LES ICONOCLASTES
tiquL, trouvait une excuse ou un prétexte dans les abus qui avaient fait des images sacrées une superstition encouragée souvent par ceux mêmes qui auraient dû la modérer. Mais était-ce une raison pour commettre tant de violences? Fallait-il pour cela proscrire en principe la vénération des images sacrées et interdire ainsi à l'art son inspiration la plus haute, la plus populaire, comme nous le prouve l'histoire à toutes les époques * ? Cette querelle eut un double résultat fâcheux, d'abord par les destructions irréparables qu'elle amena, statues brisées, mosaïques couvertes de chaux, peintures grattées ou badigeonnées; ensuite, comme il arrive trop souvent, par une réaction qui entoura alors d'une admiration sans choix, sans goût, sans mesure, des images quelconques, souvent les plus grossières, que leur ancienneté seule, par exemple, recommandait aux fidèles, et que l'on prit souvent pour modèle.
Renaissance sous la dynastie macédonienne. — Cependant il faut reconnaître que lorsque les esprits se furent calmés, les arts se trouvèrent moins affaiblis qu'on aurait pu le craindre. L'école monastique avait été excitée plutôt qu'intimidée par la persécution, et n'avait fait que travailler avec plus d'obstination ; d'autre part, il s'était formé à côté d'elle une école indépendante qui s'inspirait davantage de l'antiquité classique, et ce retour vers l'antiquité, de plus en plus marqué, allait avoir la plus heureuse influence sur l'art byzantin. Justement l'empire d'Orient fut alors gouverné par la dynastie dite macédonienne, fondée par Basile I"" en 867. Cette période, où il
1. Edite de l'empereur Léon l'Isaurien contre les images (726 et 728). — Émeutes en Grèce et en Italie. — Concile iconoclaste ("54), sous Constantin V. Persécution générale. — Rétablissement du culte des images par l'impératrice Irène (787). — Les iconoclastes triomphent de nouveau avec Léon l'Arménien (813-826) et Théophile (829-842). — La veuve de Théophile, Théodora, régente (842-54) au nom de son fils Michel III, revient à l'orthodoxie. Aussi les noms d'Irène et de Théodora furent-ils gloriBés. Remarquons qu'Irène était athénienne. — M. Lampakis a donné (Athènes, 1911) un remarquable recueil de monuments byzantins.
retrouva sa prospérité et sa gloire, est marquée aussi par une véritable renaissance intellectuelle.
Le palais impérial. — C'est alors que fut terminé ce merveilleux palais impérial qui semble une création fantastique des Mille et une nuits. Nous pouvons nous en faire une idée par les détails que nous en donne l'empereur Constantin VII Porphyrogénète (911-959).
Ce prince non seulement protégeait les savants et les artistes, mais était savant et artiste lui-même. Il a laissé la description des édifices auxquels on avait travaillé sous son règne. La Chalcé était la partie du palais la plus accessible au public ; elle contenait le grand consistoire ou salle de réception, dans laquelle on entrait par trois portes d'ivoire, puis le grand triclinium, où se donnaient les festins d'apparat avec de la vaisselle non d'argent, mais d'or. Au dessert parurent, dit Luitprand, les fruits apportes dans trois vases d'or si lourds, qu'ils avaient été placés sur des chariots couverts de pourpre. Le quartier de Daphné, composé encore de salles officielles, contenait aussi trois oratoires et était mis en communication avec l'hippodrome. Enfin Ton arrivait au Palais sacré, demeure de l'empereur, véritable dieu terrestre. A l'entrée se trouvait un atrium formé de deux hén icycles dont l'un était couvert d'une abside. Au milieu sî voyait un bassin de bronze à bords d'argent, au centre duquel s'élevait un vase d'or. Partout le porphyre, l'onyx, les mosaïques, les émaux, des pièces d'orfèvrerie, des tentures d'or et de soie, s'étalent aux regards; la poudre d'or est répandue en guise de sable sur le parquet de certaines pièces. A l'atrium succède le Sigma, péristyle en forme d'arc avec un dôme central soutenu par quatre colonnes de marbre vert. Le Chrysotriclinium ou triclinium d'or, qui sert aux réceptions les plus solennelles, ressemble à une église. La salle est octogone et couverte d'une coupole à seize fenêtres ; sur les faces s'ouvrent huit absides profondes communiquant entre elles par des arcades. Dans le Triclinium de Magnaure, où l'on recevait les ambassadeurs, le trône était tout en or avec des incrustations de pierres précieuses ; au bas des marches deux lions mécaniques se dressaient sur leurs pattes et pous-