VENISE. — PAUL VERONESE. — TINTORET 4G
jamais oublié le coloris des Bellini [Visitation du Louvre) ; Licinio dit Pordenone (1484-1540), qui se posa en rival du Titien [St Laurent Giustiniani) ; Dom. Riccio dit Brusasorci (1494-1567, Entrée de Charles-Quint à Bologne^ Vérone), Cavazzola (1486-1522); enfin Bonvicino ^ dit le Moreto (1498-1555) etRomanino (1485-1566), l'honneur de Brescia
École vénitienne : troisième période. Véronèse, Tin* toret. Bordone. — Quelques mois après la mort du T'« tien, un effroyable incendie dévorait une parlie du palais Ducal (1577) et détruisait toutes les peintures auxquelles avaient travaillé les peintres les plus célèbres de l'école depuis son origine. Mais Venise possédait encore des peintres capables de réparer ces pertes autant qu'elles pouvaient l'être, et de rappeler de nouveau dans la salle du Grand Conseil les périodes les plus glorieuses de son histoire, ses relations avec Frédéric Barberousse et la quatrième croisade. La peinture, en décadence dans toute l'Italie, se maintenait à Venise : d'abord, la République ellemême participait beaucoup moins à l'abaissement politique et social qui s'étendait sur toute la péninsule; puis, bien que semblant tout subordonner à l'agrément et à la pompe, les artistes vénitiens ont toujours conservé le souci d'un dessin exact, d'une étude consciencieuse de la nature. On a pu sans invraisemblance attribuer au Titien les figures du Traité d'anatomie de Vésale, qui sont plutôt de Jean de Calcar. Paul Véronèse (Galiari) étudie et copie, dans sa jeunesse, avec le soin le plus méticuleux les gravures de Lucas de Leyde et d'Albert Diirer. Quand on a été ainsi préparé, on peut s'abandonner plus tard à toutes les fantaisies.
Paul Calia^i (1528-1588) paraît à Venise aussi grand que Vecellio, et charme même davantage avec ses harmonies argentées, et non dorées comme celles du Titien, mais aussi puissantes. Il n'y a pas de peinture décoi-ative qui l'emporte pour l'éclat, l'harmonie et la compo-
silion, sur la Gloire de Venise au palais Ducal. Les Rubens eux-mêmes paraîtraient à côté de grandes aquarelles. « Véronèse, aditEug. Delacroix dans son Journal rè^ comment public, est le nec plus ultra du rendu dans toutes les parties. » Plusieurs peintures sont comparables à ce plafond dans l'oeuvre de Véronèse : à Venise, les tableaux de \ église Saint-Sébastien, où est la tombe du peintre, et y Enlèvement d'Europe au palais Ducal ; au Louvre, la Chute <ies Tiians (ancien plafond du palais Ducal), où se trouvent des raccourcis dignes de Michel-Ange, et les Noces de Cana, où il a réuni les portraits des principaux personnages de son temps ' ; à Londres, la Famille de Darius; le Saint Barnabe àe Rouen, la Tentation de saint Antoine de Caen ; à Vérone, le Martyre de saint Georges, où l'expression noble de la tête du saint touche au sublime. En effet, ce peintre, qui semble tout sacrifier, même le bon sens, à l'effet décoratif, qui habille ses personnages bibliques en beaux costumes vénitiens et place dans ses compositions les accessoires les plus imprévus, sait aussi être pathétique et élevé, comme le montre, avec le Saint Georges, le Calvaire et la figure du Christ dans les Pèlerins d'Emmaus, au Louvre. Le talent de Véronèse se manifeste avec une fantaisie et une aisance particulières dans la décoration des villas que les riches Vénitiens faisaient bâtir en terre ferme ; ainsi à Thiene, cà la Rotonde de Vicence , surtout à la villa GiacomelU, et M. Gh. Yriarle^ dit avec raison de cette dernière qu'on ne connaît pas complètement Véronèse si on no l'a pas visitée.
Son contemporain le plus célèbre, Tintoret (Jacopo Robusti, 1512-1594] , ai'tiste fougueux, mais tourmenté, inégal, qui s'etlorce , comme il le dit lui-même, d'unir le
1. Alphonse d'Avalos, Éléonore d'Autriche, reine de France, François I<=^ Marie d'Angleterre, Soliman, Vittoria Colonna, Charles-Quint; au centre, de» artistes vénitiens : Titien, Tintoret, Bassan, Paul Vcronése et son frère B*» aedetto.
2. Voy. la Vie d'un patricien à Venise au seizième siècle : les Barbara.
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Fi^. 2-27. - P. Vcronèse. - Gloire de Vcii.se (palais Ducal).
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■dessin de Michel-Ange à la couleur du Titien, lui reste inférieur même dans ses meilleures œuvres : le Miracle de saint Marc (musée de Venise), la furieuse Mêlée de Turcs et de chrétiens (Madrid) , l'allégorie de la Puissance vénitienne et le Paradis *, au palais Ducal.
A coté de ces deux maîtres, nous trouvons Paris Bordone (1500-1570), le premier peut-être des portraitistes vénitiens avec Titien, et dont le tableau V Anneau de Venise est un des plus célèbres de l'école; Bonifazio (1500- 1570); Andréa Scliiavone (André le Slavon, 1522-1582), originaire de Sebenico en Dalmatie, qui, malgré son talent, vécut et mourut dans une gêne proche de la misère; Muziano (1528-1592), qui passa à Rome la \A\xs grande partie de sa vie (Résurrection de Lazare); le portraitiste J.-B. Moroni (1520-1572); Jacopo da Ponte ou Jacques Bassan, originaire de Bassano (1510-1592), qui, après avoir imité Titien, prend une manière plus heurtée, introduit généralement dans ses tableaux des figures plus petites que nature, recherche les scènes de nuit, les effets vigoureux de lumière artificielle, et enfin traite souvent des sujets champêtres, où il aime à placer des animaux (les Apprêts de la sépulture de N.-S. J.-C, Entrée des animaux dans l'arche, au Louvre).
École de Parme. Le Corrège. Le dôme de Parme. — Malgré les mérites de coloristes si grands et si divers, nous trouvons en Italie, en dehors de Venise, un coloriste incomjiarable en son genre, Antonio Allegri da Corregio^.
Le Corrège (1494-1534) a été le maître du clair-obscur, et U n'a de rival sur ce polat (dans un sentiment bien différent, il est vrai) que Rembrandt. Tandis qu'avant lui on cherchait à opposer la clarté à l'ombre, Corrège a démontré le premier par ses œuvres que les effets les plus puissants et
1. Le Paradis est peut-être la plue grande peinture à l'huile du monde (22 m. sur 10'°,20). Le Louvre et Madrid en possèdent des esquisses.
2. M"^ Î.Iigaaty, Le Corrège, sa vie et son œuvre. Genève, 1881. Corrado Ricci, Ant. Ailcri, tr. ail. du manusfril ital. inédit par Hedwig Jahn, Berlin.
Parme. — correge 469
les plus heureux pouvaient provenir des analogies aussi bien que des contrastes, et que, comme le dit L. Ménard, la magie du clair-obscur résulte des juxtapositions de l'ombre avec l'ombre, de la lumière avec la lumière, disposées par grandes masses et graduées progressivement. Mais les ombres du Corrège sont lumineuses, transparentes; nul n'a su mieux fondre dans l'atmosphère et la lumière ambiante les personnages de ses tableaux. 11 est aussi un des maîtres du raccourci : un des premiers après Melozzo da Forli, il sut faire plafonner ses figures. Les types de femmes et surtout d'enfants qu'il a créés n'ont d'égaux, avec leur profond et doux sourire, que ceux de Léonard. Son génie a peut-être moins d'ampleur que celui de plusieurs des grands maîtres de la peinture , mais il mérite d'être compris parmi eux, si restreint que soit le choix que l'on fasse; car, dans le cercle où son imaginalion se renferme, il est unique, et Annibal Carrache voyait en lui le plus original des peintres. Le talent du Corrège doit nous étonner d'autant plus qu'il ne semble pas avoir jamais quitté Parme ou ses environs. On ignore le nom de ses maîtres; on raconte qu'ayant vu un jour an tableau de Raphaël, il le considéra dans un profond silence, puis s'écria : « Et moi aussi, je suis peintre ! » Yasari a dit qu'il était mort dans la misère; mais il semble prouvé aujourd'hui que sa situation, fort modeste et peu digne sans doute d'un pareil talent, était à l'abri du besoin. Le Saint Jérôme, entre autres, lui fut payé quatre cents livres impériales d'or, et il reçut en outre, à titre de gratification, deux charretées de fagots, quelques mesures de blé et un porc gras ^ !
Nous pouvons nous faire une juste idée du Corrège au Louvre par le Mariage mystique de sainte Catherine, par le Sommeil d'Antiope et les deux compositions peintes à la détrempe représentant les Allégories du vice et de la vertu. Ces toiles valent la Vierge au saint Jérôme de Parme, V Adoration des
1. Ce prix de quatre cents livres est ap»ez important pour le temps; Louis Carrache reçut cinquanie écus seulement pour pon Apparition de la Vierge a siuni Jhjacinilie, tableau du Louvre de dimension analogue, et cela dans un temps où l'argent avait diminué de valeur. Le mode de payement «Q nature était encore usité au xvii» s., et An. Carrache reçut pour un de ses chefs-d'œuvre, la Résurrection, du Louvre, une certaine quantité de grains et de vin. Massillon, au dire de d'Alembert, avait écrit une v-l- du Corrège.
Pr.vr.E. — llisl. <!es IJ.-Aîts. 27
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bergers de Dresde, tableau connu sous le nom de la Nuit^ ci» toute la composilion est éclairée par les rayons qui entourent l'Enfant Jésus. Mais ses œuvres les plus considérables sont des fresques. Nul ne l'a dépassé pour la décoration des coupoles. Celle de Saint-Jean de Parme serait peut-être la plus belle peinture de ce genre, s'il ne s'était surpassé lui-même dans une autre coupole, celle de la cathédrale de la même vilio, où il a repiésenté Y Assomption. On a pu dire, tant il montre de science dans l'envolée de ses anges qui entourent et soutiennent la reine du ciel, qu'il avait imité le Jugement dernier de Michel-Ange. Or le Corrège était mort depuis cinq, ans lorsque le Jugement dernier fut exposé aux yeux du publie, et il y en avait onze que la coupole de Parme était achevée.
La renommée comme l'influence du Gorrège ne devait pas tarder à se répandre après sa mort prématurée, à l'âge de quarante ans. L'école de Parme garda toujour» sa marque depuis Fr. Mazzola (1507-1540) jusqu'à Schidone (1580-1615)*. Cette renommée n'a fait que s'accroître aux siècles suivants, et cette influence s'est fait sentir d'une manière imprévue, mais certaine, dans la transformation de la peinture française à la fm du xviii® siècle. C'est en présence de la grâce suprême de Corrège que David, esprit rigide cependant jusqu'à la sécheresse, comprit tout ce qu'il y avait de frelaté dans les élégances de Boucher et prit la résolution de réformer l'art de son temps. Quant à Prudhon, qui représente alors l'autre tendance de notre école, il semble un disciple du maître de Parme.
Gravure : Marc-Antoine Raimondi. Mantegna. — Les écoles de gravure se constituent généralement à la suite des grandes écoles de peinture. Cet art ne pouvait donc manquer de briller alors eu Italie. A l'école de Raphaël se rattache l'école de Marc-Antoine Raimondi (1475-1546), de Bologne, qui, dans ses planches devenues classiques, montre une noblesse de sentiment, une pureté de goût et d'exécution qui n'ont pas été dépassées. Il faut remarquer cependant que la gravure avait
1 Christ au tombeau de Scbidoue ; Mort de Lucrècs de Wazzola (Naples).
GRAVURE. - M. -A. RAIMOMDI. - MANTEGNA kli encore des progrès à faire. Marc-Aatoine n'a jamais reproduit
Fig. 228. — La V.erge au suiut Jérôme, du Corrègo (Parmej.
que des dessins. Il ue s'occupait que d'orfèvrerie, lorsque la vue des estampes d'Albert Durer, qui excitait alors en Italie
«n vif enthousiasme, lui révéla son talent. Il les étudia attentivement et poussa l'imitation un peu trop loin, puisqu'il contrefit jusqu'à la signature du maître allemand et vendit ses copies comme des originaux. Mais, ayant été à l'école de Raphaël, il adopta bientôt un style fort différent, et dans la seconde partie de sa carrière eut la gloire de voir les graveurs allemands eux-mêmes suivre sa manière et affluer à sou enseignement. Le plus grand graveur italien de la Renaissance est, avec Rairaondi, le peintre Andréa Mantegna, dont les gravures originales mériteraient la même admiration que ses tableaux. Le peintre Francesco >LTZzola , surnommé le Parmesan, est aussi justement célèbre par ses eaux-fortes.