CHAPITRE XII
TEOTLECO.
On appelait le douzième mois teolleco , c’est-à-dire l’arrivée des dieux. On célébrait une fête en l’honneur de tous les dieux qu’on disait être partis pour je ne sais quel pays. Au dernier jour du mois, on en faisait une plus grande, parce que les dieux étaient de retour.
Au quinzième jour de ce mois, les jeunes garçons et les serviteurs ornaient de rameaux tous les autels ou oratoires des dieux, tant ceux qui se trouvaient dans les maisons, que les images qu’on entretenait sur les routes et les entrecroisements des chemins. On payait ce travail avec du maïs. Quelques-uns en recevaient un panier plein et d’autres seulement deux ou trois épis.
Le dix-huitième jour, arrivait le dieu toujours jeune, appelé Tlama-
1. Plante parasite qui croît sur les arbres et dont on décorait surtout les temples.
HISTOIRE DES CHOSES
tzincatl, en d’autres termes TitlacauanK On disait que parce qu’il était jeune et fort, il marchait mieux et arrivait le premier. On offrait à manger dans son temple, cette nuit-là. Tout le monde buvait, mangeait et se réjouissait; les vieux et vieilles particulièrement célébraient l’arrivée du dieu en buvant du vin, et tous prétendaient qu’on lui lavait les pieds- par ces réjouissances. Le dernier jour de ce mois était marqué par une grande fête, à cause de la croyance où l’on était que tous les dieux arrivaient en ce moment. Dans la nuit qui précédait, on massait sur un tapis de la farine de maïs figurant un fromage. On disait que les dieux venaient y imprimer leur pied en signe de retour. Le satrape principal veillait toute la nuit, allant et venant, pour voir si l’empreinte paraissait. Quand il l’apercevait enfin, il s’écriait; « Notre maître est arrivé » ; et aussitôt les ministres du temple commençaient à jouer du cor, de la trompette et d’autres Instruments à leur usage. Tout le monde accourait à ce bruit pour offrir à manger dans tous les temples ou oratoires, et on se livrait à la joie, de nouveau, pour laver les pieds des dieux, comme nous avons déjà dit.
On disait, le jour suivant, que les dieux âgés allaient venir les derniers, parce qu’ils marchaient moins vite, à cause de leur âge. Ce jour-là, on avait plusieurs captifs destinés à être brûlés vifs. On préparait un grand brasier; des jeunes hommes déguisés en monstres dansaient tout autour, et c’était en dansant qu’ils lançaient au feu ces tristes victimes, de ta manière que nous avons déjà expliquée. On faisait bien d’autres cérémonies qui seront racontées lors de la description de cette fête.