DISCIPLES DE RAPHAËL. — J. ROMAIN. — VENISE 46Î
pour lui de respect et de dévouement. Il faut citer aussi, comme se rattachant à la même école, le miniaturiste enlumineur Julio Clovio, le graveur Marc-Antoine Raimondi, et des étrangers tels que le Flamand Bernard Van Orley. Un terrible événement allait, bien peu d'années après la mort de Raphaël, disperser le groupe d'artistes qu'il avait formés : nous voulons parler du sac de Rome par les troupes du connétable de Bourbon (1527). Déjà d'ailleurs le plus remarquable d'entre eux, Jules Romain, avait été appelé à Mantoue dès 1524 par Frédéric de Gonzague et y jouissait de la plus grande faveur II fut ingénieur et architecte habile dans la construction du palais fortifié du T; il s'y montra aussi grand décorateur, principalement dans la salle des Géants, où un seul sujet, Jupiter foudroyant les Titans, couvre le plafond et les murs. Cette <ieuvre justement célèbre, mais trop tourmentée, ne vaut peut-être pas Y Histoire de Psyché, dans le même palais, et plusieurs des peintures de la Corte reale.
École vénitienne. Deuxième période. Giorgione, Titien et leurs contemporains. — Au moment où Rome élait ainsi troublée par la catastrophe que nous rappelions tout à l'heure, Venise, victorieuse des ligues que l'on avait formées contre elle, très menacée, mais non encore très sérieusement atteinte par la rivalité des voies commerciales nouvelles découvertes par les Portugais, Venise avait repris le cours de sa prospérité. Giorgione et Titien, alliant l'enseignement de Léonard à celui des Bellini, portaient à son apogée la splendeur de son école. Gior^ gione (Giorgio Barharelli) et Titien ( Tiziano Vecellio) naquirent la même année (1477); mais le premier mouru' ^eune, en 1511, tandis que Titien devait vivre jusqu'à cent ans. Giorgione arriva plus tôt que ses contemporains à toute la force de son talent et eut l'honneur d'être imité non seulement par son vieux maître Bellini, mais par Titien lui-même. Le retable d? l'église de Castelfranco, son pays
natal, le Concert champêtre du Louvre, les Trois Mages de Vienne*, le Co/zce/*; du palais Pitli, qui est une réunion de portraits, justifient cet honneur. Mais Titien devait avoir le temps, dans sa longje carrière, de dépasser celui qui l'avait d'abord devancé. Sa première manière, très soignée, trop détaillée parfois (Denier de César à Dresde), ne tarde pas à s'élargir. En 1518, il exécutait V Assomption qui est à l'Académie de Venise. En 1530 il faisait à Bologne le portrait de l'empereur Charles-Quint, qui lui accordait dès lors une faveur qui ne fit que s'accroître et qui se continua sous son fils Philippe II.
Le passage de Michel-Ange et de Sébastien del Piombo à Venise ne pouvait manquer d'agir sur l'école. Titien, frappé de la grandeur du style florentin, exécuta sous cette impression la Mort de saint Pierre de Vérone^ qui indique chez lui comme le commencement d'une troisième manière. Ce tableau, considéré comme son chef-d'œuvre, . a péri dans un incendie. Du moins retrouve-t-on la réunion des mêmes mérites dans les peintures de Santa- Maria-della-Salute, Abraham et Isaac, David et Goliath, et dans le Christ au tombeau du Louvre, qui est peut-être son œuvre la plus parfaite. Il travailla jusqu'à son dernier jour. On ne voit pas sans émotion à Madrid un grand tableau allégorique sur la bataille de Lépante que Titien ne put commencer que lorsqu'il avait déjà 95 ans, la bataille ayant été livrée le 7 octobre 1571. Il n'y montre pas la même sûreté que dans les œuvres antérieures, mais un tel tableau suffirait à assurer un nom à un artiste. Lorsqu'il mourut de la peste, à l'âge de cent ans , il travaillait encore à une Descente de croix et il disait qu'il commençait à comprendre ce que c'était que la peinture. Citer ne fût-ce que les chefs-d'œuvre de cette
1. Ou plutôt ÉvanJre, Pallas et Énée, dont le turban indique l'origine orientale. — Les Italiens ont donc créé la peinture du genre. Comparer les fresques de Luini à la Villa Pelucca : Jeunes filles jouant à la main chaude, etc
VENISE. — GIORGIONE. — TITIEN 4f.3
vie si longue et si bien remi:)lie, mènerait trop loui -
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Fig. 226. — Martyre de saint Pierre de Vérone, par Titien.
contentons -nous de rappeler, outre les peintures déjà
indiquées : parmi les sujets religieux, la Présentation de la Vierge, et la Vierge de la famille Pesaro ; parmi les sujets mythologiques, \ Offrande à la Fécondité, de Madrid, et le tableau de la galerie Borghèse, l'Amour sacré et V Amour profane. Gomme portraitiste, Titien se place au premier ran^ ) soit qu'il nous représente la beauté et la grâce, dauô la Flora et la Bclla (de Florence), dans la Fille du Titien du musée de Madrid, dans le portrait du Salon Carré du Louvre, soit que, groupant dans un même cadre (Naples) le pape Paul ///avec Ottavio et Alexandre Farnèse , il nous fasse comprendre tout son pontificat; soit qu'il fasse revivre la physionomie cruelle et froide de Philippe II ou celle de Charles-Quint dévoré par la fièvre , mais ayant dominé sa souffrance pour endosser son armure, monter son cheval de guerre et diriger l'armée qui combat à Muhlberg. Quoique Titien ne soit pas à proprement parler un pa3^sagiste, on peut dire qu'avec Giorgione il a achevé de constituer la peinture du paysage en abaissant la ligne d'horizon, en plaçant hardiment le spectateur de plain-pied avec le premier plan et en mettant ses personnages dans les sites les plus divers : sur une terrasse avec vue sur des jardins , au milieu d'un bois, etc.^
Parmi ses contemporains, que Titien dépasse tous, mais souvent de bien peu, il faut citer Palma le Vieux ^1480-1528), qui, peut-être avant Titien et Giorgione, a créé le type des magnifiques figures de femmes que l'on retrouve dans tant de tableaux vénitiens ^ ; Lorenzo Lotto (1480-1560), auteur des Fiancés du musée de Madrid et des Trois Ages du palais Pitti; Sébastien del Piombo, qui, devenu, comme on l'a vu, disciple de Michel-Ange, n'a
1, Dans le St Jérôme du Louvre, la figure est accessoire. D'importants dessins •de Titien sont de purs paysages, Village dans les montagnes, Louvre. Titien était ■né à Cadore au pîed des Alpes peut-être seulement, non en 1477, mais vers 1490,
2. Sainte Barbe à Santa-Maria Formosa (Venise), la Belle du Titien (Galerie Sciarra), VAnnance aux Bergers (Louvre), les trois filles du peintre (Dresde).