ORIENTALISME. FROMENTIN. REGNAULT. B. CONSTANT
voyages nos peintres pouvaient plus encore que leurs prédécesseurs chercher des modèles à l'étranger. Ils n'y ont pas manqué. Hébert (1817) se maintient à la tète des italianisants avec les Cervarolles, avec le Matin et le Soir de la vie. Bonnat, qui dans, son Scherzo montre que sa force sait sourire, Bouguereau, de Curzon, de Conninck, Giacomotti, Benner, Sautai (1842-1901), Sellier, qui dans sa Graziella commençait à réaliser les promesses d'un talent arrêté prématurément par la mort, ont trouvé dans ce genre une partie de leur succès. Achille Zo, Henri Zo, Worins, Vihert *, les tableaux du sculpteur Falguière nous conduisent en Espagne; Eugène Chigot et Hanicotte en Hollande. Certains comme Félix Régamey (f 1907), Bigot, Beyle vont jusqu'en Extrême-Orient et nous donnent des scènes de la vie japonaise et chinoise. D'autres comme Weeks^ et Bérard s'arrêtent à l'Inde.
Les Orientalistes proprement dits, c'est-à-dire les peintres des pays musulmans, n'ont pas cessé de constituer un groupe important. A la mort de Decamps ils eurent pour chef Fromentin qui se rattache plutôt à la manière de Marilhat. Son dessin élégant, son coloris varié, brillant et harmonieux, sa lumière uniformément étalée, sa compréhension intime du paysage et des hommes du Sahara et du Sahel, sans parler de sa supériorité comme peintre de chevaux lui assurent un rang éminent^. Il n'a pas cependant la puissance de son contemporain Belly (1827-77) [la Caravane au Louvre) et même de Guillaumet (1840-87) le peintre du Sud algérien. D'autres vont plutôt chercher en Orient, comme Delacroix, les scènes de la vie humaine que les paysages, fussent-ils animés de figures-
1. Woims a été aussi un des premiers, avec Jules Masse et Viger-Duvi'rnau. à emprunter ses sujets à l'histoire anecdotique et à la vie intime du Consulat et di l'empire. Vibert (1840-1902) qui avait débuté parla mythologie (A'a/ctsie) a pe.,ji des scènes plus ou aïoins satiriques où il mêle souvent les moines et les cardinaux, sans parler d'une tentative dans la grande peinture historique {VApothéoi,e de Thiers. Versailles').
2. Weeks ué a Boston a fait ses études et poursuivi sa carrière à Paris.
3. En Fromentin (i 820-76), l'écriTain valait le peintre. Par ses récits de voyage : Un été dans le Sahara, Une année dans le Suhel, il joue dans la littérature descriptive un rôle de novateur analogue à celui de Bernardin de Saint-Pierre ou de Chateaubriand. Son roman de Dominique est un des premiers en date et est resté un des meilleurs de nos romans d'analyses psychologiques subtiles. Les Maiires di autrefois le classent parmi nos premiers ci'iiiques d'art.
diverses, de fantasias, de chasseurs, de femmes revenant de la fontaine, etc. //. Regnault (1843-71) qui avait déjà vivement frappe l'attention par son général Prim^ œuvre vivante et de portée générale, vraie personnification de l'aventurier politique, se tournait déjà vers l'Orient avec sa Salomé dont le coloris original et le type étrange nous promettaient presque un chef d'école. Peu après il se rendait au Maroc en passant par l'Espagne et rapportait de son voyage des vues de l'Alhambra et cette sanglante Exécution à Tanger qui est au Louvre. On sait quelle mort glorieuse anéantit toutes ces espérances. Sa place fut prise par Benjamin Constant (1845-1902) qui parut avec éclat au salon de 1876 par l'Entrée de Mahomet II à Constantinople, puis, s'adressant à l'Orient moderne, a donné des œuvres aussi brillantes, mais plus solides, les Derniers Rebelles, la Justice du Scherif, etc. Berchère (1822-91), Mouchot (1830-81), Th. Frère, Henriette Browne (pseudonyme de M"'^ de Saux) plus connue par ses Sœurs de Charité, M™^ Lucas Robiquet, Washington, Dinet, Clairin, Pinchart, Bompart, P. Leroy, Cabanes, Girardot, Rigolot sont tous plus ou moins les disciples de l'un des ces quatre peintres. Parmi les orientalistes le dessinateur Bida occupe une place de premier rang. Plusieurs peintres déjà connus par des œuvres d'un genre différent ont été voyager en Orient et s'en sont bien trouvés. Plus d'une fois Ziem a abandonné Venise pour l'Orient de même que Fromentin avait abandonné l'Orient pour Venise. James Tissot (1836-1902) en a tiré des éléments de son illustration des Évangiles qui a fait tant de bruit ^ Bonnat n'a rien peint de plus solide que son Barbier turc. Gust. Boulanger (1824-88) doit autant sa réputation à ses scènes de la vie musulmane qu'à ses tableaux antiques [Hercule et Omphale) ou à sa
1. Malgré l'immense effort et la conviction sincère dont témoigne cette série d'aquarelles le nom de Tissot restera tout autant par ses Scènes de Faust dans la manière du peintre belge Lejss et dans ses tableaux inspirés de la vie moderne tels que la Confession et l'histoire de l'Enfant prodigue adapté à la vie anglaise. Dans cette suite de sujets il a rendu les types d'Oui re-Manche avec une vérité que sont loin d'atteindre les peintres anglais lorsqu'ils reproduisent des types français. Tissot n'est pas le seul de nos peintres qui ait été trouver en Angleterre une situation qu'il cherchait vainement dans son pays. Alphonse Legros (1837) semble définitivement fixé à Londres qui le considère comme un de ses meilleurs «riistee [V Amende honorable, musée du Luxembourg).