I. — CAUSES DU DÉVELOPPEMENT DE L'ART OGIVAL
1° L'art n'est plus spécialement monastique; l'église séculière ; les architectes laïques. — Pendant la première partie du moyen âge, les artistes appartiennent presque exclusivement au clergé régulier. Le clergé séculier même ne joue dans l'art qu'un rôle secondaire. Bientôt l'église séculière prend plus d'importance, et la cathédrale l'emporte sur l'abbaye. A partir du xiii® siècle, à la suite d'un mouvement très marqué déjà vers la fin du xii®, nous voyons que les architectes sont des laïques. Il ne faudrait pas exagérer cependant : il y avait eu des architectes laïques avant cette date, et il y eut ensuite des architectes ecclésiastiques. Il faudrait se garder surtout de voir dans ce fait une réaction contre l'Eglise ; d'ailleurs les ordres monastiques se montrent très favorables au nouveau système, et les Bénédictins notamment contribuèrent beaucoup à le répandre. Mais ce qui était la règle devint l'exception, et nous voyons bientôt les monastères eux-mêmes avoir recours à des architectes laïques pour leurs constructions.
2*» Transformation de la société aux douzième et treizième siècles. — Croisades, royauté, communes. — Plusieurs événements préparent le rôle que les laïques vont jouer dans les arts. Les croisades amènent non plus (les groupes de pèlerins, mais des populations entières en face des civilisations de l'Orient, et agissent puissamment sur toutes les imaginations. Les progrès du pouvoir des rois font régner autour d'eux un ordre meilleur; l'ordre favorise les progrès du tiers état, c'est-à-dire de tous ceux qui demandent leur vie au travail régulier. L'instruction se répand de plus en plus hors des cloîtres^
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grâce aux moines eux-mêmes, qui en ont conservé les éléments; la tranquillité croissante laissant plus de loisirs aux laïques pour cultiver leur esprit. Enfin, plus que tout peut-être, le grand mouvement communal ou simplement mui.icipal (en France, en Allemagne, en Flandre, en Italie, et même en Angleterre et en Espagne) vient, quels que soient ses causes, ses aspects divers et ses violences, donner à la société une puissante impulsioE.
3<» Religion et patriotisme municipal '. — L'é jlise est le domicile du peuple. — On peut remarquer que les villes qui ont revendiqué les premières leurs franchises communales sont aussi les premières, en général, à élever des monuments gothiques. Le patriotisme et l'orgueil municipal se joignent au sentiment religieux pour amener de plus grands efforts. L'émulation des villes entre elles est plus puissante que l'émulation desordres monastiques. Elles aiment dans leur église la majesté et le mystère, mais elles la veulent aussi brillante, fastueuse, et splendide; elles entendent que leur église soit non seulement le témoignage de leur foi, mais encore' le signe de la j)uissance de la cité.
C'est que, comme l'a dit Michelet, « l'église est alors le domicile du peuple. La maison de l'homme, cette misérable masure où il revenait le soir, n'était qu'un abri momentané. Il n'y avait qu'une maison à vrai dire, la maison de Dieu. Ce n'est pas en vain que l'église avait droit d'asile; c'était alors l'asile universel; la vie sociale s'y était réfugiée tout entière. L'homme y priait, la commune y délibérait, la cloche était la voix de la cité. Elle appelait aux travaux des champs, aux affaires civiles, quelquefois aux batailles de la liberté. En Italie, c'est à Saint-Marc que les députés de l'Europe vinrent demander une flotte pour la quatrième croisade. » C'est souvent dans les églises que les rois réunissent les barons ou les bourgeois qu'ils veulent consulter. C'est à Notre-Dame de
1. Comparer ce qui est dit plus haut, p. 63 et suiv., sur l'art en Grèce.