‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 281 sur 424 · NAPLES. RIBERA. S. ROSA. GIORDANO · texte numérisé non relu

NAPLES. RIBERA. S. ROSA. GIORDANO

prière, au Louvre). Il a dépassé parfois son modèle préféré et fait preuve d'une puissance extraordinaire. Il aime à représenter les vieillards et les infirmes. Certains sujets [Soni' me il de Jacob, Martyre de saint Barthélémy, à Madrid, peinture de la chapelle Saint-Janvier, àNaples) sont d'une effrayatile vérité. Mais il dépasse parfois toute mesure, et arrive à être répugnant par de véritables scènes de boucherie.

Ribera avait connu la misère la plus dure. Malgré la grande situation et la fortune qu'il acquit plus tard, malgré son talent reconnu, qui aurait dû d'autant mieux le rassurer qu'il en avait lui-même une très haute opinion, il montra à l'égard de ses confrères une jalousie féroce. Il forma, avec plusieurs artistes sans scrupules et spadassins consommés, une véritable association pour organiser un système de terreur contie tout rival possible qui aurait l'audace de venir à Naples. L'intrigue, la calomnie, la menace, les fausses querelles, le guet-apens, étaient leurs moyens habituels, et ils ne reculaient pas devant le meurtre, l'assassinat et l'empoisonnement. Annibal Carrache, le Joseppin, durent s'enfuir précipitamment. Le Guide fit de même, lorsque, à peine arrivé, il vit son valet roué de coups par deux inconnus qui le chargèrent de dire à son maître qu'il ne tarderait pas à périr s'il ne se sauvait au plus tôt. Son élève Gessi demanda à le remplacer. Il arriva avec deux amis. Ceux-ci rencontrèrent sur le port deux jeunes gens fort aimables qui leur proposèrent une promenade en mer. On ne les revit plus. Gessi n'en demanda pas davantage. Plus tard on appela le Dominiquin. « Mais quand il vint prendre possession de l'appartement qui lui était destiné dans le palais archiépiscopal, il trouva dans la serrure un billet qui le menaçait de mort s'il ne partait pas sur-le-champ. Dominiquin alla porter ce papier au vice-roi en lui demandant sa protection. Le vice-roi engagea sa parole de grand d'Espagne. Un élève de Ribera avait été récemment condamné pour meurtre, et, afin d'éviter le scandale, on l'avait fait empoisonner dans sa prison. On n'osa donc s'attaquer ouvertement au Dominiquin, mais on mêla de la cendre au crépi dont il se servait pour ses fresques de manière qu'elles s'écaillaient et tombaient en poussière avant d'être terminées. On lui fit faire des tableaux pour la cour de Madrid, et Ribera, qui avait la surveillance

de ces lïavaux, les faisait expédier avant qu'ils fussent achevés. Le malheureux Dominiquin, se méfiant de tout le monde, entouré de domestiques vendus, préparant lui-même ses aliments, finit par mourir empoisonné. » (L. et R. Ménard.)

A Técole de Ribera se rattachent Stanzioni (1585-1656), Aniello Falcone et Luca Giordano. Aniello Falcone (1600- 1665) prit une grande part à la révolte de Masaniello et commanda la Compagnie de la Mort, où il eut pour lieutenants ^S'a/t'a/oriJosa (1615-1673) et M/cco^/?arfaro (-[1666)1.

La vie aventureuse de Salvator Rosa, qui fut musicien et poète en même temps que graveur et peintre, a plus d'une fois défrayé le théâtre et le roman. Nous ne la rappelons ici que pour faire remarquer l'empreinte que cette vie a laissée sur son œuvre. Il a donné en art une note à peu près nouvelle, que son maître Falcone n'avait fait qu'indiquer, et de nos jours encore plus d'un artiste s'en est inspiré. Ses furieux chocs de cavalerie, ses attaques de brigands, ses paysages oîi il aime à représenter des rochers abrupts, des pentes éboulées, des arbres tordus se penchant sur des abîmes, la lumière sourde et parfois fantastique qu'il répand sur ses sujets, en font un romantique avant le romantisme, un romantique sans le savoir, ce qui est un bien grand avantage. Il aime, comme il le dit dans ses lettres, « les divines solitudes », et ajoute que tout lieu habité est un ennemi mortel pour ses yeux. Les tableaux du Louvre donnent une idée à peu près complète de son talent. Il y a cependant de lui des œuvres plus tranquilles et plus achevées, telles que la Conversation des philosophes, et les scènes de la Bible peintes pour l'église Sainte-Marie du Peuple à Rome, et aujourd'hui à Chantilly.

L. Giordano (1632-1705) est resté surtout célèbre par sa prodigieuse facilité. Il imitait indifféremment et au point de faire illusion Albert Diirer et Le Guide, Titien et Raphaël ! Un jour et demi lui suffisait pour faire un grand tableau d'autel [Saint François], quelques heures pour un portrait. On en faisait des plaisanteries. « Luca, descends

1. Élève de S. Rosa, Spadaro a fait de curieux tableaux sur cette révolt*.

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