‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 219 sur 424 · SAINT FRANÇOIS. — SAINT DOMINIQUE. — LES PAPES · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS. — SAINT DOMINIQUE. — LES PAPES

Influence de saint François d'Assise et de saint Dominique. Rôle des papes. — Même lorsqu'il eut complètement rompu avec les formes hiératiques , l'art fut considéré comme le moyen essentiellement populaire d'édification et d'instruction morale. Au moment oià Giotto paraît, l'Italie est toute occupée encore des deux grands noms qui ont rempli l'histoire de l'Église au début du siècle : saint Dominique et saint François d'Assise. L'impulsion qu'ils ont donnée est loin d'être arrivée à son terme, et leur souvenir est toujours vivant.

Or « les deux ordres qu'ils fondèrent, les Prêcheurs et les Mendiants, se montrèrent également résolus à employer les arts comme moyen d'enseignement et de moralisation. Leur action sur les peintres fut des plus puissantes. Les Dominicains en leur imposant ces compositions encyclopédiques et savantes , les Franciscains en leur demandant des scènes émouvantes et familières, les aidèrent puissamment à briser un formalisme vieilli, qui ne suffisait plus aux nouvelles ardeurs des âmes. Ils préparèrent ainsi l'imagination italienne à cette double évolution qui devait aboutir, après de longs efforts, aux compositions à la fois savamment méditées et poétiquement expressives de la grande Renaissance. » (Lafe- NESTRE.) Mais l'esprit des Dominicains devait plus d'une fois lutter contre les tendances nouvelles : on le verra avec Savonarole. Il n'en est pas de même de saint François d'Assise, et c'est avec raison qu'on a pu reconnaître en lui un initiateur inconscient, mais des plus efficaces, du mouvement qui se préparait. Sans lui, sans l'impression durable qu'il fit sur les âmes, la Renaissance aurait été tout autre. Sa fol profonde n'ôte rien à la liberté de son esprit et de son cœur. Malgré l'ascétisme de sa vie, il répand sur toute la nature extérieure les sentiments d'une âme ardente, à qui la charité pour le prochain ne suffît pas et dont la tendresse déborde sur toutes les œuvres de Dieu, même sur les plus humbles. Il prêche les oiseaux des bois; malgré sa misère, il rachète des tourterelles pour leur rendre la liberté. Il réconcilie, dans ies âmes de ses contemporains, Dieu et la nature Ot c'est de /'union des hautes idées moralec

avec l'amour de la nature que sortironl les plus célèbres chefs-d'œuvre de Raphaël et de Michel-Ange. La piété, aussi bien que le patriotisme reste encore, au xv« siècle, surtout à Florence, l'inspiration maîtresse des artistes. Aussi, sauf de rares exceptions, le clergé et surtout les papes ne cesseront d'encourager le mouvement de la Renaissance. On verra Jules II, faisant taire les scrupules de Raphaël, l'obliger à traiter pour la première fois un sujet profane dans de grandes dimensions, et cette intervention impérieuse nous vaudra VÉcole d'Athènes. Ce sera plus tard seulement, lorsque le véritable sentiment artistique se perdait, lorsque l'on eut reproché violemment à la papauté comme une préoccupation trop profane le goût du beau, que, rompant avec les traditions patronnées par l'esprit large de leurs brillants prédécesseurs, des papes au caractère rigide, comme Paul IV, Pie IV, Pie V, combattront tout ensemble la Réforme et la Renaissance, « ces deux mouvements pourtant si profondément distincts l'un de l'autre » et si difficilement conciliables. Remarquons enfin que, malgré l'influence do paganisme antique, l'art de la Renaissance est, sur bien des points, moins réaliste que l'art du moyen âge.

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