PHILIPPE DE CHAMPAIGNE. LE VALENTIN
Nocrct (1612-1672), Henri Beaubrun (P1603-1677) et Charles Beauhrun (1604-1692); Claude Dufresnoyy qui a écrit en vers latins un traité sur l'art qu'il pratiquait [de Arte grap/ilca); Laurent de Lahyre (1606-1656), dont la composition est claire et ingénieuse (le Pape Nicolas V faisant ouvrir le caveau de saint François d'Assise); J. Stella [ib96- 1657), l'ami de Poussin; Errard [1606-1689], le premier directeur de V Académie de France à Rome; Daniel Halle, mort en 1674, qui appelle le premier l'attention sur une famille qui n'a pas cessé depuis de se distinguer dans les arts ou dans les sciences. On pourrait augmenter cette liste de plusieurs autres noms, qui seraient plus connus s'ils n'étaient pas français. Une simple mention ne suffit pas pour Valentin et Philippe de Champaigne.
Philippe de Champaigne. — Philippe de Champaigne, originaire de Bruxelles (1602-1674), mais élève de Français, est bien Français par le caractère de son talent. Il a fait des peintures décoratives au Luxembourg, au palais Cardinal (depuis palais Royal). Il a fait aussi des peintures religieuses d'un grand style (le Christ en croix, le Repas chez Simon, le Christ mort, les principales scènes de la Vie de saint Protais). Cependant il est surtout remarquable comme portraitiste : sa manière grave, relevée par le sentiment de la couleur, convenait à l'ami de Pascal et de la société janséniste, dont il a été comme le peintre attitré. Elle était ce qu'elle devait être pour laisser à h postérité l'image définitive de Richelieu, le grand cardinal dont il était le peintre favori. Avec ce dernier portrait, ses chefs-d'œuvre sont : le portrait du peintre par luimême et Yex'Voto représentant la mère Agnès Arnaud priant auprès de la sœur Catherine de Sainte -Suzanne . fille de Philippe de Champaigne. Le peintre a choisi le moment où sa fille recouvie la santé par les prières de la mère Agnès. Il y a là un sentiment d'extase mystique où se montre toute la puissance de l'inspiration chrétienne.
Ce tableau ne ressemble en rien cependant aux œuvres de l'école espagnole, et notamment de Murillo, sur des sujets analogues. Nous ne faisons qu'indiquer le parallèle.
Valentin. La peinture de genre. Les Lenain. Jacques Callot. Abraham Bosse. — Valentin (1590-1634) s'appelait, on le sait aujourd'hui, Jean de Boulogne, et appartenait à cette famille qui a donné tant de talents honorables à notre école. Il fut un imitateur, un émule même de Caravage, et mérite d'être mis sur le même rang que lui, comme le montrent sa Diseuse de bonne aventure et son Concert du Louvre, la Judith de Toulouse, le Martyre de saint Processe et de saint Max imin, reproduit en mosaïque à Saint-Pierre de Rome.
Les œuvres de Valentin nous font voir que les sujets populaires avaient alors leurs peintres en France. Sébas' tien Bourdon a peint aussi des mendiants et des bohémiens. Les trois frères Lenain nous ouvrent un jour intéressant sur la vie des paysans et de la petite bourgeoisie à cette époque. Il neleur a manqué, pour arriver plus tôt à la célébrité, que d'être Hollandais ou Flamands. Mais, s'ils se rapprochent d'eux par le talent, leur inspiration est tout originale; les types de leurs personnages sont très différents; les physionomies sont sérieuses, souvent tristes même, et ces œuvres si sincères, loin de nous représenter l'expansion d'une joie plus ou moins grossière, laissent plutôt dans l'esprit un souvenir de mélancolie. C'est ce que montrent les tableaux du Louvre : le Repos villa^^eois, la Réunion des paysans, la Chaumière, et même la Forge, égayée cependant par les reflets du foyer.
Les Lenain devaient réussir et ont réussi dans le portrait (Henri H de Montmorency, au Louvre). Ils ont traité aussi des sujets religieux [la Nativité, le Reniement de saint Pierre). Ce ne sont pas les moins curieux de leurs tableaux. Une conviction respectueuse et naïve s'y joint à