LA SCULPTURE APRÈS PHIDIAS
leurs et I-s f>eintres, comme en témoigne Xénophon; et son disciple Platon, qui avait d'ailleurs cultivé la peinture, est avant tout le philosophe du beau. Aussi 1 influence de cette philosophie ne pouvait être une cause de décadence pour l'art. Sans doute, tandis que Pallas, Junon, Jupiter, eont les types préférés du temps de Périclès et de Phi-
Fig. 62. — Ménandre. (Musée du Capitole.)
iias, dans la période suivante c'est Vénus, Apollon et Bacchus qui occupent surtout le ciseau ou le pinceau des artistes. Mais il faut être bien exclusif ou bien pédant pour découvrir une trace quelconque de décadence dans la Vénus de Milo^ et dans la Victoire de Samothrace^. Ces
1. « La Vénus trouvée en 1820 à Milo, dans une véritable cachette, fut payée 550 francs et n-vint, par suite de circonstauces imprévues, au prix de «.OOOirancs. « ,8. Reinagh, Gazette des beaiix-arts, !"• mai 1890.)
2. Consacrée sans doute dans le célèbre sanctuaire des Cabires par Démérius Poliorcète, pour sa victoire navale sur Ptolémée, remportée en face d«
'^alamine de Chypre, en .305.
deux œuvres, qui méritent une égale admiration, nous donnent une idée de l'école de Scopas, qui appartient cependant à la génération précédente.
Scopas et ses contemporains. Le Mausolée. — Prédominance de l'art grec dans l'Asie méditerranéenne. — Scopas de Paros brilla de 396 à 350. Il paraît avoir surtout traité des sujets religieux. Le Vatican possède la copie de son Apollon Musagète, où le dieu est représenté dans une longue robe flottante, jouant de la lyre et semblant entraîner à sa suite le chœur des Muses. Il fut un des artistes qui sculptèrent des bases de colonnes à Éphèse, peut-être celle du Musée Britannique. On a d'ailleurs de lui des œuvres authentiques, car on voit dans la même collection des fragments du Mausolée d'Halicarnasse.
Artémise II, reine de Carie, inconsolable de la mort de sofi époux Mausole, mort en 353, avait résolu de lui élever le tombeau le plus magnifique qu'on eût encore vu. Elle fit appel aux plus célèbres artistes de la Grèce, entre autres à Scopas, à Léocharès, à Bijaxis, à Timothéos, à Pythies; Pythios, aidé de Satyres, fut également l'archilecte du monument. Le Mausolée servit de type à la plupart des tombeaux somptueux qui suivirent, et, de nom propre, eut l'honneur de devenir un nom commun. Il se composait d'un soubassement élevé, supportant des colonnes doriques qui elles-mêmes supportaient une pyramide de vingt-quatre degrés, couronnée par un quadrige colossal, avec les statues de Mausole et d'Arlémise. L'édifice avait 19°», 45 et 12™, 35 de côtés, avec une hauteur de 43", 20. Il était encore intact au xii^ siècle, lorsqu'il fut détruit en partie par un tremblement de terre. A partir du xive siècle, il servit de carrière aux chevaliers de Rhodes, qui possédaient encore cette partie de la côte de l'Asie Mineure et furent tout heureux de reticontrer des matériaux solides, beaux tout taillés et tout transportés, dans le voisinage de la torteresse qu'ils élevaient à Boudroun. Aussi une partie des bas-reliefs du Mausolée s'est retrouvée encastrée dans les murs du château. Scopas a sans doute dirigé tout le travail
SCOPAS, PYTHIOS
LE MAUSOLEE
^-fe^.^
Fig. 63. — La Victoire de Samothrace (Louvre).
des autres sculpteurs ; il travailla vraisemblablement lui-même aux statues principales d'Artémise et de Mausole*.
L'art grec domine dans toute l'Asie méditerranéenne. A cette époque appartient le tombeau d'Harpagos, général
de Gyrus le Jeune, découvert à Xanthos (Lycie), ainsi que le sarcophage en marbre de Paros trouvé à Sidon, œuvre admirable qui présente, dit M. Th. Reinach, une analogie saisissante avec les tombeaux si justement admirés du ,^éramique d'Athènes.
On attribuait à Scopas dès l'antiquité le célèbre groupe des Niobides, dont on voit la répétition à Florence , œuvre qui ne comj)renait pas moins de dix-sept ligures et qui donnait à la sculpture un pathétique qu'elle n'avait pas connu. D'autres l'attribuaient à un sculpteur un peu plus jeune, Praxitèle.
Praxitèle et ses contemporains. — Praxitèle semblait, mieux que Phidias, caractériser particulièrement l'école
1. Voir lieruier. Tombeau de Muusoie, envol de Home. Voir au Louvre una «tatue du mausolée (fouilles de M. Breuvery, 1829). Timothéos fit toutes le» maquettes (tÛttoi) des se. de l'Asclépieion d'Epidaure, Thrasymède, la statu* ^bryséléphantine du Dieu (Cavvadias, Fouilles d'Epidaure, Âthèuss, 1894.)
Fig. 64.
PRAXITÈLE ET SES GO.N TEiMPORAIN S 119
attique. Il était fils de Céphisodote^ l'Ancien, dont les œuvres marquent la transition entre Phidias et l'école nouvelle. Ce Géphisodote était l'élève et peut-être le fils d'Alcamène. Praxitèle eut lui-même pour fils deux sculpteurs célèbres, Céphisodote le Jeune^ et Timarque. Praxitèle, à la différence de Polyclète et de Phidias, vise plutôt à l'élégance qu'à la force . Il aime la délicatesse ; mais cette délicatesse ne tombe pas dans l'afféterie et n'enlève rien à la fermeté et à la sûreté de son ciseau. Son œuvre la plus célèbre était la Vénus de Cnlde, qui a fait dire que l'Olympe était privé de la déesse depuis que Praxitèle l'avait fait descendre sur la terre. La Vénus du Capitale, la Vénus de Médicis, en dérivent, mais n'en sont pas Fig. 65. - Apollon Sauroctonc.
des imitations directes. L'ad- (Louvre.)
mirable tête de bronze du musée de Berlin a plus de puissance et de grâce; elle peut mieux nous donner une idée de ce que devait être celle de la déesse telle que l'avait représentée le sculpteur athénien. Son type de faune, souvent reproduit, nous plaît mieux que son Apollon Sau^ roctone, également connu par de nombreuses répétitions, et qui nous paraît trop vanté. D'ailleurs le musée d'Athènes possède une œuvre authentique du célèbre artiste, dans le groupe à' Hermès et Bacchus découvert à Olympie le 8 mai 1877 ^. Ce groupe lui-même ne permet pas de le
1. Le groupe de Munich Leucothèe et Bacchus, mieux appelé Eirénè et Ploutos (la Paix et la Richesse), est une copie de ce Céphisodote.
2. On peut attribuer à Céphisodote le Jeune la statue de Ménandre rappelée plus haut, qui provient du théâtre d'Athènes ; le groupe des Lutteurs de la salle de la Tribune aux Offices de Florence est sans doute une répétition,, sinon l'original, du célèbre Symplegma de ce sculpteur
3. Le Déméter de Cnide, qu'on lui attribue, rappelle Scopas par son caractère d« grandeur et la beauté des draperies. Musée britannique.
mettre aussi haut que Scopas. Un contemporain, soît Dédale de Sicyone, soit Dédale de Bithynie^ créait le type de la Vénuse accroupie (Vatican, Louvre) ^ Damophon de Messène travaillait au sanctuaire de Lycosura.
Les monuments patriotiques. — Mais les monuments inspirés par le patriotisme ne manquent pas non plus a cette période.
En 404, les Spartiates vouèrent à Delphes, en souvenir de leur victoire d'^gos-Potamos, 38 statues de bronze, parmi lesquelles Neptune couronnant Lysandre. Les Tégéates rappelaient en 368 par un groupe semblable une victoire remportée sur les Spartiates. Un lion colossal fut sculpté à Cnide en l'honneur de la victoire de Conon (394). Un autre lion marque la place où les 300 soldats du bataillon sacré de Thèbes étaient tombés jusqu'au dernier sans quitter leur poste, sur le champ de bataille de Chéronée (338). On n'avait pas gravé leurs noms sur la pierre, parce que la fortune les avait trahis ; mais on l'avait surmontée d'un lion , en souvenir de leur courage.
Nouvelle école argivo-sicyonienne. — Lysippe et ses contemporains. Charés. — A cette date la sculpture grecque se confond avec l'école athénienne. Dans la génération suivante une nouvelle école argivo-sicyonienne se forme avec Euphranor et surtout Lysippe. Lysippe recherche les formes élancées et donne à ses personnages des têtes plus petites. Cependant il aime les formes robustes et se plaît à reproduire les hommes dans la force de l'âge. Son « canon », qui succéda à celui de Polyclète, nous est connu par la copie en marbre de son célèbre Apoxyomenos^ de bronze. La plupart des œuvres originales de Lysippe étaient en bronze, c'est ce qui permet de com-
1. La Vénus accroupie faite au xvii* siècle par Coysevox à lirnîtatiou de celle du Capitole est des plus intéressantes à étudier pour comprendre comment une école affirme avec succès ses caractères, tout en suivant un modèle ancien. Dea fouilles intéressantes ont été faites à Lycosura (1889-1890).
2. Un athlète raclant avec un sirigile l'huile et le sable dont il s'était enduit poav la lutte. Lysippe avait commencé par être un simple forgeron.