‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 365 sur 424 · PEINTRES DE LA VIE POPULAIRE · texte numérisé non relu

PEINTRES DE LA VIE POPULAIRE

caractère religieux. Ce caractère se montre directement et avec toute sa grandeur dans VAn^elas, qui est son œuvre la plus connue avec les Glaneuses (Louvre). Mais telle petite scène de famille, la Becquée du musée de Lille par exemple, con- 1 ent, dans son cadre étroit, autant d'art et de sentiment. Cette âme vraiment biblique, comme on l'a dit, méritait bien plus que Courbet d'être choisie par l'opinion pour ramener 1 écolj française au sentiment vrai de la nature. Jules Breton (1327-1906) a moins de grandeur que Millet mais nous fait voir une nature grande aussi, tout en nous la montrant plus variée et plus aimable : le Rappel des glaneuses, Bénédiction des blés, le Feu de la Saint-Jean, le Pardon en Bretagne^ la Première communion, Jeunes filles à la fontaine.

Depuis la mort de Breton et de Millet, le premier rang appartient sans conteste, dans le domaine qu'ils ont quitté, à celui qui était déjà leur émule, Léon Lhermitte . Ses paysans, sans avoir recours à aucune fausse sentimentalité, inspirent une franche sympathie, font aimer la terre et ceux qui la travaillent. Ses grandes toiles avec ses moissonneurs, ses vendangeurs, ses faucheurs, ses fermiers de grandeur naturelle ont toutes la tenue des tableaux d'histoire et l'on n'a qu'à l'approuver d'avoir traité dans de telles proportions ses humbles héros. Préoccupé des recherches de l'impressionaisme, il a depuis quelques années modifié sa manière et il ne donne plus à ses personnages la même fermeté de contours. L'on peut se demander s'il y a gagné. Mais devant les Pèlerins d Emmaûs, devant la Mort et le Bûcheron, on ne peut dire qu'il y ait perdue G, Bertrand, à son plafond de l'hôtel de ville, s'est heureusement souvenu de lni{Laboureur au bout de son sillon saluant le soleil). La grande toile intitulée Dans la campagne qvCHenri Lerolle remplit avec une seule bergère passant, suivie de son troupeau, devant une rangée d'arbres, constitue une idylle d'une poésie douce et distinguée tout en restant parfaitement rustique. C'est aussi à la vie rurale que M. Roll doit peut-être ses meilleures œuvres. Sa fermière

1. Lhermite a fait pour la Sorbonne un de ses chefs-d'oeuvre : une Leçon de fasieur. Ké en 18 i4, il fut, comme Cazin, Roty, Fantin-Latour, J, Tissol, Alf. Legros, les Regamey, Ponscarme, l'élève de Lecoq de Boisbaudran (1802-yT i, modeste et éminent professeur dont la méthode résumée dans son Education d» ia rp-émaire pittoresque a eu une influence qui n'a pas été assez appréciée.

^yiiio 2ilaiida Laineltrie^ si vivante, si juste de geste, si bière posée im milieu de son domaine, fera plus pour sa réputation que ses grandes machines la Grè\'e ou le Centenaire de 1789.

Parmi les autres peintres de la vie populaire, Geoffroy, le peintre attitré des simples et des tout petits, excelle à poétiser en démouvantes et limpides toiles la secrète beauté des plus humbles âmes [ Visite à LliôpitaL scènes de la vie des Écoliers). L'impressionniste /feno/;- nous conduit au Moulinde la Galetle.. Rappelons ensuite Duverger [le Laboureur et ses enfants)^ Servin (1829-8'i, le Puits du Charcutier), Pelez, Buland, Dupuy, Pascaud, Cals, Brispot, Brouillet, Chocarne-Moreau, Crochepierre, Grolleron, Victor Gilbert, Raffaelli, Muenier, Gœneutte (1S54-94), Milcandeau, Devambez, Jeanniot, qui nous montrent les angoisses des misérables, et aussi la vie rude et saine des travailleurs ou qui nous égayent sans acrimonie avec les ridicules d(2s petites gens. Ribot (1823-91), auteur de peintures d histoire telles que le St Sébastien du Luxembourg, a dû ses premiers succès à ses petits marmitons et est depuis revenu plus d'une fois à des sujets populaires. Il a gâté ses meilleurs tableaux par l'abus de couleurs opaques empruntées non pas tant à la méthode du Caravage qu'à l'état actuel de ses toilesoîi le noir a repoussé et malheureusement il a fait école. Bail, au contraire, rival des Hollandais, excelle à rendre les rayons dorés glissant dans les cuisines sur les cuivres et les pots ou éclairant les salles où l'on se livre aux occupations tranquilles qui conviennent à la vie d'intérieur (les Dentellières). Bonvin continue à éclairer avec plus de simplicité ses cloîtres où passent des religieuses ou des moines. Amand Gautier, son émule (1825-94), a plus de fraîcheur et moins de force.

Certains artistes font connaître les paysages ou les mœurs de telle ou telle province. François et Georges Laugée, Garrido, comme /. Breton, s'adressent à l'Artois et à la Picardie ; Antigna, Guillemin, Gustave Colin, Debat-Ponsan aux Pyrénées; Berton et Perret à l'Auvergne; Hédouin à la Beauce. Le groupe alsacien a été le plus important avec Marchai * (le Choral de Luther, le Marché aux servantes), Jundt, Schuler,Lix et surtout Brion [Mariage alsacien, Pèlerins de Ste Odile, Lecture de la.

1. Dans uo autre genre sa Pénélope et aa Phryjié ont eu un grand suce;».

PAYSAGE. — DAUBIGNY. HARPIGNIES. Gllir^TREUIL 77?

Bible). Brion a fait aussi des peintures religieuses d'un caractère élevé : la Fin du Déluge, St Pierre marchant sur les eaux. C'est la Normandie et la Bretagne qui naturellement inspirent surtout nos peintres des populations maritimes : Jules Noël (1819-81), i?e«ow/'(1845-94), Guillou, Haquette, Billet, Feyen-Perrin, Boudin (1824-98), Butin, Eugène Feren, Tattegrain, M^" Demont- Breton, Legout-Gérard, Henri Royer. Coiie^ peint aussi bien les barques des pêcheurs voguant sur la mer que la vie des marins à terie {la Vie du marin, triptyque au Luxembourg; répétition au musée de Vérone). Il s'est montré récemment un portraitiste et un peintre d'architecture distingué [Ségovie).

Le paysage : Daubigny, Harbignies, Français, Chintreuil» ^azin. Le paysage impressionniste. — Tous les peintres de la rie rurale que nous signalons plus haut, ont eu un sentiment remarquable du paysage. Millet a fait des paysages proprement dits, et des toiles telles que le Printemps et l'Eglise de Gréville le placent, à cet égard, au premier rang. Le paysage reste peut-être le plus beau titre de l'Ecole. Nos peintres l'ont maintenu au haut point où ils l'avaient trouvé; ils ont même étendu son domaine. Cependant aucun nom nouveau ne l'a emporté sur les survivants de l'école précédente, Charles Daubigny, Harpignies, Français, jeunes émules devenus vieux de Dupré, de Rousseau, de Paul Huet.

Charles Z>t/uZ;zo'nj (1817-1878), traducteur de la nature moinspuissant mais plus naïf que Théodore Rousseau duquel il se rapproche, a tiré ses meilleures inspirations du val d'Amby dans le Dauphiné, ou des environs de Paris : une mare, une vanne abandonnée lui suffisent pour remplir un tableau qui fait rêver * et font presque oublier son joyeux Printemps ou ses Vendanges de Bourgogne. Le dessin fier mais consciencieusement étudié surnature à' Harpignies"^ convient aussi bien au paysage décoratif (hôtel de ville, escalier du Sénat) qu'au paysage intime : vues du Bourbonnais et des Bords de la Loire. Son style bien caractérisé surtout dans la manière de rendre les arbres fait reconnaître facilement les Harpignies. Français (1814-1897),

1. Le val d'Amby, près de Crémieux, a été le Barbizon du S.-E. et a fourni des motifs à Appian, Bauverie, Corot, Harpignies, Achard, Ravier, Carraud, comme à Daubigny. Le fils de Daubigny, Karl (1846-1886), s'est distingué aussi comme paysas^iste.

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