ECOLE DE SIGYONE. — POLYCHROMIE
Fondation de l'école de Sicyone, par les Cretois Dipoinos et Scyliis, — Les sculpteurs ioniens contemporains. — L'établissement des deux sculpteurs crétois Dipoinos et Scyliis à Sicyone, vers 566 av. J.-C, marque une date décisive dans l'histoire de l'art grec. La supériorité de la Crète sur la Grèce propre était telle que les anciens Grecs ont rapporté à ce fait l'origine de leur sculpture. Du moins c'est àDipoinos et à Scyliis qu'il faut attril)uer la véritable fondation des écoles doriennes. Les Doriens, qui avaient Apollon pour dieu national, les Doriens, qu'il ne faudrait pas juger d'après les seuls Spartiates, précédèrent dans les arts les Ioniens, qui devaient plus tard les atteindre et les dépasser.
Il nous reste des œuvres de cette époque reculée : Artémis ailée de Délos, oeuvre signée des deux Chiotes Mikkiades et Archerinos, fils de Mêlas, peut-être la plus ancienne (vii^s.); métopes de Sélimonte (vi« s.); Apollons dOrchomène et de Ténéa; bas-reliefs de Thasos et d'Assos, de Xanthos en Lycie [les Harpies); statues des Branchides à Didyme, oeuvre ionienne; statues archaïques de FAcropole d'Athènes, qui donnent dès ce temps à l'école attique une importance bien supérieure à ce qu'on avait cru jusqu'ici. Mais rien ne nous a autant appris sur cet art primitif que les fouilles de M. Homolle à Delphes *. Elles ont mis au jour, entre autres, V Apollon colossal d Argos datant environ de 560, le Sphynx de Xaxos (480), le Trésor des Athéniens dont les sculptures étalent avec une vanité naïve une science réelle dans les recherches d'une anatomie exagérée (vers 490), enfin le Trésor de Vile de Siphnos (510), dont la Gigantomachie rappelle par sa complication et ses personnages superposés les bas-reliefs de l'école d'Alexandrie ou de la renaissance florentine , analogie curieuse entre un art qui débute et un art très avancé qui subtilise.
1. Le temple d'Apollon, achevé vers 495 avec les subeides du roi d'Egypte Amasis (495), fut reconstruit par Spintharos (370).
Polychromie. — Statues d'athlètes. — La polychromie (la chose est certaine aujourd'hui) était alors en usage dans la sculpture, comme dans l'architecture. Dût-on le regretter, elle persista même aux époques classiques pour des œuvres qui nous semblent n'avoir eu qu'à perdre à ce surcroît d'ornement. C'est pour cela que dans les statues de pierre, la pruurlle, devant être peinte, n'était pas gravée au ciseau*. M. Gérome, dans sa statue de Tanagra, dans son groupe de Pygmalion et Galathée, nous a montré comment on pouvait colorer le marbre sans lui faire perdre son caractère. D'ailleurs la polychromie en Grèce n'a pas été toujours pratiquée de la même manière. On peut constater deux lois générales dans la méthode qui présida à son application : 1» la coloration est en raison inverse dr relief; 2° la polychromie tend à diminuer d'importance ? mesure que la civilisation se raffine. Elle est moins frét^aente au temps d'Alexandre qu'au temps de Périclès. Mais /l'oublions pas que l'art grec était un art populaire. Or, il suffit d'entrer dans nos églises ou dans nos magasins d objets de piété pour constater que la polychromie est loin d'être abandonnée : les statues peintes remportent peut-être par le nombre sur celles qui ne le sont pas. Mais de notre temps il est rare qu'une statue vraiment artistique soit coloriée. — C'est dans la LIXe olympiade (544) que, pour la première fois, l'athlète vainqueur obtint l'honneur d'une statue. Ce fait montrait les progrès et les tendances nouvelles de l'art. Les jeux olympiques développèrent aussi un autre genre de sculpture. Gélon se fit représenter avec son quacirige. Une femme, Cynisca, consacra à Jupiter Olympien des chevaux de bronze ^.
Progrès de la sculpture chez les Doriens : école argivo-sicyonienne. — Kanakhos. — L'Apollon de
1. Dans les statues de bronze l'oeil, resté d'abord vide, était rempli par de l'émail et des métaux diTcrs. (Cf. Art égyptien, p. 10,). — Sculpture polychrome en Espagne : Le Saint François d'Assise et la Tête de Christ à larmes de verre d'Al. Cano. — Hittorf soutint le premier, au grand scandale des artistes et de» archéologues, que les Grecs coloriaient leurs édifices. [Etude des temples de Sicile, 1823. — N"« éd. 1870.) V. aussi la restitution des Temples de Métaponte et d* fancienne acropole d'Athènes, par Ch. Normand.