FLORENCE. — SAVONAROLE. — MICHEL-ANGE
tradition chrétienne. Sans doute le christianisme, avoc son caractère de religion universelle, devait s'accommoder à toutes les civilisations; mais il s'est constitué au milieu de la civilisation gréco-romaine.
Savonarole. — Au moment où Michel-Ange commençait à se faire connaître, Florence était profondément agitée par les tentatives de réforme religieuse et républicaine que dirigeait un moine dominicain. C'est le moment où « le grand Savonarole, inspiré d une vertu divine, enveloppait l'Italie de sa parole ». Ces expressions sont de Machiavel, et si l'auteur du Prince a pu éprouver de tels sentiments , on se figure le prestige qu'exerça sur des âmes naïves la voix du réformateur. Savonarole réagissait contre le luxe , faisait brûler les œuvres d'art qui n étaient pas d'accord avec ses doctrines austères ; mais il était loin de proscrire l'art lui-même. Aussi, malgré son fanatisme, qui ne put longuement s'imposer (1493- 1498), malgré les destructions irréparables qu'il provoqua, il n'en contribua pas moins à donner aux artistes un noble but et de hautes inspirations. Plusieurs en reçurent une impression ineffaçable : Lorenzo cli Credl [ikbd-io'àl)^ et Bartolonieo ^1475-1517), à la suite de ses prédications, brûlèrent toutes leurs œuvres profanes et se consacrèrent exclusivement à l'art religieux. Quant à Michel-Ange , il faisait des sermons de Savonarole sa lecture habituelle, pendant qu'il travaillait à la Sixtine.
Michel-Ange. La Sixtine. Le tombeau des Médicis. La coupole de Saint-Pierre. — Michel-Ange, génie aussi universel que Léonard de Vinci, 1 emporte sur lui par la puissance et semble, comme on l'a dit, dépasser les proportions humaines. Le mot de sublime est le seul qui puisse résumer l'impression que fait naître la vue de ses ouvrages.
Michel-Ange Buonarotti était né au château de Caprèse,
1. Au dire de Vasari, le meilleur tableiiii de Loren/.o di Credi est celui qui «•t aujourd'hui au Louvre : la Vierge et l'Enfa»t Jésu: entre deux saints.
près d'Arezzo, le 6 mars 1475. Il montra dès son enfance des dispositions extraordinaires pour le dessin. Sa noble famille, ajjrès avoir essayé vainement de l'en détourner, même par la violence, le plaça dans l'alelicr de Dom. Ghirlandajo. Il étudia aussi avec passion les fresques de IMasaccio à l'église dcl Carminé. Laurent de Médicis, surnommé le Magnifique, devint bientôt pour lui un ami, plus encore qu'un protecteur; il le laissa étudier à loisir les sculptures antiques qu'il avait rassemblées dans ses jardins de la place Saint-Marc, et perfectionner son esprit dans la société des savants et des lettrés. Après la mort de son protecteur (1492) il passa une partie de son temps au couvent du Saint-Esprit et put, grâce au prieur qui lui fournit des cadavres, se livrer à l'étude de l'anatomie. En 1495 il fit un Cupidon endormi qui fut vendu comme antique à Rome. Il séjourna à Rome une première fois de 149G à 1501, et, en 1497, y reçut de Jean de la Grolaye, ambassadeur du roi de France Charles VIIÏ, la commande du groupe de la Pleta que l'on voit à Saint-Pierre. De retour à Florence, ]Michel-Ange déjà illustre fut chargé d'un grand nombre de commandes, dont il n'exécuta qu'une partie, comme le David colossal en marbre, aujourd'hui à l'Académie, et le carton terminé en 1506 où il représenta, pour être peint sur les murs de la salle du conseil, en face d'une œuvre de Léonard de Vinci , un Épisode de la guerre de Pise : des soldats florentins qui se baignent dans l'Arno et sont surpris par des cavaliers ennemis. Aucune œuvre de Michel-Ange, même la Sixtine, ne paraissait supérieure aux contemporains. Ce carton fut détruit dans les troubles de Florence en 1512. C'est en 1505 que commencèrent entre Jules II et Michel-Ange des relations qui furent plus d'une fois troublées, comme on pouvait s'y attendre de la part de deux caractères entiers, irascibles et fiers. Le pape lui commanda d'abord son tombeau, projet colossal dont les Captifs, inachevés,