‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 305 sur 424 · DECADENCE DE L'ECOLE HOLLANDAISE · texte numérisé non relu

DECADENCE DE L'ECOLE HOLLANDAISE

avec beaucoup de bonheur [le Nid de Pinson, au Louvre). Il conserve, avec quelque complication, une naïveté qui ne va pas sans quelque sécheresse, mais qui plaît autant que l'art consommé de Van Hiiysum (1682-1749). Van Huysum est resté le nom le plus illustre de la peinture de fleurs et a obtenu de son temps un succès prodigieux, quoiqu'il soit inférieur à de Heera. Le goût naturel de Van Huysum le portait vers le paysage, auquel il ne pouvait pas se livrer suivant ses désirs, à cause des commandes dont il était accablé comme peintre de fleurs; son plus grand plaisir était de s'échapper un instant dans les environs de Harlem et d'étudier d'ensemble cette nature dont il ne lui était permis de rendre qu'un détail. Le Louvre possède quatre de ses rares paysages. Son talent et son succès furent presque égalés par Rachel Ruysch (16G4- 1750), une des rares femmes hollandaises qui, avec Maria Van Osterivijck (née en 1630) et Jacoba-Maria Van Nickelle (née vers 1690), également peintres de fleurs, se soient distinguées dans les arts. Jean Van Os (1744-1808), G. Van Spaendonck (il m-iS22), J. Van Z>ae/ (1765-1840), sont encore des imitateurs de Van Huysum.

La décadence : Mieris, Gérard de Lairesse, Van derWerf. — Le XIX® siècle. — Quoiqu il y eût eucore des peintres habiles dans des genres secondaires, la décadence de l'art hollandais était sensible dès les premières années du xviiie siècle.

La Hollande passait décidément au rang de puissance de second ordre. L'élévation de son stathouder au trône d'Angleterre avait commencé à mettre sa politique dans la dépendance de celle de la grande île. Ce n'était plus, suivant l'expression de Frédéric, qu'une chaloupe dans le sillage d'un vaisseau de ligne. Ses marins n'étaient plus à eux seuls les rouliers des mers ; la richesse générale diminuant, quoique la Hollande soit toujours restée un des pays les plus prospères et les plus heureux de l'Europe, il y eut pins d'écart entre les diverses classes de la société, et l'art devint nobiliaire. Il y avait d'ailleurs toujours eu en Hollande un certain goût.

G. DE LAIRESSE. — VAN DER WERF 603

quelque peu artificiel, mais persistant, pour la mythologie érudite et la décoration classique, un courant affaibli, mais noo interrompu, d'italianisme, qui avait été encouragé par la noblesse, surtout par les Nassau. Dans la pleine floraison de l'école, n'avait-ofl pas vu le stathouder Frédéric-Henri faire veair Jordaens pour décorer sa demeure?

D'autre part, les peintres de genre se rattachent de plus eu plus à l'école de Gérard Dov, dont le grand succès peut être considéré comme une des causes de décadence de l'art hollandais. Ses élèves paraissent s'être servis, peut-être à son exemple, mais d'une manière moins heureuse en tout cas, du miroir concave pour rapetisser les figures et les copier, non sur la nature, mais sur cette image rétrécie. On a un si grand souci des moindres accessoires, qu'on leur sacrifie le principal. Dans un tableau on cherche à attirer l'attention sur un jabot, une dentelle, un bijou, plus que sur le personnage lui-même Une certaine incorrection se joint à un excès de soin ; on confond la propreté de l'outil avec la sûreté de la ligne. Les chair» deviennent de l'ivoire ou de la porcelaine. Les corps seront mal équilibrés, mais ils seront bien habillés. Une figure sera grimaçante ou mal modelée, mais on comptera les cils; une main sera mal posée, mais les ongles seront admirablement rendus. Ce n'est pas une compensation. Ces défauts sont visibles chez les Mieris eux-mêmes.

La décadence de la peinture nationale de genre s'annonçait déjà lorsque Gérard de Lairesse (1640-1711), esprit disting \ mais rien de plus, apporta en Hollande les traditions déjà affaiblies de l'école flamande, relevées assez heureusement par le goût du Poussin. Ses élèves valurent moins que ses œuvres, dont plusieurs ont de l'élévation et sont bien composées [Hercule entre le vice et la vertu, V Institution de l'Eucharistie, au Louvre). Van der PFer/'(1659-1722), le plus célèbre de ses coateraporains, eut un succès qu'avaient à peine obtenu les Terburg et les Metzu. Cet engouement lui a fait du tort auprès de la postérité. Quoique ses personnages manquent de vie, que sa peinture soit maniérée et froide, il a des lignes heureuses, un relief remarquable, qui conviendrait mieux, il est vrai, à un sculpteur qu'à un peintre, et ses figures sont bien posées. Ses petits tableaux mythologiques, ses portï-aits de petites dimensions,

Page 1