MONNAIES. — SCEAUX
F ig. 192. — Monnaie de saint Louis.
Frédéric II, imitant dans ses augustales d'or les empereurs romains, faisait placer d'un côté la tête du souverain, de l'autre un aigle. Ces monnaies font le plus gianci honneur aux gra- ^.__^ ^__
veurs anonymes /^0^^^^ /k^^^^^'^
d'Amalfi qui en ont gravé les coins.
L'art du graveur peut se manifester d'une façon plus complète dans les sceaux, qui jouent alors un grand rôle. C'est même dans les sceaux plus que dans les monnaies qu'il faut chercher les progrès de la glyptique Car la monnaie, pour des raisons que nous avons indiquées plus haut (p. 122 et suiv.j, tend à l'archaïsme. On retrouve dans les sceaux du xiii^ siècle le style sobre et noble, les lignes simples, l'ornementation élégante des monnaies du temps, mais avec ur.e puissance et surtout une variété que ces monnaies n'ont point. Cela s'explique. Les rois, les seigneurs, les prélats, les villes, les corps de métiers, de sirasimples particuliers même, voulaient avoir leur sceau, et le sujet que le sceau représente devait être en rapport avec son possesseur. C'est une manifestation des plus intéressantes de l'art du moyen âge^ et fertile en indications précieuses pour l'histoire et les mœurs, particulièrement pour le costume. L'Allemagne se distingue autant que la France en cette branche de l'art.
Fig. 193.
Augustale de Frédéric II.
1. Ne pouvant traiter ce sujet même sommairement ici, nous renvoyons. aux Inventaires des sceaux de France de M. Demay, et au volume de M. Lecoy de la Marche, dans la Bibliothèque de L'enseignement des beaux-arts. ^
Orfèvrerie. Saint Éloi. — L'Alphabet de Charlemagne.
— Cette habileté à travailler le métal trouvait encore un champ plus vaste dans l'orfèvrerie, dont le goût ne s'était ]amais perdu même pendant la période franque * . ( F. p. 330.)
Le talent d'orfèvre de sainl Eloi est resté légendaire. Il ne •emblepas qu'il ait emplovô «l'nnfi-es ornements que les pier-
«ij de ftrtHjt Loulo.
res précieuses serties, les arabesques en filigrane, les plaquettes d'or estampées au marteau et décorées de dessins géométriques. Mais on peut se rendre compte des beaux effets que l'on obtenait ainsi par la célèbre couronne du musée de Cluny, ayant appartenu au roi wisigoth Receswinthe, mort en 672. L'époque de Charlemagne marque une date importante dans l'histoire de l'orfèvrerie, non seulement parce que les
1. Outre les indications données p. 361, V. Havard, Dictionnaire de tameublement ; le même, Orfèvrerie: de Lasteyrie, Histoire de l'orfèvrerie.
L'ORFÈVRERIE AU MOYEN AGE 36t
Capitulaires ordonnent la création de nombreux ateliers d'orfèvres, mais parce que la représentation des êtres animés prend place dans l'ornementation. On substitua aux cabochon» des camées antiques, des plaques d'ivoire sculpté, des émaux soit originaux soit venus de Byzance. Voir par exemple le piédestal carolingien de la coupe dite des Ptolémées, au Cabinet des médailles, ainsi que le reliquaire improprement appelé l'A de Charlemagne, et donné à -^Wf?
l'église Sainte-Foy de Conques (Aveyron), *è^i^
où il est encore, en 817 ou 816 '.
Allemagne : Ratisbonne, Nuremberg. — L'orfèvrerie brilla d'abord en Allemagne plus qu'en France. Au x* siècle les ateliers deRatisbonne étaient déjà célèbres. Au xii% c'est Cologne qui l'emporte, comme le montre la châsse des rois mages et la châsse des grands reliquaires de Charlemagne à Aix-la-Chapelle. La réputation des orfèvres allemands devait se maintenir dans les siècles suivants et même pendant la Renaissance, lorsque Nuremberg eut hérité en partie de Cologne
France : le vase de Suger. — Mais pendant tout le mo3"en âge la réputation des orfèvres français, surtout des orfèvres parisiens, fut aussi fort grande, et nous devons rappeler encore ici le nom de Suger, qui dirigea l'exécution des pièces qui formèrent le trésor de son abbaye de Saint-Denis.
Sans doute l'introduction de la figure humaine n'a pag toujours été heureuse, et l'orfèvrerie des xi« et xn^ siècles parti-
Fig. 195. — Couronne de Receswinthe.
1. Darcel, Description de Sainte-Foy d'après le Liber mirabilis sanctse Fidei. Quelquespièces du trésor de Sainte-Foy ont paru à rexposition de laOO.
cipe aux défauts si graves de la sculpture de ce temps; mais les deux vases de Sugei* consei-vés à la galerie d'Apollon, au Louvre, monlreat quelle noblesse et quelle élégance on obtenait déjà lorsqu'on n'abusait pas de formes dont l'art n'avait pas euroi e su se rendre maître. D'ailleurs ces tentatives préparaient le magnifique essor qui allait assurer, dans l'orfèvrerie comme dans tant d'autres points , une place éminente au xiii» siècle.
Importance de l'orfèvrerie au moyen âge. — L'orfèvrerie est alors le grand luxe des rois, des seigneurs et des églises. C'est l'emploi ordinaire des métaux précieux; c'est le placement des souverains , leur réserve aussi , la garantie qu'ils offrent à leurs créanciers*. Si le besoin s'en présentait, on n'hésitait pas à renvoyer au creuset les objets d'art d'or ei d'argent, après s'en être fait hon-
ig 196. - v,i8^ d« bu;r,.r. ^^^ orfèvres parisiens au treizième siècle : Bonnard, Raoul. — Au xm^ siècle les orfèvres de Paris, qui passent pour les premiers de l'Occident, ont bien des rivaux, mais pas de maîtres. Pour les procédés ils possèdent déjà tous ceux qui seront développés plus tard, et tirent, par exemple, grand parti du nielle. Pour la composition ils montrent la même fertilité d'imagination que les sculpteurs leurs contemporains, et la témoignent non seulement par la fantaisie des sujets, mais par l'agencement des diverses matières employées,
1. F. Bapst, les Diamants de la couronne. Les pièces d'orfèvrerie, commo les pierios précieuses, ont été souvent engagées par les rois pour contracte» an emprunt. ( F. ci-dessus p. 199, à la note.)