‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 313 sur 424 · EUSTACHE LESUEUR · texte numérisé non relu

EUSTACHE LESUEUR

il méprisait les œuvres, montre la haute idée qu'il se .aisaitdc la dignité des lettres comme des arts. Il semble qu'il ne lui pardonnait pas d'avoir travesti son cher Virgile. On a vu sa passion pour l'art dans sa forme la plus haute, sa conscience dans le travail , son dégoût pour l'intrigue. Son désintéressement pour l'argent n'était pas moins digne d'éloges. Il ne fixait •amais d'avance le prix des tableaux qu'on lui commandait ; lorsqu'il les avait terminés, il inscrivait derrière les toiles le prix qui lui était dû, et n'acceptait rien au delà. « La vie de Poussin, dit Eugène Delacroix, se réfléchit dans ses ouvrages; elle est en accord parfait avec la beauté et la noblesse de ses inventions. C'est un exemple admirable à offrir à ceux qui se destinent à la carrière des arts. Il n'y a rien de plus intéressant que le tableau des luttes que ce grand homme eut à soutenir contre l'adversité et contre l'ignorance, avant d'arriver à une célébrité qui semble souvent aller au-devant des médiocres^ talents et leur aplanir toutes les difficultés. »

Eustache Lesueur. La Vie de saint Bruno. L'hôtel Lambert. — Poussin a eu une influence considérable sur l'école française, mais par ses exemples plus que par son enseignement, car il n'eut presque pas d'élèves. C'est de l'atelier de Vouet que sortirent Mignard [IGiO-iddo], Lesueur (1017-1655), Lf.brun (1G19-1690).

Plus jeune que Mignard, presque contemporain de Lebrun, Lesueur (1617-1655), mort bien avant eux, est entré plus tôt dans l'histoire, et appartient tout entier à la période qui nous occupe. Si on laisse de côté Claude le Lorrain, qui s'est adonné à un genre spécial, il est resté avec Poussin le plus grand nom de l'école française, et, s'il ne l'égale pas, il le complète par l'émotion simple et pénétrante qui se dégage de ses ouvrages. On peut lui reprocher quelque inexactitude de dessin; mais il a cette naïveté de sentiment, cette absence de convention, qui caractérisent les maîtres des plus beaux temps de l'art. « Son style pur et gracieux, son geste sobre et expressif, la délicatesse et l'abondance de ses idées », lui assu-

rent un des premiers rangs parmi les peintres modernes. II suffirait pour s'en convaincre de sa Descente de croix.

Ce tableau est sans éclat, et de dimeasioas médiocres; mais, au milieu de tant de peintures inspirées par cette scène de l'Écriture, il « se distingue par un caractère particulier d'onction, de tendresse et d'ascétique douleur. On y trouve un désespoir plus vrai, plus déchirant. Et cependant quelle douce pureté, surtout dans les figures de femmes! Quelle simplicité de moyens pour un si grand effet! » (Vitet.) Lesueur, dans ses premières œuvres, se montre l'élève de Vouet [Réunion de portraits, Annonciation). Mais ses véritables m.aLtres sont Poussin et Raphaël. Sans avoir jamais été en Italie, il avait étudié quelques-unes des œuvres de Raphaël qu'on pouvait voir à Paris, et surtout les gravures de Marc-Antoine. Quant à Poussin, quoiqu'il n'y ait aucune preuve directe que Lesueur ait eu des relations avec lui pendant son séjour à Paris, ces relations sont tout à fait vraisemblables , et c'est le contraire qu'il faudrait prouver. En tout cas il n'est pas douteux qu'il a étudié ses ouvrages. Cette influence se montre dans la Vie de saint Bruno, peinte pour les Chartreux de Paris. Cette suite de vingt-quatre sujets, commencée en 1645, a évité, sans rien chercher de bizarre, la monotonie qui semblait Fécueil inévitable d'une pareille œuvre. Quel effet de terreur dans la Résurrection de Raymond Diocrès. Quelle piété digne de fra Angelico dans le Saint en prière, où un seul personnage suffit pour faire un tableau ! quelle tristesse et quelle sévérité à la fois dans la Mort du saint! Il ne recule même devant aucune difficulté technique, et les résout si bien qu'on les oublie. Il les recherche même quelquefois. On vante avec raison V Enfant bleu de Gainsborough, mais on devrait citer à côté de lui, pour l'harmonie des bleus, le Songe de saint Bruno.

Avec le Saint Bruno, ses œuvres les plus célèbres sont le Saint Paul à Ephèse, qu'on a pu comparer au carton d'Hampton-Court, et ses peintures de l hôtel Lambert, auxquelles l'artiste travailla à diverses reprises (avant et après le Saint

1. La Vie de saint Bruno a fourni des sujets au Zingaro (Saint-Severin d« Naplee), à Zurbaran (Séville), etc.

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