‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 13 sur 424 · I. - LA SCULPTURE · texte numérisé non relu

I. - LA SCULPTURE

Influence des idées et des mœurs. — Influence des matériaux. — Le réalisme égyptien. — Le Sphinx. — La sculpture est aussi vieille en Egypte que l'architecture. Dès les premiers temps , peut-être avant Menés , était taillé dans le roc l'immense sphinx qui , à moitié enfoui dans 'e sable, semble encore garder la sépulture des Pharaons; le Louvre possède les statues d'un fonctionnaire nommé Lepa et de ses deux fils, à peu près contemporaines de la pyramide de Sakkarah , et qui témoignent déjà d'un art plein de vie. Dès la IV® dynastie, la sculpture égyptienne compte des œuvres que l'on peut ranger parmi les plus remarquables qu'elle ait produites, et que les Grecs seuls sauront dépasser. C'est encore à leurs idées sur la mort que les Égyptiens doivent le caractère si personnel et les progrès si rapides de leur sculpture. Ils leur doivent aussi la variété des sujet»

SCULPTURE

Vip. 4.

inre et polissage d'un cercueil

représentés dans leurs bas-reliefs et dans leurs peintures, qui reproduisent toutes les scènes de la vie usuelle, dans toutes les professions.

En effet, les anciens Egyptiens croyaient que le mort continuait à subsister comme une espèce d'ombre, comme un double de l'être vivant. Ce double avait besoin d'une forme matérielle sur laquelle il pût s'appuyer; de là le soin qu'on prenait de (loinier au cadavre la plus grande durée possible, par rerabaumeraent; pour mieux assurer ce résultat et obvier à la disparition possible de la momie, on plaçait dans la tombe, autant que le permettait la fortune de la famille, des représentations plastiques plus ou moins exactes du défunt, et des statuettes qui devaient tenir lieu des domestiques destinés à son service. C'est pour cela également que l'on voit, dans les tombes égyptiennes, tant de peintures et de bas-reliefs représentant des aliments, des scènes de la vie de chaque jour; on prononçait au moment de l'ensevelissement des incantations magiques qu'on croyait capables de donner une certaine vie à ces représentations, car le double revenait habiter la tombe et avait des besoins analogues à ceux des êtres vivants.

Aussi les sculptures égyptiennes, surtout dans les premiers temps, témoignent d'un sentiment très vif de la nature; les têtes sont variées et expressives, ce sont des portraits; les formes, quoique les détails soient volontairement éliminés, sont justes. C'est ainsi que les artistes de Memphis et de Thèbes savaient dégager avec une précision remarquable, même dans leurs bas-reliefs les plus simples, les traits caractéristiques du visage, du corps, du costume des divers peuples, de manière à rendre parfaitement reconnaissables leur race et leur pays. On peut reprocher à leurs statues l'uniformité des poses,

la raideur, la symétrie exagérée des membres; mais cela tient en partie à ce que les Egyptiens n'avaient à leur dispositian que des matières ou trop tendres ou trop dures*, sinon des instruments imparfaits. Nous avons là un exemple frappant de l'influence des moyens d'exécution et de la matière employée sur le génie des artistes. Ce n'était pas l'inexpérience ou l'esprit de système qui attachait au torse les bras de leurs statues ; ce qui le prouve, c'est qu'il n'en est pas ainsi dans leurs œuvres de petites dimensions et dans les statues en bois. Mais les grands arbres sont rares en Egypte.

Période memphite. — Supériorité de la sculpture égyptienne de lancien empire. — Habileté technique : le Scribe du Louvre. — Ce caractère individuel de la sculpture égyptienne se montre avant même le temps des grandes pyramides, comme nous l'avons déjà dit. Bientôt elle produira des œuvres d'un art savant et plein de physionomie, comme le Pharaon Chéphren et le Ramké du Caire, comme V Hor-Ra-Fou-Ab (XIP dyn.) découvert à Dachour, comme le Scribe accroupi du Louvre, qui donne également une idée de la perfection où en était arrivée l'habileté technique dès le temps de la V® ou VI® dynastie.

« La figure est pour ainsi dire parlante. Ce regard qui étonne a été obtenu par une combinaison très habile. Dans un morceau de quartz blanc opaque est inscrutée une prunelle de cristal de roche bien transparent, au centre de laquelle est planté un petit bouton métallique; tout l'œil est enchâssé dans une feuille de bronze qui remplace les paupières et les cils. » (Catalogue du Louvre.) Ce procédé, qui a été souvent employé par les Egyptiens, donne à une figure inani-

1. Le diorite, le granit, le porphyre, l'albâtre, mais pas de marbre. Peut-être même ont-ils employé le diamant pour travailler le diorite. On sait par des monuments figurés qu'ils ont connu le procédé de la mise au point pour la sculpture et de la mise au carreau pour la peinture. Pour préserver les statues de bronze de l'humidité et de l'oxydation on les frottait encore chaudes d'un vernis résineux.

SCULPTURE. — PËKiODE MEMPHITE

mée une physionomie d'une vivacité extraordinaire. Mariette raconte que, dans une de ses fouilles, la lumière, pénétrant brusquement dans le souterrain qu'on venait d'ouvrir, alla /rapper le visage de deux statues : leur regard eut tant d'éclat et de vie, que les ouvriers reculèrent épouvantés Revenus de leur terreur, et croyant à quelque sortilèg-'^, iU

^'if c. — Lfi Scribe accroupi du Louvre.

voulurent détruire « ces mauvais génies », et il fallut lot. menacer du revolver pour les en empêcher.

Cette période de la sculpture égyptienne, qu'on peut appeler la période memphite, est la plus remarquable, quoique la plus ancienne.

Période thébaine. — Les bas-reliefs de Karnac. — La statue de Memnon. — La sculpture monumentale d'Ipsamboul. — Les statuettes. — Les œuvres de la période thébaine sont en général inférieures, même lors-

L'ART EGYPFJEN

PERIODE THEBaINE

que, après l'expulsion des Hycsos, l'Egypte atteint, avec les Thoulraès, les Seti et les Ramsès, un degré de gloire et de puissance qu'elle n'avait jamais connu, et que l'an égyptien jouit d'une véritable renaissance. Le« formes sont plus conventionnelles : les mêmcR types, les mêmes poses sont indéfiniment reproduites; l'art religieux semble devenir exclusivement sacerdotal et liturgique. Il y a en'.o:-:

cej)endaut des tètes expressives bien perso:!nelles dans la sculutur" monumentale, ({ui, intimement liée à la construction, présente le plus d'intérêt. C'est à cette époque que Séti l^"" et Sésostris (Ramsès II, couvrent les murs de Karnac de bas-reliefs accompagnés d'inscriptions qui sont comme les bulletins olficiels illustrés de leurs campagnes*; qu'Amennotej) 111 élève devant un temple qu'il avait fait bâtir à Thèbes sa statue colossale, dite de Memnon '; que Sésos-

Fig. 7. — Slatuelles funéraires.

1. On trouve des œuvres de ce genre se rapportant aux premiers temps de l'aucienne Egypte. Siiewrou fit sculpter sur les rochers dOuadi-Mafrarah (presqu'île du Sinaï) un bas-relief qui existe encore, pour célébrer ses victoires •ur les populations nomades de l'Asie qui menaçaient sans cesse la frontière égyptienne.

2. Les Grecs lui doanèrenl Le nom du fils de l'Aurore, parce qu'elle faisait entendre un sou mystérieux aux premières lueurs du jour. Ce phénomène ne

tris enfin fait, entre autres , tailler dans le rocher même les colosses à'Ipsamboul. Ces œuvres extraordinaires présentent, en dehors de leurs dimensions mêmes, un caractère rare de majesté et de noblesse. Comme on l'a dit,

cette sculpture s'accordait admirablement avec l'architecture égyptienne , qui éveille en nous l'idée d'une stabilité absolue et d'une durée sans bornes. Il faut remarquer d'ailleurs que les statuettes égyptiennes du même temps diffèrent beaucoup, et par le procédé d'exécution et par la variété des attitudes, des statues destinées à orner les édifices. 11 n'y a certes pas là un sujet de blâme pour les artistes égyptieiis.

Période saïte. — Dans la période saïte, l'art reste encore trop souvent conventionnel. — Tout en produisant des œuvres considérables, il est plus occupé de l'élégance et de la finesse : il cherche davantage à bien rendre le détail des formes. Il ne retrouve pas peut-être le sentiment grandiose qui marque les œuvres des temps

Pig. 8. — La reine Taï, mère d'Amenhotep IV (XVIII» dynastie).

«omble pas avoir été connu des anciens Èg;>'ptiens et paraît ne s'être produit que lorsque la statue était déjà fort dégradée. L'empereur Septimc-ScTér», qui dans son passage en Egypte avait entendu le colosse, eut la malheurouse idée de le faire réparer : il cessa dès lors d'émettre chaque matin ces résonances, qui étaient dues aux dilatations inégales produites par les premiers rayons solaires dans les pierres mal jointes dont il était composé. Quoique assis, il a 20 métrés de haut : plus qu'une maison à cinq étages.

1. Il maintient les formes et les types donnés par les artistes delà XII« et de la XIII» dynastie, qui semblent avoir été en grand honneur en Égrypte.

PEli\TURK

anciens. Néanmoins la révolution par laquelle les princes de Sais réunirent en une seule puissance les Etats morcelés de l'ancienne Egypte (656 av. J.-C), fut, pour l'art comme pour la politique, le signal d'une renaissance nouvelle.

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