I. - CARACTÈRE GÉNÉRAL DE UART ROMAIN
L'art romain, malgré ce qu'il doit à l'Étrurie et à la Grèce, est original. — L'art romain, qui avait déjà été à l'école des Etrusques, n'atteignit son complet développement que lorsqu'il eut profité des modèles grecs. Mais il n'avait pas eu besoin de la Grèce pour naître. Sans doute l'art romain par excellence, c'est le gouvernement, c'està-dire la politique, l'administration, la guerre. « Souviens-toi, Romain, lui dit le poète, que tu es fait pour commander aux nations, épargner les soumis et dompter les superbes. » Mais le peuple romain, sublimis et acer, tendait naturellemeni au grand en toute chose, et i) ^tait
'loue d'une volonté dont la persévérance et l'énergie n'ont jamais été dépassées. Il fit la conquête de l'art comme il aurait fait celle dune nouvelle région. Sans doute la Grèce vint lui donner une impulsion décisive. Mais si, au point
I Hoche Tarpéienne. — niailelle. — Tabularium (Archives). — Capilole et temple de /apiler — II. Rasiliqne .Iulia. —Arc d'Anfltu£t;e. — Temples d« Satarae. Japiter !•>n»Bl. Coiii-onle. Foi. - Prison.
Fig. 87. — Le Forum romain, vu de l'est à l'ouest.
I. Temple du divin Jules. — Rostres. — Arcs de Janus. — Arc de Fabius l'AIIobrogique (120 av. J.-C). — Basilique .lEtnilia (33 av. J.-C), — II. Extrémité du Palatin — Temple et bois de Vesta. — Tribunal du préteur. — Voie Sacrée. — Curia Julia (47 av. J.-C).
de vue intellectuel, la Grèce captive s'empara de son farouche vainqueur, elle ne le réduisit pas en esclavage. Dans la sculpture même, Rome garda ou imposa aux artistes étrangers qui travaillèrent pour elle des formes et des caractères particuliers. La sculpture romaine est au moins comme une nouvelle école de l'art grec; quant à
son architecture, elle était déjà si bien constituée « qu'elle ^arda, comme le dit M. S. Reinach, son originalité propre et son génie tout différent du génie grec ».
Caractères de l'architecture romaine. — L'arcade. — La voûte. — La coupole sur plan circulaire. — Au point de vue architectonique, tandis que les Grecs emploient surtout l'architrave supportée par des colonnes, l'architecture romaine a pour éléments principaux l'arc et la voûte. Elle développe et varie singulièrement l'indication que l'Etrurie lui a donnée sur ce point. Toutes ses constructions voûtées se ramènent à l'arc de cercle, au plein cintre; mais elle a connu non seulement la voûte en berceau, mais la voûte d'arête, la voûte en arc de cloître, la coupole hémisphérique sur plan circulaire. Le Panthéon d'Agrippa a même donné le plus bel exemple peut-être de ce genre de coupole. La forme circulaire et demi-circulaire a été très souvent pratiquée par les architectes romains.
Au point de vue esthétique, la Grèce cherche avant tout l'harmonie des proportions et la perfection de l'œuvre; Rome veut la grandeur réelle et la puissance de l'effet La Grèce veut surtout produire l'impression du charme et de la beauté pure; Rome veut surtout étonner et dominer. Elle n'a jamais été dépassée dans les grands travaux d'utilité publique, parce que, malgré son esprit pratique, même dans ses aqueducs, ses ponts, etc., elle ne se désintéresse jamais de l'art et veut réunir le beau à l'utile.
Le système architectural des Romains avait aussi l'avantage de laisser à l'architecte une liberté indéfinie poui varier ses plans. Le système de la plate-bande impose le plan rectangulaire, et l'espace resté libre entre les supports est nécessairement limité. Les architectes romains peuvent, au contraire , répondre aux exigences des programmes les plus compliqués , et ils le font avec une admirable aisance, a Suivant les nécessités des services à pourvoir,
dit M. Martha, ils savent enchevêtrer une multitude de salles, et des superficies de hauteur et de niveau différents. » Ils montrent une habileté rare pour approprier un terrain à une construction déterminée, et surtout pour approprier cette construction à l'usage auquel on la destine. Ils ne perdent rien. « Ils utilisent tous les vides pour la convenance, en y distribuant les petits services ; pour la solidité, en les couvrant par de petits arcs qui, adossés aux grandes voûtes, leur servent de contreforts. » (Gh. Blanc.)
L'art romain est aristocratique. — Statues honorifiques. — Un autre caractère de l'art romain, et par lequel il diffère également de l'art grec, surtout de l'art athénien, c'est d'être aristocratique. Même lorsque l'égalité civile et politique semblait régner complètement dans la constitution et les lois, le peuple romain, qui avait été bouleversé par tant de révolutions et qui avait vu exiler ou massacrer tant de grands personnages, n'en conservait pas moins un respect naturel pour les grandes familles et les vieilles institutions ^ Partout où il y a une aristocratie puissante, le portrait est en honneur. Il le fut à Rome, comme il devait l'être à Venise et en Angleterre.
Sans parler du jus imaginum qui en faisait d'ailleurs une sorte d'obligation, le nombre des statues honorifiques de l'Italie était tel dès le ii» siècle avant J.-C, que la Grèce de la décadence fut dépassée sur ce point. Caton, dans un discours qu'il prononça pendant sa censure, témoigne officiellement son indignation à ce sujet. Il s'irrite surtout de ce qu'on ait élevé dans les provinces des statues même à des femmes romaines 2.
En 157 avant J.-C, les censeurs firent enlever du forum, qui en était encombré, toutes les statues de magistrats qui s'y trouvaient, excepté celles qui avaient été élevées en vertu d'un