CHAPITRE XIII
COMME QUOI l’on COMMENÇAIT LE BANQUET OU LA FÊTE ET DE CE QUI S’y PASSAIT.
La première chose dont s’occupait l’auteur de la fête, c’était de donner l’ordre de faire beaucoup de tamcdli dans sa maison et il signalait la grosseur qu’ils devaient avoir. Il s’entendait aussi avec ceux qui en fabriquaient dans les villages environnants pour qu’ils on apportassent chez lui avec des poules pour ce même jour. S’étant pourvu de tout le nécessaire, il faisait prévenir les douze villages pour qu’ils sussent quel était le jour du banquet. Il donnait ses soins tout d’abord à revêtir d’ornements les esclaves qui devaient mourir, hommes et femmes, chacun selon son sexe. Il leur mettait des oreillons en cuir avec leurs breloques et des mentonnières
recourbées, avec des papiers appelés amapatlachtli* et des quelzalli, que Ton rattachait aux oreillons au moyen de flls teints en rouge. On leur plaçait aux cous-de-pied de petits escargots de mer rattachés en breloques à des peaux de tigres qui montaient en guêtres jusqu’aux genoux. Ils portaient, pendant de leurs tempes, un cuir jaune surmonté de bandelettes faites d’or et de turquoises interposées. De l’extrémité de ce cuir sc détachaient des cailloutages rouges alternant avec des pierres miroitantes et des mèches de cheveux. Les esclaves étant ainsi parés, on les faisait danser dans un areyto sans fin, portant des colliers et des guirlandes de fleurs. Ils avaient aussi des rondaches fleuries et des roseaux parfumés qu’ils fumaient et sentaient tour à tour. On couvrait aussi d’ornements les femmes dont les cheveux étaient tordus et attachés avec des fils mous de coton de différentes couleurs, entremêlés de plumes blanches. Tandis qu’ils étaient tous revêtus de ces ornements, vers minuit, on les plaçait sur leur estrade avec des sièges et des nattes, au seuil même de la porte d’entrée, pour que les invités pussent bien les voir, et on leur distribuait des mets et des boissons en leur témoignant beaucoup d’égards. Ceci rappelle ce que nous avons dit plus haut, qu’on s’évertuait à annoncer la fête au public. On allait et venait dans cette maison en y mangeant et buvant toute la nuit. Après s’être bien repu, bien muni de roseaux à fumer et d’autres dons, on sortait et on s’en retournait chez soi. Les mêmes choses se répétaient le jour suivant qui s’appelait tlaixnextia. On mangeait et buvait encore et l’on recevait des cadeaux de la même façon dans la troisième journée qui s’appelait teieoaltia, parce qu’on ornait les têtes des esclaves qui devaient mourir, de plumes riches de couleurs diverses, tombant comme une chevelui’e. On leur mettait des oreillères en bois, peintes en couleurs variées; on leur mettait aussi aux narines des pendants en pierres noires larges et simulant des papillons. On les revêtait de jaquettes qui tombaient jusqu’aux cuisses, avec des franges en bordure, lesquelles portaient des carrés bariolés de têtes de mort et d’ossements, peints en bleu clair et avec de l’encre noire et rouge. Ces malheureux portaient des ceintures appelées xiuhtlalpilli^. On leur mettait sur les épaules des ailes d’épervier, appelés tlomaiü^, qui adhéraient par leur base à la jaquette et s’y confondaient avec des papiers qui étaient peints de couleurs diverses mêlées de marcassite. Du coude jusqu’en haut du bras droit ils portaient des bracelets appelés matacaxtli. Du côté