‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 245 sur 424 · LA SIXTIK:^. — TOMBEAU DE JULES II · texte numérisé non relu

LA SIXTIK:^. — TOMBEAU DE JULES II

aujourd'hui au Louvre, et ie Moïse, furent les seuls morceaux exécutés pi.r lui. Puis il le détourne s ms cesse des travaux entrepris par des commandes nouvelles, telles que sa statue colossale en bronze, destinée à la ville de Bologne.

Il l'oblige bientôt à abandonner la sculpture pour décorer de fresques la voûte de la Sixtine (1508-1518).

Ces fresques sont peut-être l'œuvii capitale de la peinture dans tous les temps et dans tous les pays. Jamais le génie ne s'est at firme avec plus !

profondeur et i majesté, au poin de donner commr une sensation do terreur. Les ligures gracieuses prennent un caractère sublime, comme l'Eve de la Création de la femme. Michel-Ange a représenté au plafond les principales scènes d*f VAncien Testament, et dans les retombées de la voûte lep Prophètes et les Sibylles.

Michel-Ange. -- Le Peaseur.

Malgré les discussions violentes qui avaient eu lieu entre eux, le pape ne cessait pas d'avoir pour Michel-Ange la plus vive sympathie, quoique ce fût, disaitùl.un homme avec lequel on ne pouvait vivre. La faveur du saint-siège devait forcément s'augmenter encore pour Michel-Ange sous le successeur de Jules II, Léon X, un Florentin, un Médicis, un fils de Laurent le Magnifique. Aussi bien pénible fut la perplexité de la grande âme de Michel-Ange lorsque, en 1529, il vit la liberté de sa patrie menacée par la coalition du pape Clément VII, un Médicis aussi, et de l'empereur Charles-Quint. Il avait été depuis sa jeunesse l'obligé des Médicis; d'autre part, on ne pouvait se faire illusion, ce n'était pas seulement un changement de gouvernement, c'était bien la tyrannie qu'on voulait imposer à Florence, avec les Médicis dégénérés. !Micliel-Ange se décida pour la liberté et pour Florence. Il fut chargé comme ingénieur de la direction de la défense, signala vainement les traîtres, fut lui-même compromis, dut s'enfuir, rentra bientôt après dans la ville, en franchissant, au prix de mille dangers, les lignes des assiégeants, mais il n'arriva que pour assister aux derniers jours de sa patrie. Il put échapper aux vengeances des vainqueurs ; mais son âme avait reçu une impression de tristesse si profonde qu'elle ne s'effaça jamais. Pourtant, il ne renonçait pas à tout espoir. En 1544, après Cérisoles, il proposait encore à François I^»' de lui élever une statue équestre sur la place de la Seigneurie, s'il rendait la liberté à Florence. Le second grand chagrin de sa vie fut la mort de Vittoria Colonna (1547), la veuve du marquis de Pescara, le vainqueur de Pavie. Michel-Ange avait conçu pour elle un.* amitié passionnée. Cette femme de sang illustre, aussi remarquable par sa beauté que par son intelligence, son instruction et sa vertu, avait été surnommée la Divine par ses contemporains, et a laissé un nom dans la poésie italienne. Elle était digne de voir son souvenir uni dans la postérité à celui de l'auteur de la Sixtine. Parmi les pièces de vers de Michel-Ange qui lui assurent aussi un rang élevé dans la littérature de son pays, plus d'une est adressée à Vittoria Colonna ou inspirée par elle. Michel-Ange , qui avait toujours aimé la solitude, s'isola de plus en plus. Il trouvait une diversion à ses tristesse» dans les grands travaux dont il ne cessait d'être chargé.

TOMBEAU DFS AIEDICIS. — SAINT-PIERRE 451

En 1534, Paul III lui demanda d'exéculer sur la grande muraille de la Sixline \e Jugement dernier, dont il avait commencé à préparer les cartons sous le pontificat précédent. La peinture fut découverte le jour de Noël 1541. Cette œuvre, tout imprégnée de l'esprit dantesque et pour laquelle on a épuisé l'admiration, nous paraît cependant inférieure aux peintures de la voûte; il y a moins d'inspiration et on y sent un commencement de « manière » . Une restriction de ce genre serait à faire, à plus forte raison, devant les peintures de la Chapelle Pauline, que Michel- Ange exécuta lorsqu'il avait soixante-quinze ans (1550). D'ailleurs, de même qu'il faut le diamant pour user le diamant, ce n'est qu'en comparant Michel-Ange à lui-même qu'on peut limiter, pour certaines œuvres, l'admiration qu'il inspire.

Quelques années auparavant, en 1546, le même pape Paul III, « inspiré de Dieu même », l'avait nommé architecte des travaux de Saint-Pierre, après la mort de Sangallo, malgré l'opposition furieuse des élèves et collaborateurs de l'architecte qui venait de mourir. « C'était une vraie boutique, » dit encore Vasari. Michel-Ange commença par arrêter le désordre et les friponneries tout en exigeant que ses fonctions fussent gratuites. Il les conserva jusqu'à sa mort (1564). Il ne put terminer cet ouvrage, qui fut gâté par les adjonctions de ses successeurs. Mais lorsque la coupole, presque achevée quand il mourut, fut terminée d'après ses plans et découverte au public, nul ne put contester la réalisation de la fîère promesse de l'artiste : « J'élèverai dans les airs le panthéon d'Agrippa. » Michel- Ange construisit aussi les palais du Capitale et la nouvelle sacristie de Saint- Laurent, à Florence, où il sculpta les mausolées de Laurent II et de Julien II de Médicis. La statue de Laurent connue sous le nom de Penscroso, celle de Julien, qui indique la force plutôt que la pensée, les figures allégoriques à demi couchées du Jour et de la Nuit, de V Aurore et du Crépuscule, montrent que Michel -Ange devait toujours « inspirer au marbre une grandeur profonde ». Il a dit lui-même dans une de ses poésies : ot L'artiste, même le plus grand, ne saurait rien concevoir que le marbre ne renferme eu son sein; une main obéissant à la pensée saura l'en faire jaillir. »

Influence de Michel-Ange. — L'influence de Michel- Ange fut immense; elle se fit sentir certainement jusque sur les peintres vénitiens, jusque sur Raphaël et toute son école; elle dominera même en Hollande avec Heeraskerck et Gornélis de Harlem; Rosso la propagera en France. Mais elle ne devait pas être toujours heureuse. « Ma science, disait-il lui-même avec regret, enfantera des maîtres ignorants. » Il était trop facile de se figurer qu'on faisait du Michel-Ange en confondant l'exagération avec la force, la déclamation vide avec l'expression.

« Des générations entières ont pu vivre sans lasser la faveur du public sur l'imilalion de maître scalmes et sereins tels que Raphaël; l'imitation de la terribilita de Michel-Ange ne devait pas tarder, en raison même de ce que ses conceptions et son style avaient d'excessif, à devenir intolérable. En s'élevant à ces hauteurs inaccessibles, le maître avait réduit ses élèves à l'impuissance. Mais sachons faire abstraction des conséquences inséparables de toute grande conquête, pour ne nous attacher qu'à ces conquêtes prises en eiles-mêmes. Que de suprêmes triomphes ! l'afifranchissement définitif des trois grands arts, une liberté d'expression illimitée, s'alliant à la liberté absolue des mouvements et des attitudes, tout un monde de sentiments généreux ou d'impressions pathétiques, la majesté, la fierté, la mélancolie, la terreur, l'amour de la justice portés à leur maximum d'intensité ou résumés dans des chefsd'œuvre que rien ne faisait pressentir et que personne depuis a'a su égaler. » (Muntz, Michel-Ange, lîe^'ue des Deux Mondes, 15 décembre 1892.)

Bartolomeo. André del Sarto. Sébastien del Piombo. • — Cependant Florence a, du vivant de Michel-Ange, des artistes éminents. RlcciarelU (Daniel de Volterra) (1509- 1566), élève du Pérugin avant de l'être de Michel-Ange, d peint la Descente de croix de Sainte-Trinité du Mont, qui est l'œuvre peut-être la plus remarquable sortie de l'école de Buonarotti. Fra Luciano (Sébastien del Piombo] (1485-

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