EGLISE. — FEODALITE. — COMMUNES
familiers à la fois, simples dans les lignes générales el merveilleux dans le détail de leur agencement ou de leur ornementation, ces grandes masses si légères et si imposantes où les pierres semblent vivre encore après tant de siècles, sont la véritable épopée du moyen âge. C'est là qu'il a fait passer véritablement son âme. Entre les chansons de la Table-Ronde et Notre-Dame de Paris, qui est cependant du même temps, on dirait qu'il y a, non seulement pour la conception du beau, mais pour l'habileté professionnelle, une distance de plusieurs générations. A cette époque la France ne tarde pas à devenir le centre de la civilisation occidentale. C'est chez elle que l'on voit les chevaliers les plus courtois et les plus braves, les trouvères ou les troubadours les plus harmonieux et les plus habiles, les théologiens et philosophes les plus profonds et les plus subtils; c'est chez elle que l'on vient chercher de toute la chrétienté les maîtres les plus autorisés. Cette supériorité reconnue de notre pays se montre dans les arts. C'est par là que s'affirme surtout la puissance et l'originalité de son génie. C'est sur notre sol que se sont constituées et développées les diverses formes architecturales qui ont servi de modèle à toute la chrétienté romaine. Résumer l'histoire de l'art Tançais au moyen âge, c'est résumer l'histoire de l'art occidental tout «ntier. Mais avant d'arriver à se constituer pleinement, l'architecture que l'on a appelée romane allait encore passer par une période de tâtonnements et d'essais.
Art romand — Après les terribles épreuves que l'Occident avait traversées, il y eut, dès la fin du x^ et surtout au début du xi® siècle, comme un réveil de vie dont les arts sont les premiers à profiter. « Aux environs de l'an
1. La dénomination d'art roman ne date que de notre siècle. Cette dénomioation, proposée par de Gerville à la Société des Antiquaires de Normandie, fat adoptée par de Caumont dans ses Essais sur l'architecture religieuse au moyen âge (1825), et depuis généralement acceptée.
1000, dit le contemporain Raoul Glaber, dans tout l'univers, mais surtout en Italie et en Gaule, on se mit à reconstruire les églises, bien que pour la plupart ce ne fût pas nécessaire; mais c'était à qui, entre les populations chrétiennes, aurait les plus beaux édifices. On eût dil que le monde, secouant ses vieux haillons, voulait partout revêtir la robe blanche des églises*. » Alors apparaît l'art roman proprement dit. Il succède au style latin, parcourt une période de formation [roman prunliif), et prépare le style gothique, qui paraîtra vers le milieu du xii® siècle. Plan général d'une église romane. — L'église romane a pour point de départ la basilique ; mais elle la développe et en modifie le plan. Nous prendrons pour exemple l'église abbatiale de Gluny, quoiqu'il n'en reste que des débris, parce qu'elle fut peut-être la plus complète des constructions romanes et qu'on y trouve réunis les éléments qui manquent souvent ou sont séparés ailleurs. Les indications que nous donnerons à cette occasion conviendront également pour le style gothique, qui sur ce point n'a pas sensiblement innové.
Eu général, les églises romanes ou gothiques présentent le plan d'une croix latine. Elles se composent d'une ne/' centrale (CC). accompagnée le plus souvent de deux nefs collatérales ou bas-côtés (PP). Quelquefois le nombre des nefs est porté à cinq (MM), comme à Cluny et à N.-D. de Paris, à sept comme à N.-D. d'Anvers. L'église peut être encore élargie par des chapelles qui s'ouvrent sur les collatéraux. Les nefs aboutissent à un transept (DD) qui marque le petit bras de la croix. On appelle croisée la partie de l'église où le transept coupe la nef. Il y avait parfois, comme à Cluny, un second transept (EE). Au delà du transept commence le chœur (F). Parfois les bas-côtés s'arrêtent au transept, mais le plus souvent ils se prolongent dans le choeur et en se réunissant au fond de l'édifice forment le déambulatoire. Derrière le
1. Les fidèles rebâtissent en les améliorant non pas seulement les basilique» épiscopales et les monastères, mais même les petits oratoires.