‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 318 sur 704 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

COMME OtlOI l’accoucheuse, APRÈS AVOIR FAIT TOUT CE QUE NOUS VENONS RE UIRE, LAVAIT l’enfant; COMMENT ON PRATIQUAIT CETTE ABLUTION,

ET LA PRIÈRE QUE FAISAIT l’aCCOUCHEUSE PENDANT LE LAVARE.

CETTE PRIÈRE ÉTAIT A l’aDRESSE DE LA DÉESSE DE l’eAU QUI S’APPELLE ChalcIliuhtUcue.

Après avoir fait l’opération de l’accouchement, l’accoucheuse coupait^l’ombilic et lavait l’enfant. Pendant que se faisait l’ablution, elle parlait au nouveau-né en ces termes, si c’était un garçon : « Mon fils, approchez-vous de votre mère la déesse de l’eau, appelée Chai-

ch'mhtlicue. lui plaise vous recevoir, vous laver et vous délivrer de la saleté que vous avez reçue de votre père et de votre mère. Qu’il lui plaise aussi de délivrer votre cœur et le rendre bon et sans tache; qu’il lui plaise encore vous donner de bonnes habitudes. » L’accoucheuse adressait ensuite la parole à l’eau en disant ; « Notre dame miséricordieuse Chalchiuhtlicue, votre serviteur ici présent est venu dans ce monde où l’ont envoyé nos père et mère Orne teeutli el Orne ciuatl, qui résident au neuvième ciel. Nous ignorons quels sont les dons qu’il apporte, nous ne savons pas ce qui lui a été attribué avant le commencement du monde, ni quel est le sort dont il vient enveloppé. Nous ignorons si ce sort est bon ou adverse et à quel point il sera poursuivi par la mauvaise fortune. Nous ne savons pas davantage quels vices et quels travers il a hérités de ses père et mère. Le voilà entre vos mains; lavez-le et délivrez-le de ses souillures comme vous savez qu’il convient, car il est confié à votre pouvoir. Purifiez-le des impuretés qu’il a prises sur ses parents; que l’eau emporte les taches et les concrétions et qu’elle le nettoie de toute immondice. Qu’il vous plaise, ô déesse, que son cœur et sa vie soient purifiés, pour qu’il vive en ce monde dans la paix et la sagesse. Que cette eau les délivre de toutes souillures, car cet enfant est mis entre vos mains, à vous, qui êtes la mère et la sœur des dieux, c’est à vous qu’on le confie, parce que vous seule avez été digne de posséder le don de laver toutes les souillures dès avant le commencement du monde. Daignez faire ce que nous vous demandons, maintenant que cet enfant est en votre présence. » Suivent d’autres prières que l’accoucheuse adressait à la déesse de l’eau, en disant : «.Notre-Dame, cet enfant se présente devant vous ; je vous supplie dele recevoir. » Cela étant dit, l’accoucheuse prenait l’eau, soufflait dessus, la donnait à goûter à l’enfant et en mouillait sa poitrine, sa nuque et sa têle comme on a l’habitude de le faire quand on applique les saintes huiles aux nouveau-nés ; elle lui disait en même temps : « Mon fils bien-aimé (ma fille bien-aimée, si c’était une fille), approchez-vous de vos père et mère Chalchiuhtlalonac ‘ et Chalchiuhtlicue. Que la déesse vous prenne, parce que c’est elle qui va vous porter dans ce monde sur ses bras et sur ses épaules. » Et elle plongeait aussitôt l’enfant dans l’eau, en disant : « Entrez, mon fils, entrez dans l’eau qui s’appelle mellalac et tuzpalac; soyez lavé par elle; soyez-le aussi par celui qui est en tous lieux; qu’il daigne éloigner de vous tout le mal que vous apportez avec vous-même dès avant le commencement du monde. Qu’il sorte, qu’il s’éloigne de vous, ce mal qui vous a été

1. C’est-à-dire ; pierre précieuse (chalchiuül) éclatante ou qui jette des feux {tona].

HISTOIRE DES CHOSES

communiqué par vos père et mère. » En achevant de laver l’enfant, l’accoucheuse l’enveloppait en disant ce qui suit ; « 0 pierre précieuse ! ô plume riche! ô émeraude! ô saphir! vous avez été formé aux lieux où le grand dieu et la grande déesse se tiennent placés audessus de tous les deux. Vous fûtes créé par vos père et mère l’homme et la femme célestes, qui s’appellent Orne tecutli et Orna ciuall. Vous êtes venu dans ce monde où régnent sans mesure la chaleur et le froid, les vents, la faim, la soif, la fatigue et les pleurs. Nous ne pouvons dire, en vérité, que ce soit autre chose qu’un lieu de larmes, de tristesse et de déplaisir. Ce sera donc votre métier ici-bas de pleurer, de verser des larmes, d’être dans la tristesse et de vivre dans la fatigue. Vous voilà arrivé, mon fils; reposez-vous et délassez-vous sur cette terre ; que Notre-Seigneur qui est partout vous y apporte le soulagement à vos maux et qu’il vous y pourvoie du nécessaire. » L’accoucheuse prononçait ces paroles comme en priant à voix basse, et, aussitôt après, elle élevait la voix, appelait l’accouchée et lui parlait en ces termes.

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