ARTISTES ITALIENS. — ÉCOLE DE FONTAINEBLEAU
des jardiniers, des menuisiers, des peintres, des orfèvres, des ingénieurs. Dans cette première émigration chez nous d artistes italiens, nous citerons l'architeete Fra Giocondo (1435- 1520) , de Vérone ; le sculpteur Guido Mazzoni, de Modène, qui travailla peut-être à V Ensevelissement du Christ de Solesme; Ben. Ghirlandajo, dont on voit un tableau dans l'église d'Aigueperse, petite ville qui se trouvait alors dans le patrimoine de Gilbert de Montpensier, le vice-roi de Naples; Solario, qui est payé plus de vingt-sept francs par jour par le cardinal d'Amboise^, tandis que les autres artistes français employés avec lui ne touchent qu'un peu plus de cinq francs. L'exemple ne pouvait manquer d'èlre suivi par François I^'', le vrai roi de la Renaissance. Il fît rechercher à grands frais les œuvres d'art aussi bien antiques que modernes, et plusieurs des plus précieux tableaux du Louvre ont été acquis par lui. Il fît ce qu'il put pour attirer en France les plus grands hommes de l'Italie ; mais ni Raphaël ni Michel-Ange n'acceptèrent ses propositions; Léonard de Vinci ne vint en France que pour y mourir, André del Sarto ne fit qu'y passer. Le roi s'adressa alors à des artistes secondaires dans lesquels se manifestaient déjà des symptômes de décadence, et aui n'en obtinrent pas moins une faveur complète à cause de leur qualité d'Italiens : les Florentins B. Cellini et Rosso (1496- 1541), le Bolonais Primatice (1504-1570). Les peintres Kosso et Primatice furent tous les deux appelés à Paris à peu près en même temps (1530-1531). Primatice, après la mort trat^ique de son rivale, prit la haute direction de ce groupe d'artistes italiens et français qu'on a appelé un peu prétentieusement Vécole de Fontainebleau. Ils ont sans doute couvert de décorations les murs du château auquel ils doivent leur nom, mais il n'y eut pas là de véritable école, c'est-à-dire la formation
1. Le portrait de Solari, au Louvre, qui a passé pour représenter Charles VIII, représente en réalité Chaumont d'Amboise, frère du cardinal. — Le musée de Cluny possède une mosaïque de David Ghirlandajo faite pour J. de Ganay.
2. Rosso s'empoisonna de remords, pour avoir accusé de vol et fait mettre à !a torture son ami et élève Pellegrino, qui fut reconnu innocent. Il a au Louvre une Pieia qu'a vantée Vasari. Sguazella accompagna en France A. del Sarto et e'y établit définitivemeat. Bordone y séjourna quelque temps sous François I". F. dti Rossi (i7 Sahiati) y passa vingt mois (1.5.54-1555}.
504 RENAISSA^'CE FRA^'ÇAISE
d'une tradition durable, ou du moins un ensemble d'œuvres supérieures pouvant longtemps servir de modèles*. Ce qui montre que son influence n'a pas été grande, c'est que le plus remarquable des peintres de ce groupe, Nicolo dell' Aùbate, est bien plus connu et estimé à Bologne qu'en France. Ses compatriotes peuvent le louer, sans s'inquiéter de savoir ce qu'était l'école de Fontainebleau. La vue des peintures du Primatice et de ses élèves put servir à développer plus tard chez nos peintres le goût de la peinture monumentale, mais, en attendant, leur influence se fait surtout sentir, en se contenant dans d'heureuses limites, sur les sculptures de Jean Goujon et de son école.
L'art en France à la fin du quinzième siècle. — L'école de Tours. — Sculpture. Michel Colomb. Peinture. Jean Perréal. — A la fm du xv* siècle, l'art français continue à avoir pour centre principal la région de la Loire moyennes. C'est de là qu'était originaire /. Foucquet. Michel Colomb^ de la génération suivante, naquit non loin de la Loire à St-Pol-de-Léon. Colomb (1431 P-1512?) est le premier en date de nos grands sculpteurs modernes. Il sut se dégager de la complication de ses prédécesseurs tout en conservant leui^ précision; moins savant, moins caractérisé que les Florentins ses contemporains, il a déjà un grand style; il sait, dans la composition de ses groupes et de ses bas-reliefs, mettre quelque chose de plus clair et peut-être de mieux équilibré, comme le montre le Saint Georges du Louvre provenant du château de Gaillon. Son œuvre capitale est le tombeau de François II y duc de Bretagne, et de sa seconde femme Marguerite de Foix[ib07]. Soit dans les statues plus grandes que nature
1. François l*' établit aussi à Fontainebleau des ateliers pour couler en bronze les statues antiques dont il avait fait venir les moules d'Italie, le Laocoon, YArianf, etc. Parmi les fondeurs on cite G. de Beaucliesne.
'^. Lyon, malgré ses relations suivies avec Florence, quoique des Pazzi, de» Fini, des Strozzi,AeB Capponi, des Firci, des Médicis même, y eussent séjourné, n« prend qu'une petite part au mouvement artistique de ce temps.