‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 270 sur 704 · DU LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

DU LIVRE SIXIÈME

Toutes les nations, quels qu’aient été leur degré de barbarie et l’obscurité de leur origine, ont toujours fixé leur prédilection sur les sages et les puissants dans l’art de persuader, sur les hommes éminents par leurs vertus morales, sur les gens remarquables par leur adresse et leur bravoure dans les exercices du corps, et plus encore s’ils appartenaient à la génération présente. On voit de cela tant d’exemples chez les Grecs, les Latins, les Espagnols, les Français et les Italiens, que les livres en sont partout remplis. Cette même chose se pratiquait dans cette nation indienne, surtout parmi les Mexicains, chez lesquels les rhéteurs doctes, vertueux et de valeur étaient grandement estimés. C’était parmi eux qu’on choisissait les pontifes, qu’on élisait les seigneurs, les administrateurs et les capitaines, quelle que fût l’humilité de leur naissance. Ces élus administraient la chose pu-

HISTOIRE DES CHOSES

liliquc, commandaient les armées et présidaient au service des temples Iis furent certainement- éminents en toutes ces choses, très dévots à leurs divinüés, très zélés dans radministralion publique et d’une urbanité exquise entre eux. Ils furent cruels pour leurs ennemis, bumains et sévères pour leurs concitoyens. Je crois que ce fut à cause de ces vertus qu’ils arrivèrent à la domination, bien qu’elle ait été de courte durée. Maintenant, ils ont tout perdu, ainsi que le verra clairement celui qui comparera le contenu de ce livre avec la vie qu’ils mènent à l’heure présente. Je n’ai pas besoin d’en dire la cause, tant elle est manifeste. Ce livre mettra clairement en lumière que, en affirmant que tout ce qui est écrit dans les chapitres précédents et dans ceux qui suivent n’est que fiction et mensonge, les critiques ont parlé le langage de la passion et se sont tenus à côté de la vérité. Ce qui est écrit dans ce volume, en effet, il n’est pas donné à l’entendement humain de le feindre; aucun contemporain ne pourrait au reste contredire le langage dont il y est fait usage, et je suis convaincu que, si l’on interrogeait tous les Indiens intelligents, ils affirmeraient que c’est bien là le langage de leurs aïeux, comme ce sont aussi véritablement leurs œuvres.

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