PAYS A G K. — CON STABLE. — TURNEB
inonlre dans ses tableaux de genre historique. Mais le seul Turner peut être légitimement opposé à Constable Turner (1775-1851) est le Delacroix du paysage : quelles que soient ses inégalités, il a du génie. Qu'il prenne pour
Fig. 270. — Lonstable. — L'Ecli:se.
sujet le champ de Bataille de Waterloo ou le Château -de Kilgarc/t, le Combat du vaisseau le Téméraire ou le Golfe de Baies, le Banquet de Guildhall ou les Abords de Venise, tiie Great Western B.aihvay ou Ulysse raillant Polyphème, son originalité choque uarfois par ses effets bizarres, mais est jointe à une puissance d'imagination <jui ne peut laisser indifférent. Il est surtout le peintre de la lumière, et il a tenu à lutter contre Claude, qu'il avait
d'abord imité. Il légua spécialement à la National Gallery deux de ses œuvres les plus célèbres : la Fondation de Carthage et le Soleil levant dans le brouillard, à condition qu'elles seraient placées entre deux tableaux du paysagiste français. L'animalier Edwin Landseer (1802-1873), qui a souvent entouré ses héros de paysages importants, n'est pas comparable à Turner, quoiqu'il ait été moins contesté et peut-être plus connu. Aujourd'hui on se mon-; tre bien sévère pour un peintre qui, a|)rès tout, savait son métier. Il a prêté un peu trop les passions humaines à ses humbles modèles, qu'il connaît d'ailleurs admirablement ; mais il a rarement dépassé la mesure, et les a laissés intéressants sans les rendre ridicules. Il a été émouvant et poétique. Le jury de l'exposition de 1855 vit en lui un des peintres les plus remarquables de l'Europe et lui décerna une des grandes médailles d'honneur. Nouvelle école. Préraphaélisme. Ruskin. — Vers le temps de la mort de Turner, l'école fut agitée par un mouvement intellectuel qu'on a appelé le préraphaélisme
L'Allemagne avait connu le préraphaélisme avec Overbeck, la France avait eu quelque velléité de s'y attarder avec Orsel, mais l'une et l'autre n'avaient fait que le traverser, et l'ensemble de l'école n'en avait pas été modifié. Il en fut autrement en Angleterre. Le préraphaélisme anglais, qui eut bientôt pour héraut et porte-parole le critique /o/m/?as/:m^ voulait que l'on ramenât l'art à un sentiment religieux plus profond, et qu'on s'occupât surtout de son but moral; il voulait aussi que l'on s'attachât passionnément à la vérité, rendue naïvement et méticuleusement à la fois dans tous ses détails, et cela moins par principe d'art peut-être que par scrupule de conscience. C'est en se plaçant à ce double point de vue qu'il voulait ramener la peinture aux principes qui la dirigeaient, disait-il, avant Raphaël. Nous n'examinerons pas ce qu'il y avait de légitime à mêler ainsi Raphaël au débat, mais nous remarquerons que le prér.iphaélisme anglais n'emprisonne pas pour
LE PRÉRAPHAÉLISME. — MILLAIS 725
-«ela l'artiste dans les réalités présentes, encore moins dans les réalités purement matérielles. Nous avons dit qu'il s'occupe surtout de l'âme ; d'autre part, il n'interdit ni les scènes historiques ni les fantaisies poétiques ; et là, son souci de la vérité ie conduira aux recherches de l'érudition. Ou voit donc combien ce mouvement fut complexe. Mais lorsqu'il se fut dégagé lie ses exagérations, il avait, par l'étude patiente de la nature, par l'habitude imposée du modèle vivant, rapproché l'école anglaise de la science ; par cette même étude de la nature jointe à l'action morale qu'il demandait, il avait fortifié et élevé l'ins- |)iralion originale de ses artistes. Il n'y eut en somme presque rien d'archaïque dans le préraphaélisme anglais ; et si l'on n'était pas prévenu, on ne songerait nullement à traiter de préraphaélistes la plupart dos œuvres de cette école. On ne voit pas en quoi elles seraient plus spécialement préraphaélistes que celles de Rembrandt ou de Gérard Dow.
Millais, Madox-Brown et leurs contemporains. — Le plus célèbre des peintres sortis de ce mouvement est Millais (1829-1897), qui semble aujourd'hui se placer à la tête de l'école anglaise, par ses scènes empruntées à l'histoire, à la vie anglaise contemporaine ou à la poésie [Ophélie, les Romains quittant la Grande-Bretagne, la Veille de sainte Agnès, Garde royal, le Hussard de Bransivick, le Whist à trois], par ses portraits [Gladstone, Ruskin) et ses paysages. Parmi ses rivaux, avec des tendances diverses, il faut citer Herkomer, que ses Invalides de Clielsea, en 1878, et ses portraits exposés en 1889 ont rendu célèbre en France, W. Holman Hunt [le Voyage du pèlerin. Scènes de Shakespeare], Paton [la Reine des fées), le poète Dante- Gabriel Rossetti [le Songe du Dantey , plus encore peutêtre Madox-Brown, dont les compositions, ingénieuses et émouvantes à la fois, passionnées et savantes, profondes et claires, vous conduisent, autant qu'on en peut juger par des gravures, à admettre volontiers le jugement de
1. Son frère W illiam'Michael Rossetli, est un des critiques d'art les plus auto- «■isés de l'Angleterre; sa «œur Christine i-r 1894) est un poète remarquable.
Chesneau, qui le place à côté des peintres anglais les plus célèbres K Burne Jones [-- 1898) met au service de sujets dune poésie subtile enapruntée au moyen-âge ou à l'antiquité (Merlin et Viviane^ la Sirène, V Amour dans les ruines), une recherche de dessin et une harmonie de couleur rare& chez les peintres anglais. Hacker [Vœ victis, V Annonciation, le Cloître et le Monde) se rapproche de lui. Voy est plus simple et aussi pénétrant dans la Vérité, le Sommeil de Jeanne d'Arc. La peinture historique, plus voisine des habitudes du continent, est représentée par Leigthon, portraitiste aussi et sculpteur remarquable; par Watts^ Briion- Riviere, Scott, Long, Collier', par Alma-Tadema, qui ressuscite les mœurs aristocratiques de l'antique Grèce et de ritalie civilisée à son contact. La peinture de genre est représentée avec éclat par Nicol[Embarrassés tous les deux]^ par MartineaUy Stone, Green, Burgess, Egg, Grégory, Langley, Fildes, Hopkins, Sant, D. Leslie {la Visite à la pension), O'Neil [le Départ pour la Crimée), Morris, Walker (la Vieille Grille), mort à 35 ans, lorsqu'il se plaçait au premier rang, Lorimer (scènes familières et portraits); Forbes, Reid, Elmore, Etty, Gilbert, Calderon, Gow, Lady Butler, Pettie, Poynter, qui cultivent le genre historique ou les scènes militaires. Orchardson [\ 1910) a plus d'aisance et d'harmonie que la plupart de ses compatriotes [le Décavé, la Reine des épées) et est un portraitiste éminent [Sir G^7^eî/, la reine Victoria). Parmi les portraitistes, citons Fr. Holl, Shannon, Ouless, Grégory, Lockfiart, Bacon, Speed et Collings, qui promet un rival d'Orchardson.
Le paysage. L'aquarelle. — Le paysage anglais, qui a subi à son tour l'influence du paysage français, conserve toujours une place élevée dans l'art européen ^. Nous cite-
1. OEuvres principales : le Travail, Elle ressuscitant le fils de la veuve, Roméo et Julieuf, le Roi Lear partageant son royaume, les Danois chassés de Manchester (fresque à l'hôtel de ville de Manchester). Madox Brown est mort (oct. 1893).
2. L'impresBionisme (paysage, figure) a pour adeptes Connard, Murhtad, Orpen..