‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 262 sur 424 · ORIGINALITE. - GUERRES D'ITALIE · texte numérisé non relu

ORIGINALITE. - GUERRES D'ITALIE

ture et plus encore pour l'architecture elle ])eut disputer le premier rang à sa rivale, et, sans nier ce que nous devons à nos voisins, nous serions singulièrement injustes envers nous-mêmes en admettant que l'art moderne, pour apparaître sur notre sol, a eu besoin du contact italien.

Ce qui le moaire, c'est la résistance que la tradition nationale oppose aux artistes italiens, qu'ils s'appellent Fra Giocondo, S. Serlio, ou même Vignole, et cela, on pourrait dire HAlgré la faveur, l'engrouement dont ils sont l'objet auprès de

Fig. 23"). — MédaiUe de Fraoçois I»'', par Benvenuto Cellini

î? cour et des grands. Cela est si vrai, que plusieurs des nouveaux venus subissent notre influence au lieu d'imposer la leur, comprenant d'ailleurs, avec l'ouverture d'esprit qui caractérise les esprits italiens de ce temps , le talent de ceux auxquels on les préférait. Il en fut de même pour le Bertiin lorsqu'il fut appelé en France par Louis XIV.

« Les artistes florentins ou milanais que Charles VIII avait pu amener avec lui rencontrent en France, dit Viollet-le-Duc, des corps de métiers puissants possédant toutes les briinches de l'art, peu disposés à se laisser dominer par des étrangers, qui sans doute étaient fort bien vus à la cour, mais étaient assez mal vus de la classe moyenne. Ils se trouvent, lors de l'exécution, en face de g^eus d'une grande habileté prufeà-

sioanelle, pleins de leur savoir, railleurs, rusés, indociles,, maladroits par système, opposant à la faconde italienne une sorte d'inertie décourageante. » Ce n'est pas à dire que cette résistance de nos artistes fût systématique ou aveugle; et il faut même remarquer que ce sont les arts les plus fortement constitués chez nous qui savent profiter le mieux, mais en pleine liberté de jugement et de choix, des enseignements venus d'au delà des monls. La peinture, au contraire, ne devait entrer avec succès dans cette voie qu'au siècle suivant.

Les guerres d'Italie. — Artistes italiens en France. — École de Fontainebleau. — Quoi qu'il en soit, l'expéditioa

de Charles VllI en Italie, qui fut le signal d'un changement déplorable dans noire politique et dont nous payons encore aujourd'hui peut-être les tristes résultats, produisit partout en France un grand ébranlement dans les esprits. A quel point l'allention était surexcitée par les événements qui entraînaient au loin tant de braves soldats et de brillants gentilshommes, on s'en rendra compte par ce fait que l'on publia une sorte de bulletin de la grande armée d'Italie, bulletin qu'on peut considérer comme le premier essai qui ail eu lieu chez nous, et peut-être dans l'Europe moderne, d'une presse périodique.

Si en France on est si avide de nouvelles, ceux qui font partie de l'expédition restent vivement frappés de ces « triomphantes » cités italiennes. C'est l'expression qu'emploie, en parlant de Venise, Philippe de Comines, tout habitué qu'il est aux splendeurs de la maison de Bourgogne. « Madame, écrit à la reine Anne de Bretagne le cardinal Briçonnet, je voudraye que vous eussiez vu cette ville (Florence) et les belles choses qui y sont, car c'est un paradis terrestre. C'est une chose incréable que la beauté de ces lieux bien apropriez en toutes sortes de plaisances mondaines. » Aussi dès le temps de Louis XII et même de Charles YllI, à défaut de territoires aussi facilement perdus que conquis, les grands personnages cherchent à gagner à la France des artistes et des œuvres d'art. Mais» il faut remarquer avec M. L, Palustre que ce n'est pas l'architeciure qui les étonne en Italie (il n'y a rien là qui leur paraisse dépasser de beaucoup ce qu'ils ont vu en France), mais les arts qui embellissent la vie de chaque jour ou la rendent plus faciles. Ils cherchent surtout à attirer chez nous-

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