LES LENAIN. — CALLOT
un réalisme dégagé de toute tradition. Ce réalism':, s'affirme par le sentiment le plus franc de la vie du temps, reproduite dans ses types et ses costumes. De nos jours, quelques artistes tels que ^I. Lhermitte dans les Pèlerins d'Emmaûs, et M. Uhde dans la plupart de ses toiles, essayent, par un effort de volonté et par système, de traiter la peinture religieuse comme la sentaient bonnement les frères Lenain^
La renommée des Lenain a toujours été modeste. Il n'en est pas de même de leur contemporain Jacques Callot, qui se rapproche d'eux par la nature des sujets qu'il a ordinairement traités. Callot (né à Nancy en 1595, mort en 1635) a été dès son vivant et est resté un des noms les plus populaires de Tart français. Ses tableaux sont fort rares [les Misères de la guerre, au palais Corsini, à Rome), et la plupart sont contestés. Mais la pointe et le burin lui suffisent pour réaliser toute la fantaisie de ses conceptions. Sa verve, sa gaieté mordante, son exécution d'une sécheresse spirituelle, en font un des artistes l^es plus originaux du xvii* siècle, et le créateur d'un genre un peu étroit sans doute, mais bien à lui. Ses bateleurs, ses gueux, ses mendiants, ses soldats, ses gentilshommes, la moustache en croc et le poing sur la hanche, ses scènes de marché ou de batailles, sont recherchés en France comme à l'étranger^.
Son œuvre, qui ne comprend pas moins de 1,500 pièces, est une mine de renseignements sur la vie en France et
1, Les trois frères Louis, Antoine et Mathieu Lenain étaient originaires de Laon. Ils furent reçus de l'Académie tous trois dans la même journée .20 mars 1648), quelques semaines après sa fondation (20 janvier). Louis et Antoine ne purent jouir que quelques jours de cet honneur, et moururent le 23 et le 25 mars suivant. Mathieu leur survécut jusqu'en 1677.
2. Gallot a fait aussi ce qu'on pourrait appeler de la gravure militaire officielle, la Prise de la Rochelle pour Louis XIII, la Prise de Bréda pour Spinola. Une de ses planches les plus célèbres est la Tentation de saint Antoine. Elle nous paraît trop vantée. Elle est d'une complication subtile, el manqua de la clarté qui est une des qualités maîtresses de l'artiste.
en Italie au commencement du xvii^ siècle. Cependant il faut toujours faire la part de l'imagination si personnelle de l'artiste. Abraham Bosse (1602-1676) est plus froid, moins raffiné; mais sa simplicité nous fait mieux connaître les vrais types de la société du temps, bourgeois et bourgeoises des diverses professions, commerçants, beaux esprits, grands seigneurs et dames de la cour. Bosse et surtout Callot, ayant fort rarement gravé d'après autrui, devaient trouver place à côté des peintres.
Malgré les noms qui précèdent, la peinture de genrt, n'occupe alors dans notre école qu'une place secondaire
Le paysage. Claude le Lorrain. — 11 n'en est pas de même du paysage. Claude Gellée, dit le Lorrain (1600- 21 nov. 1682), est peut-être le plus grand paysagiste de tous les temps et de tous les pays. En tout cas faut-il aller jusqu'à Ruysdaël pour lui trouver un rival. Il excelle également dans la représentation des terrains et des eaux, qu'il s'agisse des ruisseaux courant au milieu de la campagne, ou de la mer venant insensiblement se rejoindre au rivage. Il excelle aussi dans la composition de ces édifices simples, élégants ou grandioses, qui mêlent sans disparate le travail de l'homme aux beautés inconscientes de la nature. Enfin il a été entre tous le maître de la lumière, et cela sans avoir recours aux contrastes. Nul n'a été avec cette simplicité et cette puissance le peintre du soleil, soit que l'astre se répande dans les nuages colorés de l'aurore ou du couchant, soit qu'il resplendisse dans tout son éclat au milieu de sa course. Claude peint en pleins rayons pour ainsi dire , et l'on a remarqué avec raison qu'il avait su rendre les diverses heures du jour. Il règne dans ses horizons, où l'œil se perd, une poésie calme, majestueuse et pénétrante à la fois, qui nous donne comme l'inquiétude de l'infini. Son génie se manifeste dans ses eaux-fortes, le Bouvier, le Chevrier, le Soleil levant, aussi bien que dans ses toiles les plus célèbres,
PAYSAOE. — CLAUDE GELLÉF
630 LE XVIIe SIÈCLE EN FRANGE
le Gué, le Port de mer au soleil couchant, le Campa vac cino, la Fête villageoise, le Débarquement de Cléopdtre au Louvre, la Vue du Colysée et V Embarquement de sainte Paule à Madrid, la Reine de Saba à Londres. Né à Chamagne, il passa presque toute sa vie en Italie, et reçut surtout les leçons d'Augustin Tassi, qui était un élève de Paul Bril. Quoiqu'il ait vécu loin de son pays, il eut plus d'un imitateur en France. Les plus remarquables sont Pierre Patel (1605 P-1676) et son fils Pierre-Antoine Patel {16^8-1707), Jacques Rousseau (1630-1693), qui est probablement l'auteur des paysages de la galerie d'Hercule à l'hôtel Lambert. Gaspa.'d Dughet^ dit le Guasprt Poussin (1613-1675), se rattache plutôt au Poussin, son beau-frère et son maître*. La peinture sur verre a encore des artistes éminents à Troyes, Jean et Linard Gontliier, mais est plus pratiquée en Allemagne et en Suisse.