L'ART DANS LES PAYS-BAS AU XVI» SIÈCLE
bas-reliefs rappelant les miracles du saint, la statue du saint lui-même, celle de l'auteur, qui s'est représenté avec un marteau à la main et un grand tablier de cuir, sont inspirées du réalisme allemand, tandis que les douze apôtres adossés aux colonnes sont pleins de noblesse, et que les figures allégoriques placées au pied des colonnes sont d'une élégance digne des Florentins. Toutes ces sculptures, quoique les figures soient de petite dimension, ont le caractère monumental ; elles se distinguent par une correction de forme et une valeur de style que l'on retrouve jusque dans l'exécution de ces énormes escargots que l'artiste a eu l'idée bizarre de donner pour support à son monument. Il est difficile, en présence de cet ouvrage, de refuser d'admettre que Peter Visher ait visité l'Italie, d'autant plus qu'on sait certainement qu'il s'en approcha de bien près. En effet il travailla au tombeau que MaximUien commença à se faire construire de son vivant dans la Hofkirche d'Innspruck, sous la direction de son peintre attitré Georges Sesslschreiber. Sesslschreiber, qui était aussi sculpteur, exécuta lui-même une grande partie Jes statues. Ce tombeau est un des ensembles sculpturaux les plus considérables du monde. Vingt-huit statues colossales en bronze, représentant soit des héros ou des héroïnes historiques ou légendaires, soit des personnages de la maison d'Autriche (Arthur d'Angleterre et Théodoric, œuvres de Visher; Godefroy de Bouillon, Glovis, Philippe 1"% fils de IMaximilien, Jeanne la Folle, Ferdinand le Catholique, Marie de Bourgogne, etc.), forment comme une couronne et une garde d'honneur autour du cénotaphe* en marbre blanc. Ce cénotaphe porte la statue de bronze de l'empereur, et est orné aux quatre angles de quatre statues, également en bronze, représentant les vertus cardi-
1. Maximilieû est enterré, non à lunspruck, mais à Neustadt, prés de Vienne. La Hofki»'che contient aussi les tombeaux de l'archiduc Ferdinand Bt de son épouse Philippine Welser, œuvre de Colin et de son école.
ANVERS. — QUENTIN MATZYS 49a
nales. Les statues du cénotaphe ont été fondues d'après les modèles d'Alexandre Colin de Malines, qui a exécuté vingt des bas-reliefs qui le décorent; les quatre autres sont Je Pierre et Grégoire Abcl de Cologne.
Sculpture sur bois. Arts industriels. — La sculpture en bois continue à êlre pi-aliqué(.' avec succès (bas-i'clicfs de la Vie de la Vierge connus sous le nom de la Couronne de roses, à Nuremberg, œuvre de Veit Stoss, de Cracovie, etc.). L'orfèvrerie brille surtout dans les armures et les poignées d'épées. Nuremberg en est aussi le centre principal, ainsi que de la céramique, où se distinguent les IIirsch\'Ogel. Les poêles de faïence de Nuremberg, véritables monuments de sculpture et d'aroliiiecluro, étaient justement renommés.
Architecture: Heidelberg, Kronborg. — Dans l'architecture, tandis quelà, comme en France, le gothique persiste le plus souvent dans les monuments religieux, à Frihourg, à Slrashoitrg, à Thann, jusque dans la seconde moitié du siècle, la Renaissance apparaît plus tôt dans les constructions civiles, qu'elles soient lœuvre d'architectes italiens, comme le Belvédère de Prague, ou d'architectes allemands, comme le château Torgau. par Conrad Krebs (1532), le château de Gottcsau, près de Karlsruhe. L'édifice le plus intéressant de cette période est le château de Heidelberg. où l'on peut suivre les diverses transformations de l'art de la construction en Allemagne depuis le milieu du xvi^ siècle jusqu'au milieu du xvije. Le Mccklembourg, quoique à l'extrémité de l'Allemagne la plus éloignée de l'Italie, fut un des premiers à s'ouvrir à la Renaissance. Mais les châteaux de Wismar (1553), Scluverin (1555), Gustrow, n'ont pas l'originalité des châteaux élevés eu Danemark, Kronborg [1^1 'i)Q\. Frcdcriksborg {lbÇ,0-ib70).
La Flandre. Prospérité d'Anvers. Quentin Matzys. Les romanistes et la tradition nationale. Van Orley. Breughel le Drôle. Les portraitistes. — A h Un du xv^ siècle, Anvers a pris le premier rang dans la Flandre, et sa prospérité ne fera que s'accroître jusqu'à la seconde moitié du siècle, où le despotisme de Philippe li et les Peyre. — Hist. des B.-Arts 28
494 L'ART FLAMAND AU XVIe SIÈCLE
luttes civiles viendront le contrarier, sans l'arrêter, car la lutte devait bientôt se concentrer dans les provinces du Nord. On voit souvent sur le fleuve plus de deux mille cinq cents vaisseaux; deux mille chariots y arrivent par semaine. Toutes les industries y sont actives; Venise ellemême (et c'est un ambassadeur vénitien qui le disait, en 1551), Venise est dépassée. La supériorité artistique accompagna, comme il arrive souvent, la supériorité économique et politique. En 1560 on comptait à Anvers jusqu'à 360 peintres et sculpteurs. Depuis la fin du xv" siècle Anvers occupait le premier rang dans l'art flamand, grâce à l'ancien forgeron Quentin Matzys (1460-1530). Ses portraits [le Banquier et sa femme du Louvre, le Portrait d'homme de Francfort) montrent qu'il a conservé toutes les solides qualités de l'école. \j' Ensevelissement du Christ à Anver? , la Légende de sainte Anne à Louvain (1509), qui comptent parmi les œuvres les plus remarquables du temps, témoignent en outre d'un effort souvent heureux pour subordonner les détails à l'ensemble, et donner à la composition une unité qui ne résulte pas seulement de la symétrie. Elles justifient l'admiration d'Albert Diirer et d'Holbein. Cependant Matzys n'a subi d'aucune façon l'influence de la Renaissance italienne.
Mais au moment de sa mort cette influence s'était déjà fait sentir sur les artistes plus jeunes. Elle troubla d'abord l'école plus qu'elle ne l'éclaira. Les Flamands hésitèrent entre la tradition déjà si forte de leur peinture nationale et les enseignements nouveaux, qu'ils ne comprenaient pas toujours fort bien; aussi, quoique le talent y soit répandu, les oeuvres sont souvent confuses, embarrassées et sans grand caractère. Le chef de ces romanistes, comme on les ajustement appelés, est Bernard Van Orley (1480-1542), qui alla se former en Italie dans l'atelier de Raphaël et fut chargé par lui d'aller surveiller en Flandre l'exécution en tapisserie de ses fameux cartons.