‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 157 sur 424 · ART MUSULMAN. — DELHI. — AGRAH · texte numérisé non relu

ART MUSULMAN. — DELHI. — AGRAH

— Mais s'il est vrai que le mérite d'une œuvre architecturale ne se mesure pas à la quantité de pierres raines en œuvre et à la difficulté du travail, Angkor, Chillambaran, Ellora même, ne sont pas comparables aux monuments élevés par la dynastie musulmane des grands Mogols. Là, en effet, à la solidité de la masse, aux grands effets de puissance des anciens monuments de l'arciiiteclure nationale des Hindous, le style arabe est venu joindre sa précision délicate et son élégance variée, en perdant ce qu'il avait de trop grêle, et de cette réunion sont sorties des œuvres rares qui, autant qu'on en peut juger par des descriptions et des gravures, doivent se placer parmi les types les plus complets de l'art. Cette architecture s'est appliquée avec un égal succès aux mosquées et aux palais aussi bien qu'aux forteresses*. Elle a eu son apogée dans la seconde moitié du xvi^ siècle, sous Akbar, et mieux encore dans les deux premiers tiers du xvii* siècle, sous Shah Djeham et sous son fils Aureng Zeyb, qui le détrôna en 1656. Au palais de Lahore, à la forteresse de Goualior, aux nombreux monuments justement célèbres de Delhi, tels que le collège d'Akbar, la Djumma Mosjed, etc., aux merveilleux palais d'Ajmir et d'Alvour, nous préférons encore les édifices d'Agrah, qui nous semblent d'un style plus pur et non m oins riche. C'est là que se trouve la forteresse d'Akbar, la mosquée des Perles, et surtout Tadj, chef-d'œuvre de l'Inde.

î . Les forteresses sont loin en effet d'être dégagées de tout contact avec l'art. Sans parler des châteaux forts du moyen âge, on peut rappeler que Giotto, Brunelleschi, Léonard de Vinci, ont été des ingénieurs militaires ; que môme depuis la transformation complète de la fortification à la suite de l'invention de la poudre, Sammicheli, comme en témoignent les remparts de Vérone, mérita sa réputation de grand artiste moins par ses églises et ses palais, que par ses travaux militaires. Jules Romain élevait à Mantoue li palais fortifié du T. Certaines œuvres de Vauban témoignent d'un souci de la ligne qui n'enlève rien à la solidité de l'œuvre. F. Blondel(l618-1686), l'architecte de la porte Saint-Denis, avait mérité le grade de maréchal de camp dans les armées du roi, par ses travaux théoriques et pratiques pour l'attaque et la défense des places.

Le Tadj-Mahal. Les jardins de Kachmir. — L'impératrice Mumtaz y Mahal, femme célèbre par ses talents et sa beauté, avait inspiré un si grand amour à Shah Djeham, que lorsqu'elle mourut, en pleine jeunesse, l'empereur résolut d'élever à s» mémoire le plus beau monument que l'homme eût jamais conçu. A la suite d'un concours où furent appelés tous les architecte» de l'Orient, les projets d'Isa Mohamed (Jésus Mahomed) furent adoptés. Commencé en 1630, le mausolée appelé Tadj-Mahaî fut terminé en 1647 : on y employa 20,000 ouvriers. Les matériaux du gros œuvre, le grès rose et le marbre blanc,, furent fournis par le Radjepoutana ; toutes les provinces furent mises à contribution pour les pierres précieuses qui devaient servir aux ornements : onyx de Perse, corail d'Arabie, grenats de Bundelcund, turquoises du Thibet, agates d'Yemen, saphirs de Columbo, lapis-lazuli de Ceylan, diamants de Pounah.

Le Tadj se dresse sur les bords de la Djamna, élevant son croissant à 80 mètres environ au-dessus du niveau du fleuve. Le jardin qui le précède est entouré par une enceinte de hautes murailles créneléer, avec des pavillons aux angles. L'entrée principale forme un portail monumental en arc brisé; elle est couronnée d'un cordon de kiosques. Cette façade en grès rose est rehaussée par des bandes de marbre blanc. Des mosaïques d'onyx et d'agates ornent la porte centrale. Franchissant le portail, on aperçoit le mausolée lui-même dans son éclatante blancheur, à l'extrémité d'une large allée, pavée et bordée de hauts cyprès. Le mausolée s'élève au centre d'une plate-forme de grès rouge de 320 mètres de long sur 110 de large, dont un des côtés baigne dans la Djamna. Une superbe terrasse de marbre blanc haute de 5 mètres et mesurant 95 mètres de côté lui sert de piédestal. De chaque angle de la terrasse s'élance un minaret de marbre blanc, à trois galeries en balcon, dont la dernière porte une légère coupole.

Le monument est sur le plan d'un octogone irrégulier, mais symétrique; le sommet en terrasse porte quatre pavillons, au milieu desquels s'élève un grand dôme légèrement renflé, de la courbe la plus élégante. L'édifice tout entier est en marbre blanc, incrusté de bandes de mosaïques qui se répandent partout en insciiptions, en arabesques, en ornements d& toutes sortes, sauf sur la calotte du dôme. L'intérieur es4

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