‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 371 sur 424 · GENRE. — MEISSONIER. GEROME. - BATAILLES · texte numérisé non relu

GENRE. — MEISSONIER. GEROME. - BATAILLES

décoration du foyer delà Danse à l'Opéra. Gérôme (1824-1903) a rapporté de l'Asie Mineure ou des bords du Nil plusieurs de ses toiles les plus connues, entre autres : le Prisonnier qui a inspiré un sonnet à Hérédia.

Peinture de genre : Gércme, Meissonier. — Mais Gérôme ■devait toujours revenir à l'antiquité à laquelle il était redevable de ses premiers succès : le Combat de coqs où les figures sont de grandeur naturelle et la vaste composition du Musée d'Amiens où, traduisant une page de Bossuet, il symbolise le Siècle d'Auguste et Tavènement du Christianisme, Cependant son exécution très étudiée, très polie, ivoirine et un peu sèche convient mieux aux tableaux de chevalet. Il y a abordé toutes les époques de Thistoire : le Roi Candaule, Phryné devant V Aréopage, la Mort de César, les Gladiateurs dans le cirque, Louis XIV et Molière^ Frédéric II, Bonaparte devant le Sphinx, la Mort du maréchal Ney, etc. Son chefd'œuvre est cependant emprunté à la vie moderne et n'a rien d'historique : les Suites d'un bal masqué (Chantilly).

Sa réputation n'égale pas celle de Meissonier (1815-90). On peut regretter que Meissonier ne se soit presque jamais occupé de son temps sauf par des portraits (Alexandre Dumas, le peintre lui-même). C'est sa seule infériorité à l'égard des Hollandais dont il est le rival par la précision de la science et l'amour de la perfection par 1 habileté à unir jusque dans les plus petits tableaux le souci du détail avec une exécution sans sécheresse, par le talent de la composition qui, donnant à chaque chose son importance relative, laisse toujours apparaître la suprématie de la figure humaine. Dans la seconde partie de sa vie, il eut des visées plus hautes et prouva qu'il n'avait pas trop présumé de ses forces par ses tableaux qu'inspire Napoléon : 1S05 (Chantilly), léna, 1807 (musée de New -York) llSlû (collection Chauchard) qui compteront parmi les œuvres capitales de xix® siècle. Rapprochons-en son tableau inachevé, demi symbolique, de Paris en 1870 et un sujet plus simple, mais ou il a mis une émotion assez rare chez lui la Madone del bacio, dont il a voulu par son testament assurer la possession au Louvre. Meissonier a été un incomparable peintre de chevaux et le premier il a rendu certains mouvements que ses prédécesseurs n'avaient pas su saisir. Il a eu surtout occasion

de montrer ce côté de sa science dans ses tableaux de bataille'.

Peinture militaire. Yvon, Pils, Détaille, de Neuville. — Les

peintres militaires n'ont pas manqué à notre temps. Ils furent même particulièrement populaires, ayant eu d'abord à célébrer nos victoires de Crimée et d'Italie. Yvon, qui déjà dans le Maréchal Ney à la retraite de Bussie, renouant la tradition de Gros, avait rendu à la peinture de bataille cette émotion, cette pitié qu'Horace Vernet avait trop négligée, se surpasse dans la Prise de Malakoff (salon de 1857), Il peignit ensuite Solferino, tandis que Pils, avec un pinceau plus ferme maismoins de passion, représentait la Bataille de F Aima (1859). Pils avait traité avec succès l'anecdote militaire {Zouaves à la tranchée), genre qui avait fait aussi la réputation de Protais [Avant et Après le combat). Mais Pils, comme Protais, devait être dépassé par de Neuville et Détaille.

Be Neuville {1836-85) et Betaille s'attachèrent à honorer le courage malheureux, à entretenir l'espérance en rappelant l'héroïsme déployé au milieu des défaites. Ils traitèrent de& sujets qui frappèrent et émurent, par un pathétique grave dépourvu de toute déclamation (v. surtout les Dernières Cartouches de de Neuville). Par cette émotion communicative, par cette-

1. La peinture de genre est si variée que nous nous bornerons à compléter par une énumération ce que nous avons dit de son plus illustre représentant. Fichel, Caraud, Ilillemacher, Brillouin, Outin, Leroux, L. Leloir (1843-84), M. Leloir, E. Baijard, Delon, Jacquet, Adrien Moreau, Goupil, Bargue, Pille (1844-97), l'ami des Reîtres, Lucien Gros, Meissonier fils, Firmin Girard, Leray, Luminais le méro- Tingien, (ont du genre historique. Jamin ressuscite l'âge de pierre. Toulmouche (1829-90), dans lequel on devrait voir un rival à.' A. Stevens, Framini, Adan, Gelkaij,. [•krich.on, Em. Saintin, Baugniet, Baugnies, Morisset, Lemont, Danton, fils du se. Pierre L>., Rennrd, Aublet, Tournes, 3/"* Rongier, Paul Chabas s'occupent de notre rie actuelle. Iletlhath. hambourgeois d'origine (1825-89) oublie pour elle (le Mont de Piété) ses cardinaux. Béraud aime à donner à ses scènes parisiennes un caractère symbolique. Il mêle parfois, à ses boulevardiers habillés dans le dernier goût du jour les personnages de l'Evangile et le fait de façon acceptable. Bonhomme 1809- 81) emprunte ses sujets à la vie industrielle. Lambron, qui a représenté d'abord descroque-morts a peint, comme Vollon le 61s, Pierrot et ses compagnons habituels. Le danseur de l'opéra Montfallet a fait aussi quelques tableaux agréables avec les^ personnages de la Commedia delV Ane. J. Veber s'abandonne à tous les caprices de son imagination et fait presque accepter les sujets les plus singuliers ou les plus- Scabreux par l'amusante fantaisie ou la poésie symbolique qu'il y mêle. Ses toiles sont souvent des caricatures peintes, genre qui a valu à Guillaume et à Forain une partie du succès qu'ils doivent plus encore à leur crayon. (Voir lespeinlres de la vie populaire, p. 7T6-9 et les peintres exotiques, p. 784-7).

p. DE CHAVANNES. HÉBERT. MERSON. DAGNAN 789

passion partout répandue, par la liberté d'exécution [l'Attaque du Bourget, Combat sur une voie ferrée) de Neuville se rapproche de Delacroix, et l'emporte sur son rival et ami Détaille *. Ce n'est pas que l'émotion morale soit absente des œuvres de Détaille [les Cuirassiers à Eylau, VEspion à Chantilly, Salut aux blessés) ; mais elle est moins communicative. Détaille, plus que De Neuville, s'est attaqué à des toiles de grandes dimensions ei les a remplies avec la même aisance et la même sûreté que ses tableaux de chevalet : les Victimes du Devoir, la Reddition d'IIuningue, Portraits équestres du roi d'Angleterre et du Duc de Connaught. En dépit des craintes que pouvaient faire naître sa facture et les habitudes de son talent, il a abordé avec un égal succès la peinture monumentale : à l'hôtel de ville, les Engagements volontaires en 1792 et l'Entrée de la Garde impériale à Paris en iSOl \ au Panthéon, la Course à la gloire"^.

Nous avons déjà parlé de Morot qui a rarement traité des sujets militaires. Mais on ne peut se dispenser de rappeler son Reischoffen; car jamais la furie d'une charge de cavalerie n'a été mieux exprimée. De plus, c'est un des premiers tableaux où ont été rendue d'une façon vraiment conforme à la nature l'allure du cheval galopant à fond.

Idéalisme : Peintures monumentales. Puvis de Chavan-

nes. — A l'Hôtel de Ville comme au Panthéon les œuvres de Détaille se trouvent à côté de celles de Puvis de Cliavannes (1824-98) et ce rapprochement est un signe bien frappant de la

1. Ils ont exécuté ensemble le panoranta de la bataille de Champigny, bataille à laquelle ils avaieot pris part comme combatlaats. Jamais la peinture de panorama n'avait eu l'honneur d'être traitée par de tels artistes. — Rappelons à ■celle occasion les autres panoramas militaires, de Castellani et de PoUpot et le panorama pittoresque d'IJu^o d'Alesi. Le panorama du jardin des Tuileries a groupé de façon synoptique les célébrités des diverses périodes du xix" siècle. Meissonier avait été en pourparlers avec des Américains pour un panorama et avait cboisi pour sujet : François I" armé chevalier par Bayard.

2. Citons encore parmi nos peintres militaires : G, Régamey, talent d'une remarquable franchise qui n'eut pas le temps de donner sa mesure, Armand-Dumaresq , Beaucè, Janei-Lange (1818-72), Dupray, Loustaunau, auteur des Chasseurs alpins, du Lancement d'un pont, remarquable paysagiste, Orange, Marias Roy, Leblant {Scènes de guerre de Vendée), Boutigny, Ledru, Delort, Dujardin-Beaumetz, devenu directeur des Beaux-Arts. Berne-Bellecour s'est montré au moins une fois le rival de Détaille dans le Coup de canon. Georges Bertrand a eu une inspiration d'un caractère épique, dans son tableau de Patrie. Dawant, dans la Mort de du Couédic, a montré le même sentiment dramatique que dans sa scène de Sauietage et les mêmes qualités de coloriste que dans ses tableaux plus simples tels aue la Maîtrise.

Tariété de talent et d'inspiration qui est un des caractères les plus séduisants de l'art contemporain.

En dépit d'exagérations de système qui ont provoqué des réserves d'autant plus justes que des amis maladroits appuyaient surtout là-dessus leur admiration, Puvis de Chavannes reste avec Baudry, le plus grand décorateur de son époque. Son exemple seul suffirait à prouver combien est fausse l'opinion courante que la peinture monumentale a manqué à notre école contemporaine. Par leur composition magistrale, aussi bien pour l'idée directrice que pour la disposition pittoresque , par leur sérénité supérieure , par l'harmonie absolue des personnages et de la nature qui les entoure, par la convenance de 1 oeuvre avec la place qu'elle occupe, les chefs-d'œuvre de Puvis de Chavannes (la plupart des peintures d'Amiens, l'hémicycle du grand amphithéâtre de la Sorfjonne, scènes de la Vie de sainte Geneviève au Panthéon, la décoration de l'escalier de l'hôtel de Donnât rue Bassano, prennent place dans nos souvenirs à côté des peintures monumentales les mieux consacrées par l'admiration du passé. On peut regretter cependant qu'il n'ait pas attaché assez de prix à la beauté des formes considérées et aimées pour elles-mêmes. Il pouvait le faire sans nuire pour cela à l'équilibre de l'ensemble et à 1 effet d'unité qui le préoccupait avant tout. Les peintres de la Renaissance et même ceux du xvii^ s., l'ont prouvé *. P. de Chavannes tout en étudiant la nature de près et avec persévérance (le nombre de ses dessins en fait foi), a été un peintre essentiellement idéaliste. Il n'est pas le seul et, en dépit d'opinions tontes faites, l'idéalisme a tenu de nos jours une grande place à côté du réalisme.

Peinture religieuse : Olivier Merson. Hébert Dagnan-Bouveret. — Cet idéalisme se montre sous la forme religieuse dans Olivier Merson. Merson est à certains égards un florentin de la première renaissance, un ami de Giotto ou de Fra Angelico, plein de l'esprit de saint François d'Assise dont il aime à illustrer la légende [le Loup d'Agubhio). Dans ses^

1. Kotons ici la grande originalité de Puvis de Chavannes comme paysagiste. Il excelle à syQtliétis.er en une seule toile, sans copier aucun site particulier, 1» nature de toute une région : le paysage picard dans Ludus pro Patriu (Amijns^ ;. le paysage normand dans Inter aries et uaiuram (Rouen).

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