; quelque* uns à Hercule. Le Ponl du Gard date peut-être d'Auguste.
lOiNUMENTS DEUROPE ET D'AFRIQUE 185
^gypte. — Tunisie. Algérie. Sufetula. Leptis. — fin Egypte, la ville d'Antinoeua ou d'Antinoopolis, de style grec, avec des portiques et des colonnes corinthiennes, fut élevée par Hadrien près de l'endroit où son fa- Tori Antinoiis s'était noyé dans le Nil. Dans la Tripolitaine. le village de Lebda semble perdu au milieu des ruines de Leptis-la-Grande, qui compta 100,000 habitants et dont les magnifiques monuments sont à moitié enfouit
Fig. 105. — Le Temple de Vesta (Rome),
dans les sables*. Leptis fut surtout embellie par Septime- Sévère, qui en était originaire. Mais les troupes françaises ont rencontré en Algérie, jusque sur la frontière du désert, des ruines sans rapport, par leur importance et leur beauté, avec l'état actuel du pays, à Guelma, à Lambessa, à Theveste, à Djimilah^ (Gonculum), à Timghad. En Tunisie,
1. Quelques-unes des colonnes de Leptis ont été transportées en France et eo Angleterre. On en voit quatre à Saint-Louis de Brest. On en voit aussi à la galerie du Louvre. Celles-ci avaient d'abord été placées à Sainl-Germai" des Prés.
2, On trouve par exemple à Djimilah, qui n'est qu'une bourgade, /es ruines d'un arc de triomphe, d'un théâtre, d'un temple. Les officiers français tpportèrent un précieux concours aux savants qui accompagnaient Isa
il suffit de citer l'amphithéâtre de Thysdrus, le temple de Dougga, l'aqueduc de Tunis, les ruines de Tubuna (au N. du Hodna), surtout les restes imposants de Sufetula. Cette ville, située dans l'intérieur des terres, au milieu d une région autrefois très peuplée, nous montre des temples, des colonnades, des arcs, des tours, des tombeaux, des remparts. « C'est la Baalbek de l'Afrique. »
Asie. — Baalbek^ Pétra. Daphné. Mousmieh. — Mais Baalbek n'en reste pas moins un ensemble architectural sans rival, et l'œuvre la plus considérable de ce temps. On y trouve réunies les formes classiques de l'hellénisme et les dimensions colossales des constructions de Ninive et de Babylone.
« Les proportions colossales des monuments de Baalbek, qui ferment l'horizon, dit M. E. Melchior de Vogué *, nous trompent sur la distance qui nous en sépare : il semble qu'on les louche, et en réalité il faut quatre ou cinq heures pour les atteindre. Nous entrons enfin dans l'îlot de verdure que la ville doit à sa petite rivière, nous tournons quelques minutes entre les ruines des murs romains, et nous nous engageons dans un des vastes et ténébreux souterrains, entrée actuelle de l'Acropole, pour déboucher sur la plate -forme des temples, éblouis, stupéfaits des merveilles qui nous entourent. Le tertre sur lequel s'élèvent ces merveilleuses constructions est artificiel et contient de vastes substructions voûtées. Il a 4 kilomètres de pourtour. Les architectes avaient à triompher de cette difi&culté : élever des monuments dans une plaine et placés entre deux chaînes de montagnes, sans
expéditions. Les premières fouilles de Djimilah furent faites, au début de l'occupation, par M. A. Peyre, alors lieutenant d'état-major du génie, avec « un savoir et un zèle » que signale l'Exploration scientifique de l'Algérie [Beaux-arts, par A. Ravoisier, 2 vol. in-folio, 1846 et suiv.). Sur les monumeatB de la Tunisie, voir les travaux de M. Saladin et l'ouvrage de Gagnât et E. Bœswilwald, Timgad, une cité africaine sous l'Empire romain, 1894 et smv.
1. Près des sources de lOronte, dans la région du grand Hermon (Syrie).
2. La Syrie. V. aussi : Volney, les Ruines ; Lortet, Tour du Monde. 1882, 2« vol.; les restaurations de Joyau et Redon (Ecole des beaux- arts 1 et H. Frauberger, l'Acropole de Baalbek in-f». Francfort-sur-le-Meii». 1802.