I. - L'ART GREC AU IV« SIÈCLE
Modification de l'art grec sous l'action de la philosophie et des mœurs : Socrate, Platon, Aristote. —
Les luîtes acharnées qui déchirèrent la Grèce pendant la guerre du Péloponèse n'y avaient pas arrêté la pratique des >rts, pas plus que celle des lettres. Il suffjl i\o rappeler que rÉrechthéion fut élevée par Athènes après les désastres de l'expédition de Sicile A la fin du v^ siècle, une transformation progressive s'est faite dans l'esprit grec,
LA PHILOSOPHIB. — SOGRATE, PLATON, ARISTOTE 113
et elle se résume dans Socrate. La philosophie devient surtout psychologique et s'occupe de l'homme plus que du monde, « elle descend du ciel gur la terre » Socrate, qui domine la philosophie, a Hussi sa place nécessairedans l'histoire de l'art comme de la littérature. C'est, pour la Grèce, un second Homère.
Platon donne à l'idée du beau dans sa philosophie unf place prépondérante et crée vraiment ce qu'on ai)pellera plus tard l'esthétique. 11 met en pleine lumière les trois princij)es qui ne cesseront plus d'occuper les penseurs :
1° les beaux-arts procèdent de l'imitation ; 2® cependant ils ne sont rien sans une inspiration supérieure, et ils tendent plus haut qu'à reproduire la simple réalité; 3° les beaux-arts ont une grande action sur les âmes, par conséquent sur les mœurs, et méritent à ce titre l'attention sérieuse des hommes d'Etat. On sait comment Platon exigeait sur ce point l'intervention active et rigoureuse des pouvoirs publics*. xVristote, qu'on oppose trop souvent à Platon, est en somme d'accord avec lui sur ces divers points : Platon est moins idéaliste, et Aristote moins réaliste qu'on ne l'a communément dit.
Sous l'influence de Socrate et de son école, accélérant la tendance naturelle de la civilisation, les sentiments deviennent plus variés et plus délicats. On se plaît à pénétrer davantage dans l'analyse des états de l'âme; on
Pig. «0. — Platon.
1. E. Eggci, Histoire de la critique chez les Grecs '^' ôd., p. 16'». Voyei \u%6\ dans les Notions de pédagogie de M. Jcly, le chapitre siti- l'Ëducatioa Mtbétique.
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étudie les dispositions individuelles, les situations exceptionnelles. Cette tendance se montre déjà dans Euripide. Dans Aristote lui-même on retrouve ce goût des analyses morales, et son élève Théophraste écrit les Caractères. La nouvelle comédie, avec Ménandre, abandonne les éclatantes fantaisies d'Aristoj)hane, pour s'occuper de la peinture des caractères et du jeu des passions.
L'inspiration est la même dans les arts.
SCULPTURE
Caractère des nouvelles écoles : îe portrait. — L'art obéit de tout point aux mêmes influences.
Il recherche le mouvement, la passion, l'analyse individuelle et la précision du détail réel. Jusque-là les sculptures avaient été rarement des portraits. Mais à partir (lu V® siècle les portraits se multiplient. Il suffit de rappeler les chefs-d'œuvre tels que les statues d"Euripide (Rome), de Démosthène (Rome, Louvre), le Ménandre assis (Capitole), qui fait un contraste si instinctif avec le Sophocle debout si magnifiquement drapé du musée de Latran; l'Eschine (à Naples), l' Aristote ou plutôt l'Aristippe (voir Helbig, II, p. 179), qu'on admire au palais Spada à Rome. Les œuvres d'une signification plus générale ne sont pas pour cela abandonnées. Socrate avait été sculpteur, avant de consacrer sa vie au perfectionnement moral de ses concitoyens, et l'on a la copie, sinon l'original, de son groupe des Trois Grâces. Il aimait à causer avec les sculp«
Fig. 61. — Sophocle, (Musée de Latran.)