‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 41 sur 424 · CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LA SCULPTURE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LA SCULPTURE

elle faisait remonter sa fondation et sa première gloire étaient eux-mêmes l'objet d'un culte. Les artistes grecs ont pu donc, tout en dépassant l'humanité dans leurs œuvres, rester réalistes en ce sens qu'ils ont toujours pris la forme concrète pour point de départ, qu'ils l'ont étudiée avec amour, comprise avec intelligence, et qu'ils ont su être naturels, môme lorsqu'ils sont sublimes ^

Les sculpteurs grecs ont reproduit la forme humaine avec une merveilleuse exactitude anatomique et physiologique; non seulement tous les muscles sont à leur place, mais leurs saillies sont différemment accentuées pour un même muscle selon la nature du mouvement^. Cependant, ils n'ont jamais fait d'études anatomiques proprement dites. Le respect de la mort, si profond dans l'antiquité, interdisait la dissection aux médecins eux-mêmes. Les plus curieux en étaient réduits à disséquer des quadrupèdes, pour conclure à l'homme d'après l'analogie. Mais l'habitude générale des exercices gymnastiques dans des édifices publics familiarisait l'artiste avec l'étude précise des formes en mouvement, et lui permettait d'apprendre Vanatomle plastique sans avoir besoin détudier Yanatomie scientifique, qui, poussée trop loin, peut avoir ses inconvénients, quand elle entraîne le peintre ou le sculpteur, comme on l'a vu plus d'une fois, à faire étalage de sa science. Les jeux solennels qui avaient lieu dans beaucoup de cités, et l'usage fort ancien d'honorer d'une statue les athlètes vainqueurs, eurent une influence très grande

1. Il y eul en Grèce plus d'un réaliste, même dans le sens étroit qu'une certaine école a obligé de donner à ce mot (Ecorcheur luslique, Louvre ; Paysant allant au marché, Munich ; Vieux pécheur, Capitole). Les œuvres du passé (art ou littérature) paraissent toujours moins réalistes que les œuvres du présent.

2. V. M. Duval, Anatomie artistique. Duval et Cuyer, Hist. de l'An, plastique. P. Piicher, Cours (T anatomie a VEc. des B.-A. Les anciens ont sculpté parfois le squelette (une mère devant le squelette de son fils, dans la tombe des Scaurus à Pompéi), des pièces anatomiques (deux marbres au Vatican). Sur les squelettes dans les banquets (vases de Bosco-Reale, Louvre) v. les Mélanges archéol. de la C" Lovatelli. Cf. Hérodote, II, 68. Des slatuettés de terre cuile représentant des malades et des estropiés avaient un laractère prophylactique et fétichique.

sur la direction de l'art grec et contribuèrent à y maintenir ce sentiment des proportions naturelles, même dans les statues des dieux. Les fêtes religieuses, les représentations théâtrales où les diverses tribus de la cité rivalisaient de goût dans l'ajustement et la formation des groupes, contribuaient aussi à entretenir le sentiment du beau. Aucun costume ne s'accommoda mieux que le costume antique, grec ou romain, aux conditions de l'art. Ce n'était pas le vêtement découpé et ajusté d'avance de nos jours : la toge ou la tunique qu'on enroulait autour de soi faisait corps avec la personne, suivait ses mouvements; la laine souple dont elle était formée donnait de beaux plis sans sécheresse ; le pied posait sur la sandale, et le lien qui l'y rattachait, séparant le gros orteil des quatre autres doigts, leur laissait leur position naturelle ^

Enfin l'enseignement des arts n'était pas tel qu'il se donne en général aujourd'hui. On le recevait non dans les académies, mais dans les ateliers. Il ressemblait beaucoup à ce qu'il fut aussi pendant la Renaissance italienne. L'élève était un véritable apprenti, travaillant pour le maître, qui avait tout intérêt à corriger les essais que le jeune homme avait faits sous sa direction, afin de pouvoir en tirer lui-même du profit. Lucien raconte ce qu'il lui en coûta pour avoir cassé une plaque de marbre que son maître, le trouvant déjà assez habile, lui avait imprudemment donnée à dégrossir. La correction brutale qu'il reçut à l'occasion de cette maladresse le dégoûta pour toujours des beaux-arts et le décida à se livrer aux lettres. C'était dans l'atelier de son oncle que Lucien fit cette tentative malheureuse. La pratique des arts se conservait dans les mêmes familles; mais il est souvent difficile d'en établir

1. Pline remarque comme une curiosité, les chaussures sans courroies de la statue de Cornélie. Fénelon [VEduc. des filles, ch. X) admire u la simplicité d'habits ai noble et si gracieuse qui paraît dans les statues qui nous restent des femmes grecques et romaines et qui serait si convenable aux moeurs chrétiennes ». Des peiDlures et statues très antiques découvertes en Crète (1900) montrent des costumes

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