‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 44 sur 424 · I. — LA SCULPTURE GRECQUE AVANT PHIDIAS · texte numérisé non relu

I. — LA SCULPTURE GRECQUE AVANT PHIDIAS

L'art grec sort de la religion et de l'idée de la mort. — La sculpture précède la peinture : pourquoi. — En

1. Les Grecs semblent avoir eu grand soin de leurs œuvres d'art. Le Jupiter d'Olympie était encore au temps de Pausanias (ii« siècle après J.-C' régulièrement frotté d'huile, pour que le climat humide du pays n'altérnr pas l'ivoire. A Athènes , où le climat était au contraire très sec, on sa servait d'eau pour l'entretien de la statue chryséléphantine de Pallas.

2. Collifroon, Histoire de lasculpture grecque, l*'\ol.; Archéologie grecque.

SCULPTURE PRIMITIVE 6t

Grèce, comme dans la plupart, pour ne pas dire toutes les civilisations, les arts sont sortis de la religion et du respect mystérieux qui s'attachait à l'idée de la mort. Avec ies temples et les statues des dieux, ce sont les monuments funéraires qui apparaissent les premiers.

Nous constaterons aussi en Grèce la vérification d'une loi à peu près générale : c'est que la sculpture précède dans son développement la peinture, quoiqu'il semble plus difficile de tailler le marbre que d'étendre des couleurs sur une surface plane *. Gela s'explique cependant. En effet le sculpteur représente l'objet lui-même, tandis que le peintre a beaucoup plus à interpréter et doit penser non seulement à la forme, mais à la couleur, aux ombres, à la perspective^. Aussi lorsque le sculpteur se borne, comme il arrive souvent, à faire un modèle en terre, les praticiens fort habiles qui taillent le marbre d'après ce modèle seraient la plupart du temps incapables de le copier dans un dessin même très simple. On peut constater dans les essais informes des enfants une progression analogue.

Frimes primitives de la sculpture grecque. — 1° Sculptaye sur bois (xoana). — Les premiers essais de la sculpture furent des images grossières de dieux découpées dans une planche de bois. Puis on essaya de sculpter quelque relief dans l'épaisseur de la planche. « L'enfance de l'art, on l'a bien dit, ressemble à l'art de l'enfance. » Il ne nous reste rien de ces xoana, mais on a retrouvé récemment à Délos un exvoto de marbre qui en est limitation évidente. Les monuments d'un art plus avancé ne firent pas oublier ces xoana, pas plus que les simulacres plus grossiers encore, tronc d'arbre à peine dégrossi, pierre tombée du ciel, qui avaient primitivement représenté la Divinité. Les statues acrolithes surent

1. Pline remarque lui-môme (xxxv, 6) qu'il n'y a dans Homère aucun past-agL" qui puisse s'appliquer à aucun objet de lart de peindre, tandis que 1« glyptique paraît déjà fort développée.

2. C'est ainsi que les anciennes peintures et les anciens bas-reliefs douoent des yeux de face à des personnages de profil. {Cf. Art égyptien, p. 15.)

concilier les conditions de l'art avec le lespect inspiré par ces antiques idoles. On ajustait au xoanon une tète, des pieds et des mains de marbre, portés sur une sorte de carcasse bien proportionnée, le xoanon restant caché sous les vêtements. 2° Sculpture céramique et métallique. — Période insulaire Crète {Dédale ?), Chio, Samos, Egine. — Travail au repoussé ; la soudure ; la fonte. — Premières statues de pierre. — Après la sculpture sur bois, avant la sculpture du marbre, parurent la sculpture céramique (plaques estampées, figures moulées) et la sculpture métallique. C'est dans les îles de la Grèce qui étaient plus facilement en relation avec l'Orient, en Crète surtout, où s'était constitué sous Minos le plus puissant des anciens Etats de la race hellénique, que la sculpture fit ses premiers progrès. Le légendaire Dédale, qu'on fait contemporain de Minos, passait pour avoir donné la vie à ses statues, c'està-dire probablement pour leur avoir donné le premier les apparences de la vie, en détachant les bras du corps , en donnant à leurs jambes séparées l'attitude de la marche'. Les premières statues de métal furent faites au moyen de plaques repoussées au marteau 2, procédé qui put prendre une grande extension lorsque Glaucus de Chio eut inventé la soudure. Dans le courant du vu» siècle, Rhxcus de Samos coula, pour la première fois en pays grec, des statues de bronze. Ses fils Théodore et Téléclès héritèrent de son talent, et l'école de Samos eut une telle réputation que les rois d'Orient mêmes recherchèrent les œuvres qui en sortaient. C'est à Samos que Crésus commanda le fameux cratère d'or qu'on vit plus tard à la cour de Perse, et peut-être le lion également d'or qu'il envoya îi Delphes. Un contemporain de Rhaecus, Mêlas de Chio. tailla, dit-on, pour la première fois le marbre, exemple suivi par ses descendants ou successeurs dont le plus célèbre est Boupalos (vers 540). Il y avait aussi des écoles ou des familles d'artistes à Chypre, Naxos, Thasos, à Egine, où brilla surtout Smilis. Mais la Crète tient le premier rang avec les Dédalides, descendants de Dédale ou gardiens de sa tradition.

1. Comparer Plndare, Olympiques, VII, 95. Signalons les importantes fouiUei de M. A. Evans en Crète, 1900 (Palais de Minos; le Labyrinthe [?]).

2. Ce procédé, négligé sinon abandonné, a repris laveur de notre temps : le Vercingétorix d'Aimé Millut, à Alé«ia, la Liberté de Bartholdi, à New-York.

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