L'ART LATIN ET L'ART ROMAN
péenne quelques éléments nouveaux ou renouvelés, qui directement ou indirectement devaient avoir une action sur la poésie et l'art : un goût (obscur, il est vrai) de la nature dans sa simplicité et sa grandeur, un sentiment plus vif (et plus brutal aussi) de la personnalité, une forme différente de l'honneur et de la loyauté, du dévouement, tendances qui contribueront à constituer la chevalerie. Peut-être, malgré leur mythologie odinique, ont-ils aussi un sentiment plus abstrait de la Divinité. Sans doute Deaucoup de ces nouveautés étaient de vieilles choses, et les Germains paraissaient surtout différents des Romains parce que les Germains étaient encore dans un état de civilisation que le monde antique avait traversé et dépassé. Mais, que cela tînt à la race ou à l'état social, le germanisme n'en allait pas moins avoir sur l'esprit humain une influence réelle, bien qu'elle ait été parfois bien exagérée. Quoi qu'il en soit, en attendant que sous l'action du christianisme et de l'Eglise, principale héritière de Rome, ces forces se fussent disciplinées , les Barbares apportaient surtout avec eux la barbarie. L'art véritablement digne de ce nom faillit disparaître presque complètement. Ce n'est pas que les Barbares germains cherchent à abolir de parti pris la civilisation gréco-romaine ; ils l'admirent au contraire ; ils préfèrent les constructions solides qu'ils rencontrent, aux chaumières de bois et de terre qu'ils avaient en Germanie ; mais ils admirent plutôt qu'ils n'imitent. La plupart étant déjà chrétiens, ils ne détruisent pas spécialement les églises; mais ils les pillent, et, d'ailleurs, de combien de désastres et de ruines ne sont-ils pas cause! Enfin le dégoût du présent, l'insécurité de l'avenir, la violence qui règne partout « lorsque se déchaînait la férocité des peuples et s'aiguisait la fureur des rois ^ », laissent peu de place à ce qui n'intéresse pas la défense de la vie de chaque jour.
1. Feritas gentium desstviret regum furor acueretw [Grsg. de Toors.)
RAVENNE. — ROME. — GAULE 2bl
« xMalheur à notre temps, dit Grégoire de Tours, parce que les études libérales ont disparu d'au milieu de nous î u La civilisation est moins atteinte dans les îles Britanniques et en Italie. — Théodoric. — Ravenne. Rome. —
Deux pays font dans une certaine mesure exception à ce triste tableau L'Italie et la Grande-Bretagne.
En Italie la civilisation antique a naturellement mieux résisté ; d'ailleurs les Byzantins devaient , dès la fin du VI® siècle et dans les deux siècles suivants, y raffermir les traditions classiques. Le roi des Ostrogoths, Théodoric, non seulement élève des monuments nouveaux, mais répare les anciens et les protège par des lois. Quoique arien, il respecte en général les églises catholiques et en construit de nouvelles pour son culte national. Il embellit surtout Vérone et Ravenne, ses capitales. Ravenne n'a presque rien conservé du palais qu'il s'y fit construire Déjà, au viii^ siècle, Charlemagne l'avait fait en partie détruire pour en employer les matériaux à ses constructions d'Aix-la-Chapelle. Mais on y voit encore les anciennes églises ariennes, San-Spirito, Sanla- Maria in Gosmedin, et surtout la cathédrale arienne Saint-Apollinaire le Neuf, avec de magnifiques mosaïques, dont l'une nous donne une idée de ce qu'était le palais de Théodoric dans sa splendeur. On y voit aussi le tombeau que lit élever au grand Barbare la reine Amalasonthe, sa fille. lia une rotonde couverte d'une coupole plate creusée dans une seule pierre de onze mètres de diamètre. Nous avons parlé plus haut de la Ravenne byzantine. A Rome on travaille à Sainte-Marie Majeure, à la basilique Saint-Laurent, à Sainte-Agnès, à Sainte-Constance, à Saint-Pierre, etc. ; on les décore de mosaïques.
Les îles Britanniques avaient été la partie de l'empire la première détachée de Rome, et elles avaient passé aussi par de terribles épreuves. Mais dès la fm du vi® siècle, les A ngio- Saxons, maîtres incontestés du pays, avaient été