‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 155 sur 424 · ART BRAHMANIQUE ET BOUDDHIQUE · texte numérisé non relu

ART BRAHMANIQUE ET BOUDDHIQUE

2° Edifices taillés dans la pierre. — Ellora; le Kaïlasa. — Sculpture. — Puis on ne se contente plus de pratiquer des galeries dans la montagne : on la découpe, et dans les blocs détachés et isolés on taille, on cisèle, on creuse, comme on le ferait d'une pièce de bois ou d'un morceau d'ivoire. C'est à Ellora qu'on trouve le plus remarquable exemple de cette architecture extraordinaire

v'i^. 144. — Temple souterrain d'Eléphaata.

Uno moutagne de granit rouge en forme de fer à cheval it été creusée ou taillée en temples nombreux sur une longueur de 8 k. (14 temples brahmaniques, 14 djaïniles, 10 bouddhiques). Les galeries souterraines n'ont pas moins de deux lieues d'étendue, sans parler des monuments distincts, et comprennent entre autres une salle de 60 mètres sur 50, soutenue par vingt-huit colonnes. Mais on y admire surtout un des ringt temples de Siva, le Kaïlasa ou Paradis, qui est, comme *D l'a dit, un véritable bijou de pierre, mais un bijou plu»

grand que la Madeleine (123 m. sur 60). Il est du xi^ ou du xii« siècle. Le monument a deux étages et par conséquent des escaliers; il a des colonnades, des portiques à balcon, deux obélisques de 12 mètres, une tour haute de 20. Ce temple s'élève au milieu d'une cour fermée par une enceinte de pierres placée à une dizaine de mètres de l'édifice. La cour et son enceinte ont été creusées dans le même rocher que les autres constructions et ne forment qu'une seule pierre avec elles. Partout la sculpture est répandue, mais désordonnée, monstrueuse; une imagination sans frein, quoique sans grande puissance, se développe en se répétant, comme dans les interminables épopées du Mahabarata ou du Ramayana. C'est u« entassement obscur où l'on voit, au milieu de fleurs, de plantes bizarres, et de bêtes non moins bizarres qu'elles, fourmiller des personnages fantastiques portant plusieurs têtes, armés de plusieurs paires de bras et de jambes , réunissant une figure humaine à un corps d'animal, ou une figure d'animal à un corps humain. Tout cela superposé, enchevêtré, sans proportion. On dirait du produit de quelque force inconsciente, de créations parasites qui rongent, enserrent, étouffent l'édifice qu'elles devaient orner.

Partout, sur les parois du morne monument, Quelque chose d'affreux rampe confusément. Et celui qui parcourt ce dédale difforme, Gomme s'il était pris par un polype énorme, Sur son front effaré, sous son pied hasardeux, Sent vivre et remuer l'édifice hideux*.

3° Édifices en matériaux rapportés. — Stoupas, pagodes. - Djaggernaut. — Chillambaran. — Ceylan. ^ Architecture civile. — La sculpture conserve ce iiîême caractère dans les édifices qui dominent dans la troisième époque, dans ceux qui sont construits avec des

1, Nous parlons en général. L'art indien a produit plus d'une figure assez bien proporf ionnée, pleine de grâce, de mélancolie et de langueur, notamment au Kaïlasa. L'Abyssinie possède des églises formées d'un seul bloc de rocher découpé dans ia montagne et travaillé extérieurement de manière à simuler les pierres d'un mur. ( V. RafFray, les Églises monolithes de Lalibéla.) Comparer plusieurs édifices «t aussi bien presque tout le village des Baux (en Provence).

«LLORa. — CHILLAMBàRAN. — aNGKOR 267

matériauT rapportés. Les plus anciens monuments de ce jçenre dans l'Inde sont les stoupas ou topes, espèces de turoulus circulaires portant sur une terrasse, surmontés d'un dôme et destinés à contenir des reliques de Bouddha. Asoka en aurait, dit-on, fait élever 84,000 f!). Ils sont coatemporains des hypogées dont nous parlons plus haut. Plus tard, à coté des stoupas on éleva des pagodes dont le type s'est répandu, avec la religion brahmanique ou bouddhique, dans le Thibet, l'Afghanistan, la Chine VIndo-Ghine, jusque dans les îles de l'Océanie

Fig, 145. — Pagode d'Anglcor, d'après M. Delaport«.

Les pagodes sont des ensembles de constructions entourées d'une ou plusieurs enceintes. Elles contiennent, comme les mosquées, des bassins pour les cérémonies du culte, mais, à leur différence, elles renferment plusieurs sanctuaires. La forme pyramidale y domine même pour le couronnement des portes, et est restée caractéristique de ce genre de monuments , par exemple à Djaggernaut, à Tandjour, à Tirouvalour, au mont Abou (dans le Maissour), à Bengalore, etc. A Chillambaran on dirait qu'une influence classique s'est fait sentir; U forme pyramidale, quoiqu'elle y domine, est moins employée. L*

temple dit les Mille colonnes, par exemple, est composé de piliers réunis par des dalles et rappelle par ses formes générales un temple grec ou égyptien ^ Outre les pagodes, les constructions les plus importantes de l'Inde sont les réservoirs pour le service des eaux des villes, et les forte resses, sortes d'acropoles au milieu desquelles se trou vent les bâtiments divers de la demeure des souverains.

A Ceylan nous trouvons les gigantesques ruines d'Anaradjona, l'Anuragraumonde Ptolémée, et de Pollanarona comparables par leur étendue à Babylone. A Anaradjon, (détruite au xiii® siècle de notre ère), il reste 1,600 colonnes carrées,' sur une seule face de la ville. Des stoupas formant des monticules de briques avec des escaliers et colonnades à la base ont près de 70 mètres de hauteur et de 1,000 mètres de circuit.

Indo-Chine. — Les Khmers. — Angkor. — Les établissements français de l'Indo-Ghine ont appelé l'attention de l'Europe sur les immenses ruines de la capitale des Khmers (xi« et xii« s.), de la ville d'Angkor, dont l'enceinte n'a pas moins de 14 kil. 1/2. Cette enceinte s'ouvre par cinq portes précédées d'autant de ponts monumentaux, elle enferme les débris de plusieurs édifices considérables, parmi lesquels une grande pagode dont l'enceinte mesure 5 kilomètres 1/2 de tour 2.

Page 1