AVERTISSEMENT
M. ForoeroD, t'éminent historien dePhilippelI, avait préparé les matériaux d'un ouvrage qui devait embrasser l'histoire complète des émigrés. Atteint du mal cruel qui devait l'emporter, l'aateur n'eut que le temps de faire imprimer les deux volumes qui retraçaient le rôle joué par les émigrés sous la République ^ mais il avait l'intention de prolonger son récit jusque sous l'EmfMre, et commençait à recueillir dans ce but des documents et des notes, lorsque la mort vint l'arrêter subitement dans son travail. Ces notes ont été recueillies par un ami, confident habituel des pensées et des projets de M. Forneron ; elles ont été remaniées, revisées, complétées et enfin rédigées de manière à permettre de présenter au public la Bu de la dramatique histoire des émigrés.
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L'empereur Hadrien aimait h contempler le lever du soleil : il gravit même l'Etna de nuit pour devancer sur la montagne l'apparition de la lumière. Si vous avez aussi hanté les hauts sommets, ce spectacle a dâ charmer vos yeux comme ceux du Cësar romain. Vous avez admiré les monts teintés d'azur découpant leurs aiguilles sur le levant dont les rougeurs s'avivaient à l'approche du jour, les cimes blanchissantes dentelant l'horizon ou se perdant au loin dans les vapeurs matinales, les glaci^s'se nuançant d'une couleur de rose et la chaîne neigeuse étincelant de mille feux; puis vous avez suivi les jeux de la lumière glissant le long des rochers, pénétrant dans tous leurs replis, descendant peu à peu aux plateaux inférieurs et poursuivant la brume jusqu'au fond des vallées, comme pour la chasser de son dernier rehige.
En histoire, ItT^érîté aussi a son aurore. Lorsque des révolutions bouleversent les sociétés et surexcitent les passions des hommes, le plein jour ne luit pas tout d'un coup sur les événements. Plud on est proche
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l'eux, et plus mal on les juge. Aux contemporains les >réjugés imposent leurs erreurs. Puis les passions se :alment, les documents paraissent, les discussions s'eo- ;agent, les appréciations se contrôlent; des récits conradictoires une lueur se dégage qui commence par fclairer les plus hautes intelligences et qui grandit et e propage jusqu'à ce qu'elle ait illuminé tous les esprits.
Nous n'en sommes pas là pour tous les incidents de 'histoire contemporaine; mais, grâce aux documents produits pnr M. Tuine, la lumière dissipe lii hrume des égendes, le jour se fait sur lu Révolution, sur l'Empire ;t sur Napoléon.
Dés l'origine, le caractère des hommes de ia Révoution fut pénétré et révélé par Etienne Dumont et par Mallet-Dupan, des étrangers que n'aveuglaient ni l'esprit de parti ni l'amour-propre national.
Plus tard, un autre lihérul, Macaulay, le plus illustre historien de l'Angleterre, n'a pas ménagé davantage les prétendus héros de la Révolution. Le parti jacohin renfermait une (.-lite qui, entre tous ces hommes aussi vils que cruels, se signalait par sa bassesse et par sa cruauté. Macaulay, dans le groupe, a distingué Barrère; il l'a marqué au front de traits ineffuçahles, il a, comme s'il s'en vante, suspendu au gihet cette charogne jacobine. Les étrangers ont donc traité les révolutionnaires beaucoup plus sévèrement que ne les ont jugés quelques-uns dé nos historiens. Le temps n'est pas
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bien loin où il ^tait de mode en France d'honorer la mémoire des Robespierre et des Saint- Just, où l'on chercbaitdu moins à justifier leurs actes : ils n'avaient, disait-on, ni versé plus de sang ni commis plus d'horreurs qu'un certain nombre àe leurs contemporains. Plaisante excuse, en vérité! Dans une société encore à demi barbare, une action blâmable passe-t-elle pour innocente, cette erreur de jugement pourra servir d'excuse à ceux qui se laissent aller à commettre cette action. Au siècle de saint Louis, la torture passait pour un procédé légitime d'instruction judiciaire. Saint Louis ne sera pas traité de méchant homme, parce que, sous son règne, on donnait la question. Mais un crime, un vrai crime devient-il excusable par cela seul qu'on le commet souvent? Les magistrats doivent-ils acquitter les voleurs, parce qu'à Paris toutes les nuits on dévahse des passants?
Une école plus radicale ne s'est pas contentée d'excuser la Terreur-, elle la glorifie en nous la présentant comme un instrument de salut. — Si la France fut sauvée de l'invasion étrangère, ce ne fiit point par la Terreur, mais en dépit de la Terreur. La politique de la Montagne a doublé le péril qu'elle prétendait étoufFer. La guerre avait été heureuse avant l'institution de la dictature jacobine; elle ne cessa pas d'être heureuse après le neuf thermidor. La Terreur ne régnait pas encore lorsque Dumouriez arrêtait les Prussiens dans les défilés de l'Argonue, lorsque
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Bruxelles ouvrait ses portes au vainqueur de Jemmapes. La Terreur avait cessé d'être à l'ordre du jour lorsque nos soldats s'emparèrent de l'Italie et s'établirent à demeure sur les rives du Bhin. D'ailleurs, l'intensité de la Terreur ne se mesura point par l'imminence du danger. Au contraire, les massacres se multiplièrent à mesure que le péril alla s'amoindrissant, et le régime atteignit son paroxysme de fureur lorsque la Convention eut été délivrée de ses ennemis. Dans l'été de 1793, la coalition avait triomphé âur la frontière du Nord, et les départements de l'intérieur repoussaient pour la plupart la domination de Paris. A ce moment la guillotine tranchait par jour de huit ii dix têtes, et les jacobins se contentaient de ce timide holocauste. Quand approcha l'été de 1794, le comité de salut public ne se borna plus à dix têtes, il en voulut soixante dans une matinée. A ce même moment, DOS armées triomphaient sur les rives du Rhin comme sur les bords de la Sambre, les villes révoltées et les départements réFractaires avaient accepté ou subi le joug de la Convention. Mais le dictateur n'usait de sa victoire que pour se montrer plus avide de sang. A Paris, les quatre derniers mois virent immoler beaucoup plus de victimes que les quinze autres mois qui avaient précédé. Et cependant, comparés à leurs collègues de province, les bourreaux de Paris n'étaient que des novices. Les premiers avaient su découvrir des procédés de destruction bien autrement rapides. Les noyades
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de Nantes, les boucheries d'Orange, les mitraillades des Brotteaux rejetèrent dans l'ombre la guillotine de Paris.
Bourreaux de province ou bourreaux de Paris, ta France ne leur a dû ni son salut ni la victoire. La victoire ne fut pas due davantage à l'envoi de ces proconsub dont la présence dans les camps fut marquée par autant de bévues que de crimes. Les conventionnels n'apportèrent aux armées que des ferments d'indiscipline; leurs absurdes projets n'enfantèrent que des revers. Et le comité de salut public? — Le comité brisa l'épée de Hoche triomphant. — Et la légende de Saînt- Just? — La journée de Pleurua ne fiit rendue possible que parce que Jourdan, au risque de sa tête, refusa obstinément de scinder son armée. — La France fut sauvée par les lenteurs de la coalition, par l'énergie de nos soldats. Et elle n'a pas à regretter cette légende qui présentait la Terreur comme l'instrument du salut ; car, pour être logique, il eût fallu prétendre que dans l'àme des Marceau et des La Tour d'Auvergne la bra- 7010*6 héroïque était née de la peur.
Le célèbre historien de la Révolution et de l'Empire □'est pas allé, comme les sophistes de l'école radicale, jusqu'à la gloriScatioo du crime; mais en considérant les situations comme supérieures aux hommes, et en montrant ceux-ci obéissant à la fetalité, il a dissimulé plus d'un forfait sous la grandeur du résultat et diminué, souvent même effocé, les responsabilités pour les
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pires criminels. « Pour In première fois, dit Sainte- Beuve, nous nous voyons transportes avec M. Tfaiers sur celte terrible Montagne qui ne nous avait apparu qu'à distance, environnée de tonnerre et d'cclairs; nous en montons tous les degrés, nous l'explorons comme un volcan éteint... Nous comprenons qu'on a pu voir de là les choses sous un aspect particulier et les juger autrement que d'en bas... Il est bien vrai qu'on sent naître en soi une idée de nécessité qui subjugue. ■
AfFranclii de tous préjugés, M. Taine s'est efforcé de nous affranchir des légendes. L'histoire de la Révolution ayant été faussée, il n'a plus voulu accepter sans contrôle les déclarations de ceux qu'il avait à juger. Les Origines de la France contemporaine sont moins un livre que le procès-verbal d'une enquête. De l'étude poursuivie dans les dossiers de toutes les archives, dans les manuscrits de toutes les bibliothèques, découle une libre appréciation des hommes et des laits, et l'on ne peut qu'être frappé de l'impartiahté avec laquelle le loyal écrivain a distribué les éloges et les châtiments. Nul n'a fait plus nettement ressortir les abus de l'ancien régime, tout en montrant la France faite par le clergé, par la noblesse et par les rois. Nul n'a mieux dévoilé les vices de la Révolution, tout en réservant, comme il convient, l'héroïsme de nos armées. On htâme M. Taine d'avoir précipité de leur piédestal les héros du parti populaire ; il s'est borné à les remetti'e
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à la vraie place qui leur doit être assignée. Du haut de son tribunal, le juge a résumé les débats sans exagération et sans phrases, et les arrêts qu'il a dictés reposent sur de tels témoignages qu'ils délient toute critique et De seront ébranlés par aucune contradiction.
Cependant l'enquête de M. Taine n'a pas éclairci tous les doutes ni donné toutes les solutions. Elle montre la France pillée par ses maîtres d'un jour, mais elle n'expose dans leur détail ni ne résume dans leur ensemble les mesures spoliatrices qui laissèrent lu masse des Français dépouillés et ruinés à la chute du Directoire. Elle effleure sans la trancher la question des biens nationaux, dont la vente précipitée a enrichi non pas, comme l'a prétendu la légende, de pauvres cultivateurs, mais cette portion de la bourgeoisie qui, par avidité, s'est associée à l'œuvre jacobine. Enfin, si elle laisse entrevoir les véritables origines de l'émigration dans ces Jacqueries qui se succèdent à de courts intervalles à partir de 17S9, elle est muette sur la vie de ces Français bannis dont l'existence à l'étranger est demeurée jusqu'à nos jours enveloppée de mystère.
Un autre écrivain a essayé de substituer comme M. Taine la vérité à la légende pour les victimes de hi Itévolution .
Lorsque l'histoire rencontre des oppresseurs et des victimes, d'habitude elle épouse la cause des proscrits. Et cependant le nom de l'émigré éveille, à cent ans de
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istance, les vchos des colères d'autrefois. — C'est émigré, disent les révolutionnaires, qui exaspéra [>tre nivoiution et la poussa violemment hors des îies de la justice. — C'est l'émigré, ajoutent les moîrés, qui créa les malentendus entre la monarchie et
nation. — C'est l'émigré, reprend la foule, qui fut mse de tous nos maux. Âpres les épouvantes de la erreur, après les hontes du Directoire, ta France était imenée vers sa vieille dynastie, l'accord allait, se faire itre le Roi et les Françiiis, lorsque les émigrés qui itouraient les princes effrayèrent le pays par l'opiiâtreté de leurs raucunes et le scandalisèrent par leur ivolité. Au lieu de chercher le salut dans une monarlie tempérée, la nation se jela entre les bras d'un laltre. Pauvre nation I Elle avait accepté les licences e la presse et les excès de la tribune, l'émeute permaente et le joug des bandits : il lui fallut subir la presse ûilloonée et la tribune silencieuse, des donjons plus ïrribles que la vieille Bastille, et des cours plus serties que les vieux parlements; il lui fallut aussi rayer e son programmejusqu'aux derniers vestiges du mot e liberté.
Tout d'abord, le pays s'applaudit de sa nouvelle estinèe. C'était la dictature, mais une dictature qui ouvait son excuse dans l'ordre rétabli, le culte resluré. Puis, le génie du dictateur sembla réaliser les tsions entrevues dans les rêves de son enfance. Jamais ticun César n'avait annexé d'aussi riches territoires à
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son empire, ni rangé sous ses lois un pureil nombre de sujets. Jamais d'aussi nobles dépouilles n'avaient parcouru la voie Sacrée sous les arcs de triomphe et traversé le Forum pour arriver au temple de Jupiter Gapitolin. Mais à la lutte contre les rois avait bientôt succédé la lutte contre les peuples. Le cri parti d'Espagae avait retenti dans les steppes de Russie; lorsque Napoléon y fut conduit par l'entraînement de l'ambition, il suffit que la Providence laissât baisser le thermomètre pour que l'armée du conquérant disparût, pour que ce bruit fût enveloppé dans un silence éternel. Les peuples comprimés relevèrent la tète. Et ce fut l'émigré que, vaincus, nous accusâmes d'avoir fomenté l'insurrection des peuples et suscité contre sa patrie la revanche des nations.
M. Forneron o'a pas accueilli les jugements tout taitsj pas plus que M. Taine, il ne s'est asservi aux préjugés ou aux passions de ses contemporains. Dans la vénération que des hommes même sensés portent à leurs idoles, il entre une bonne part d'enthousiasme et de crédulité; mats M. Forneron n'a pas d'idole, son encens n'a brûlé ni sur l'autel de l'ancien régime, ni sur celui de la Bévolution. Ses libres appréciations sur les choses du passé choqueront seulement deux catégories de lecteurs : les démagogues, pour lesquels la liberté ne peut être assurée que par le triomphe des factieux, et ces amants de servitude qui ne croient pas à l'ordre s'ils ne le voient maintenu par le bras d'un despote.
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Ni les uns ni les autres ne comprendront ua écrivain qui, se souciant fort peu des noms ou des insignes, u flétri les excès et condamné l'injustice partout où il les a rencontrés.
En recherchant le sort des émigrés rentrés dans leur patrie, M. Forneron les a trouvés sous la main de Napoléon comme la nation tout entière. Pour les émigrés, et peu à peu pour le reste des Français, le régime impérial a fini par ressembler singulièrement au régime jacobin : d'un c6té, même oppression, et, de l'autre, même servitude. L'histoire de ces émigrés rentrés et rois en surveillance est tout aussi intéressante que celle des émigrés qui sont restés proscrits; éparse dans t«s mémoires ou les documents des archives, elle était demeurée à peu près inconnue; elle est pourtant le plus dramatique épisode de la vie des Français sous le premier Empire, de cet Empire dont l'histoire intérieure n'est autre chose, à vrai dire, que celle de la police. Si désormais l'on entreprend d'écrire l'histoire de l'Empire, il ne suffira plus de montrer la reconstruction de la France, de célébrer en Napoléon le héros et le grand capitaine; il faudra faire revivre le souverain absolu, le terrible despote qui ne savait supporter au sein de son vaste empire ni la contradiction ni même l'indépendance.
L'histoire n'est autre chose qu'une étude de l'âme humaine. Si l'écriviiin reproduit la suite des événements, c'est pour mettre les cœurs à nu et décrire les
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caractères. Grand homme, tes premiers historiens, enivrés de ta gloire, ont pu chercher à pallier tes faiblesses; mais voici que tes vices éclatent et débordent. Le public désormais ne se contentera plus des légendes. Tu lui seras livré par tes paroles, par ta correspondance, par les dossiers de ta police, par tes actes secrets. Nous saurons de quel prix nos pères ont pajé la gloire que tu donnais.
Dans les récits de M. Thiers, on suit Napoléon pas à pas, depuis le 18 brumaire jusqu'au lugubre dénouement de ta tragédie impériale. Il peut être instructif de rapprocher, b certaines dates, ce qu'a dit M. Thiers de ce que disent nos dossiers. Ces épisodes ignorés ajouteront quelques traits à la physionomie de l'homme extraordinaire qui exerça tant d'influence sur notre destinée.
A la fin de septembre 1804, à la veille du sacre, Napoléon fait un voya<je triomphal sur les rives du Rhin. « A Mayence, dit M. Thiers, de nouvelles pompes l'attendaient. Tous les princes d'Allemagne dont les États se trouvaient dans les environs et qui avaient intérêt à ménager leur puissant voisin, accoururent pour lui offrir leurs félicitations et leurs hom-
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mages. Le prince archichancelier, devant à la France la conservatioD de son titre et de son opulence, voulut rendre hommage à Napoléon à Mayence, son ancienne capitale. Avec lui se présentèrent les princes de la maison de Hesse, le duc et la duchesse de Bavière, le respectable électeurdeBaden. Ces personnages, et d'autres, furent reçus avec une magnificence de beaucoup supérieure a celle qu'ils auraient pu trouver même il Vienne. Ils étaient tous irappés de la promptitude avec laquelle le soldat couronné avait pris l'attitude d'un souverain. >•
Pourquoi taire qu'à cette même date Napoléon s'est arraché à ces fêtes pour eutretentrFouclié, son ministre de la police, du curé d'une petite succursale, d'un limonadier de Paris, de voyageurs et d'étrangers? Et toujours : H Faites arrêter ■ ; il le met cinq fois dans sa lettre'.
Quelques mois se sont écoulés. M. Thiers continue son récit. « Napoléon avait réuni Oénes à la France, la veille même de l'expédition d'Angleterre, et fourni îi l'Autriche la dernière raison qui devait la décider a la guerre. Il avait ainsi provoqué une redoutable coalition, dans le moment où il avait besoin du repos sur le continent pour acquérir toute sa liberté d'action contre
' Napoléon .'i b'ouché. Correapoodance, 3 octobre 180'f.
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l'Angleterre. Dès que la guerre fut résolue, Napoléon fruncbit en peu de jours l'espace qui le séparait de ses enuemis et se plaça au milieu d'eux sur le point le plus propre à dissoudre leur coalition formidable. Eo vingt jours, sans livrer hataille, par une suite de marches entremêlées de quelques combats, l'armée autrichienne avait été détruite. Il avait enlevé 60,000 hommes, 200 bouches à feu, 4 ou 5,000 chevaux et 80 drapeaux, avec tout le matériel de l'armée autrichienne '. »
En même temps, le 21 octobre 1805, au lendemain de la capitulation d'Ulm, Napoléon avait aussi donné cette instruction : > Fuites mettre au cachot le prisonnier anglais Wright, ce misérable assassin qui a voulu s'échapper du Temple*. »
Wright, intrépide officier de la marine anglaise, avait aidé Sidney Smith à défendre Saïnt-Jean d'Acre. Il avait coolribué à l'échec de Bonaparte. C'était là son vrai crime. Mais l'Empereur n'avait pas à stimuler le zèle des gediiers. Quelques jours après, le 29 octobre 1805, on lisait dans le Afoni'feur ; «Wright s'est tué dans sa prison après avoir lu la nouvelle de la destruction de l'armée autrichienne. » Le prisonnier avait été assassiné dans son cachot *.
Napoléon a poursuivi sa marche victorieuse, Au-
< Thibu», Comulal et Empire, VI, 1S5.
'Napoléon à FodcIig, SI octobre 1803. Correapondince, XI, 358. ' Voir, au »ujel de Wright ! Mémolrti de Savary, II, 88; Itiitoire générale des pritont, VI, 44, il, et Fidcbe-Bobrl, III, I7S, 187.
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sterlitz succède à Ulm. M. Thiers montre les drapeaux des vaincus traversant Paris le I" janvier 1806. ■ Ces drapeaux furent portés triomphalement dans tes rues de la capitale pour être placés sous les voûtes des édifices qui devaient les contenir. Une foule immense était accourue afin d'assister à ce spectacle.
■ Le sage et impassible Cambacérès dit lui-même, dans ses graves Mémoires, que la joie du peuple tenait de l'ivresse. El de quoi serait-on joyeux, en effet, si on ne l'était de pareilles choses? Quatre cent mille Russes, Suédois, Anglais, Autrîcbiens, marchant de tous les points de l'horizon contre la France, deux cent mille Prussiens promettant de se joindre k eux, et tqut à coup cent cinquante mille Français, partant des bords de l'Océan, traversant en deux mois une partie du continent européen, prenant sans combattre la première armée qu'on leur oppose, battant les autres à coups redoublés, entrant dans la capitale étonnée du vieil empire germanique, dépassant Vienne et allant aux frontières de la Pologne rompre en une grande bataille le lien de la coalition; renvoyant dans leurs plaines glacées les Russes vaincus, et enchaînant à leurs frontières les Prussiens déconcertés; les angoisses d'une guerre qu'on avait pu cr«ire longue, terminées en trois mois; la paix du continent subitement rétablie; la poix des mers justement espérée; toutes les perspectives de prospérité rendues à la France, charmée et placée à la tète des nations! A quoi serait-on sensible, nous le ré-
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p<'fons, si on ne l'était à de telles meryeilles '? « L'Rrapereur a suivi de près tes drapeaux des vaiucus; h Paris, sa première pensée est une pensée de vengeance. En son absence, sa police a recueilli des propos malséants et des gestes suspects, son premier mot est un ordre d'exil. Un soir, après diner, dans un petit cercle d'intimes, madame d'Escnrs, toute rêveuse, a froissé et jeté au Feu le bulletin de la bataille d'Austerlitz; l'espion assis à son foyer a signalé le crime au ministre de la police. Dés le jour de son arrivée, l'Empereur la f^it enlever et transporter avec sa iille aux Iles Sainte-Marguerite. Quinze autres personnes, dénoncées pour leur mauvais esprit, sont exilées comme elle et doivent partir aussitôt. Aux natures vraiment nobles le succès doit suggérer des mouvements généreux ; mais la victoire n'affranchit pas Napoléon de ses rancunes.
M. Tbiers omet toujours de mentionner les exils et les arrestations arbitraires. Précisément, cette annéelà (1806), les proscriptions se multiplient. Le li août, notamment, pleuvent les ordres d'exil. M. de Narbonne, l'ancien ministre de Louis XVI, est invité à se retirer à quarante lieues de Paris. Madame de Baibi reçoit la même injonction. « Vous lui ferez connaître, écrit Napoléon, que mon mécontentement vient de l'accueil bit à un émigré non amnistié, n 11 ajoute, en
■ Tbiew, Contulal et Empire, VJ, 373.
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irlant d'une autre victime : « Vous ferez partir maime Beaujard pour Menton, où elle sera placée en irveillance'. ■
M. Thiers s'occupera de M. de Narbonne lorsqu'il Ta non plus exilé, mais favori. Pour le moment, il :plique comment les relations s'étaient tendues entre
France et la Prusse, et comment la guerre fut isolue entre les deux puissances : « Le bruit venait i se répandre a Berlin, le 10 août, que le Boi s'était kidé à armer, que de grandes difficultés étaient irvenues entre la Prusse et la France, qu'on avait éme découvert des dangers cachés, une sorte de trason méditée, laquelle expliquait la présence des oupes françaises dans la Souabe, ta Franconie et la ^estphalie. L'opinion souvent agitée, mais toujours mtenue par l'exemple du Roi, se prononça violemlent. Le cœur des sujets déborda comme celui du rince. Nous avions bien raison de dire, s'écria-t-on s toutes parts, que la France ne ménagerait pas plus
Prusse que l'Autriche, qu'elle voulait envahir, ranger l'Allemagne eotière, que les partisans de l'aiance (i'ançaise étaient ou des dupes ou des traîtres... •
La guerre a éclaté, mais elle a peu duré, et la russe a été conquise au pas de course.
■ Nipoléon k Fouiiié, 14 aoAt 1806. Corretpondance, XIII, 71.
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M. Thiers, à la fin d'oclobre, rejoint Napoléon pénétrant à Berlin (28 octobre 1806). • Toute la population de la ville était sur pied afin d'assister à cette grande scène. L'Empereur était entré entouré de sa garde et suivi par les beaux cuirassiers des généraux d'Hautpoul et Nansouty. La garde impériale, richement vêtue, était, ce jour-là, plus imposante que jamais. En avant, les grenadiers et les chasseurs à pied; en arrière, les grenadiers et les chasseurs à cheval; au milieu, les maréchaux Berthier, Duroc, Davout, Augereau, et, au sein de ce groupe, isolé par le respect, Napoléon, dans le simple costume qu'il portait aux Tuileries et sur les champs de halaille. Napoléon, objet des regards d'une foule immense, silencieuse, saisie à la fois de tristesse et d'admiration, tel fut le spectacle offert dans la longue et vaste rue de Berlin, qui conduit de la porte de Charlotten bourg au palais des rois de Prusse. Le peuple était dans les rues, la riche bourgeoisie aux fenêtres. Quant à la noblesse, elle avait fiii .... • Après cette entrée triomphale. Napoléon prépare le décret de Berlin, représailles formidables opposées aux blocus, aux prétentions de l'Angleterre; un seul instant, sa pensée se dérobe à ces graves questions. M. de Montagnac, un ancien émigré, a été envoyé, au sortir du Temple, à quarante lieues de Paris; il a refusé de déférer à cet ordre d'exil. On l'a, bien entendu, réintégré dans sa prison. Gaulaîncourt le protège, mais la police a dit :
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■ C'est UD homme eacroût^ de préjuges de naissance et de royauté. » Cet encroûté a soixante-quatorze ans, marche avec deux béquilles, a eu le nez enlevé par un coup de feu : ■ Je me vois traîné, dit-il, de prison en exil, et d'exil en prison, et ne demande qu'à mourir en paix ' . B Le souvenir de ce vieillard trouble Napoléon , qui écrit à Fouché : «Je crois être autorisé à révoquer la radiation que j'avais accordée... Mon intention est qu'il soit enfermé dans la citadelle de Fénestrelle. Je ne puis que vous blâmer d'avoir feit venir cet homme à Paris. Vous avez la rage d'y rappeler des gens qu'on ne doit pas y souffrir*. »
Le 31 décembre 1806, Napoléon arrivait à Pultusk. Cinq jours avant, sur un espace de vingt-cinq lieues, depuis Pultusk jusqu'à Soldau, on s'était battu avec acharnement, et les Russes, défaits partout où ils avaient essayé de résister, ne s'étaient sauvés qu'eu abandonnant leur artillerie et leurs bagages. Leur armée se trouvait atFaiblie de près de vingt mille hommes sur cent quinze mille. Beaucoup d'entre eux étaient hors de combat ou prisonniers; un grand nombre, d'origine polonaise, avaient déserté. Nous avions recueilli plus de quatre-vingts pièces de canon
' Archive* nalloDatci, fonds français, 6339. ■ Mapoléon \ Fouché, 1% novembre 1800. Carreapondance <; cielle, XIII, 52t.
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de gros calibre, et une quantité considérable de bagages. Nous n'avions perdu ni un prisonnier, ni un déserteur, mais le feu de l'ennemi nous avait enlevé quatre à cinq mille hommes, ou morts ou blessés. Seulement, il devenait impossible de faire un pas sans tomber dans des embarras inextricables. Des bommes restaient ensevelis jusqu'à la ceinture dans ces boues affreuSes et n'en sortaient que lorsqu'on venait les en arracher.
Napoléon fut obligé de s'arrêter '
Est-ce parce que ce contretemps le contrarie?... Ce jour-là même il écrit à Fouché : ■ Il faut que madame Salmatoris reste tranquille dans un petit village et ne donne plus de dîners, sans quoi je la ferai mettre à Pénestrelle *. » Son mari, Salmatoris Rossillon, est cependant bien en cour; il est préfet du palais et, depuis 1805, maître des cérémonies et introducteur des ambassadeurs; quelques convives de sa femme ont parlé un peu librement
M. Thiers admire les soins donnés par le grand capitaine à ses soldats pendant ce long hiver. • Il avait fait préparer six mille lits à Varsovie; il en fit disposer un nombre tout aussi considérable à Thorn, à Posen et sur tes derrières, entre la Vistule et l'Oder 11 confia spécialement la direction des hôpitaux à M. Dam,
> Thibii«, Coiitulat tt Empire.
* Napoléon ï Foucbé, 31 décembre 1806. Corr«itpDD(lance officielle.
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: prescrivit une orgaoïsatioD toute particulière pour !s établissements. Il décida qu'il y aurait dans chaque ipitat un infirmier en chef, toujours pourvu d'argent imptant, chargé, sous sa responsabilité, de procurer IX malades ce dout ils auraient besoin, et surveillé ir un prêtre catholique. Ce prêtre, en même temps l'il exerçait le ministère spirituel, devait exercer issî une sorte de vigilance paternelle, rendre des mptes à l'Empereur, et lui signaler la moindre néglince envers les malades dont il était ainsi constié le protecteur. Napoléon avait voulu que ce prêtre t un traitement et que chaque hôpital devint en elque sorte une cure ambulante à la suite de l'ai^
A cette même date (24 janvier 1807), l'Empereur rivait à Fouché : << Je vois que vous avez arrêté un ré de la Vendée. Vous avez très bien fait, gardez4e prison'. ■
Après Eylau, le récit de M. Thiers montre Napon triomphant du climat et d'une situation qui, jr tout autre, eût semblé grave, sinon désespérée. Le champ de bataille d'£ylau, abandonné par les sses, avait rendu à l'armée le sentiment de sa vicre. L'ennemi s'était retiré, laissant sur le terrain sept
TuiKn*, ConsuUi elF.mpiic, VII, 334.
napolcuai Fouché, S4 janvier 1807. Con espiindaDce ofiiciella.
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IMTRODDCTION. 21 mille morts et plus de cinq raille blesses; il emmenait en outre quinze mille autres blessés dirigés sur Kœnigsberg et qui, en route, moururent presque tous de froid. Il avait eu par conséquent vingt-six ou vingtsept mille hommes hors de combat. Nous tenions trois à quatre mille prisonniers, vingt-quatre pièces de canon, seize drapeaux. Les Français avaient eu environ dix mille hommes hors de combat. Sans doute Napoléon n'avait pas obtenu Timmense résultat dont il s'était d'abord flatté, mais it avait poussé les Russes pendant cinquante lieues, leur avait détruit neuf mille hommes dans une suite de combats d'arrière-garde, et les trouvant à Ëylau formés en une masse compacte, couverts d'artillerie, résolus jusqu'au désespoir, forts, avec les Prussiens, de quatre-vingt mille soldats, sur ane plaine où aucune manœuvre n'était possible, il les avait attaqués avec cinquante-quatre mille hommes, les avait détruits à coups de canon. Les Russes, ce jour-là, avaient eu tous leurs avantages : la solidité, l'immobilité au feu ; lui n'avait pas eu tous les siens sur un terrain où il était impossible de manœuvrer; mais il avait opposé à leur ténacité un invincible courage, une force morale au-dessus des horreurs du plus aHireux carnage. L'àme de ses soldats s'était montrée dans cette journée aussi forte que la sienne! Assurément il pouvait être Ber de cette épreuve Mais
n'ayant ni en vivres ni en biunitions de quoi tenter une opération de quelque durée, il dut chercher à se pro-
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rer des vivres ou des moyens de transport... Ses dats avant du pain, des pommes de terre, de la ode, de l'eau-de-vie, du chaume pour s'abriter, du is pour se chauffer, ne soufFraient pas. Mais les oFfirs, qui ne parvenaient à se procurer ^ue la nourrie et le logement du soldat, même avec leur solde ictement payée, étaient exposés à beaucoup de privans. Napoléon avait voulu leur donner l'exemple de résignation en restant au miheu d'eux. Maintenant ivait à combattre les faux bruits accrédités à Varso- , à Berlin, et surtout à Paris. Sa prodigieuse gloire itenait seule les esprits, toujours indépendants en ince, toujours malveillants en Europe, et il pouvait à pressentir qu'au premier revers sérieux il verrait uns et les autres lui échapper. Aussi ne fit-il jamais ant d'efforts pour dominer l'opinion publique. De nés auditeurs, envoyés de Paris pour apporter au irtier général le travail des divers ministères, et peu outumés au spectacle qui frappait leurs yeux, des ciers mécontents ou émus plus que de coutume des reurs de cette guerre, écrivaient en France des :res remplies d'exagération. Cette activité prodiuse se changeant quelquefois de vigilance bienfaiite en défiance ombrageuse. Napoléon s'occupait de aolice, savait qui entraitdans Paris et qui en sortait, ivait appris que madame de Staël y était revenue, elle avait déjà parcouru plusieurs maisons de cam- ;ne des environs et tenu plus d'un discours hostile.
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Prétendant que s'il n'ioterveDait pas elle compromettrait de bons citoyens contre lesquels il serait ensuite obligé de sévir, il avait ordonné, malgré beaucoup de
sollicitations contraires, de l'expulser de Paris »
C'est le seul etil que M. Thiers ait mentionné dans les vingt volumes de son histoire.
A cette date, en effet (28 mnrs 1807), dans ce bourg d'Osterode, le conquérant venait d'être assailli par les délations de ses quatre polices, et inquiété par leurs soupçons. Plus haut est montée sa puissance, plus dévorants sont ses soucis. Lui qui tient à ses pieds la moitié de l'Europe, se laisse influencer par de misérables espions. Lui qui rassemble une armée formidable pour entrer en Russie, distrait son esprit de ses préparatifs et baisse les yeui vers une échoppe adossée aux piliers du Palais de justice. Son regard y découvre un vieillard disputant à la (aim les restes d'une vie errante ; Napoléon s'irrite à sa vue ; car une de ses polices a dénoncé le malheureux, et l'Empereur écrit à Fouché : ■ Un nommé baron Dagome, ancien conseiller au parlement de Bennes, et actuellement écrivain public au Palais, est un homme très malintentionné. Renvoyez-le de Paris après l'avoir laissé quelque temps en prison ', i La prison ne sUfEt pas toujours à ses vengeances. Quelques jours avant, le 22 mars 1807, Napoléon a froidement combiné un
' PfapoléoD k Fouclié, CoirapondiDce d'Osterode, 28 man 1807, XIV, 557
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ï* INTRODUCTION,
meurtre juridique. A Eylau, dix mille Français et près de vin^t-sept mille Russes vieuDent d'être sacrifies à son ambition. Cela, c'est la guerre! Mais mille morts sur un champ de bataille ne révoltent pas comme le supplice d'un innocent M Le jeune Vittel était neveu de Faucbe-Borel ; celuiw:i, agent des Bourbons, emprisonné depuis longtemps, était conservé par la police parce qu'elle en attendait des révélations. Fauche- Borel, évadé, s'était dérobé à son attente; aussitôt elle attire en France le neveu de l'agent. Vittel arrive, la police l'arrête. Napoléon l'apprend : ■ Un exemple est nécessaire; faites appeler le général Junol et faites rédiger la sentence en règle par M. Treilhard ou rédigez-lu vous-même. li faut que ce misérable espion soit jugé dans les vingt-quatre heures *. » Et pour surcroît de précaution il en prévient Fouché : « Traduire devant une commission militaire et faire fusiller ce misérable agent de Fauclie-Borel*. » Et, en effet, quelques jours après, le jeune Vittel était fusillé.
D'autres semaines se passent. ■ Le 4 juin 1807, Napoléon se trouve à Finkenstein; il avait achevé de reconstituer son armée. Il tenait là dans les rangs cent
■ Mot de mailame de Staël. Lettre à Guaure III.
* Napoléon a Cambacér^s. Corresiioodance d'Oaterode, 22 mar) 1807, XIV, 494.
* Napoléon ï Fouché, 34 mari 1807. Corraipondance d'Osterode, XIV, 510.
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INTRODOCTrON. Î5
soixante mille vieux soldats dispos, nbondatnment nouf' ris, vêtus convenableinent pour la guerre, c'est-à-dire couverts et chnussés, bieo pourvus d'armes et de mu- Ditions. La cavalerie surtout, rebite dans les plaines de la basse Vistule, mont(!e avec les plus beaux chevaux de l'Allemagne, avant repris ses exercices depuis deux mois, offrait un aspect, superbe. Napoléon, voulant la voir réunie tout entière dans une seule plaine, s'était transporté à Elbing pour la passer en revue. Dix-huit totUe cavaliers, masse énorme mue par un seul chef, le prince Murât, avaient manœuvré devant lui pendant toute une journée, et tellement ébloui sa vue, si habituée pourtant aux nombreuses armées, qu'écrivant une heure après il ses ministres, il n'avait pu s'empêcher de leur vanter le spectacle qui venait de frapper ses yeux. Ensuite, étant revenu d'Elbing à Finkenstein, il avait réuni tous ses corps d'armée entre la Vistule et la Passarge et résolu de se mettre en mouvement le 10 juin pour se porter sur l'Allé, en descendre le cours, séparer les Russes de Kœnigsberg, prendre cette place devant eux et les rejeter sur le Niémen '... »
Mais, en même temps que ses ordres de marche, Ilapoléon dictait ses ordres d'exil. Non content de ruiner, de déporter tous ceux que sa police dénonce, il insulte les proscrits dans ses lettres : » Le nommé
' Thiei>3, Consulat tt k'mpire.
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i INTRODUCTION,
ugier, colonel de cavalerie de l'ancien régime; le ommé Simon, ancien greffier de la Table de marbre; ubauzet, ancien colonel du régiment de Peothièvreivalerie; une soi-disant baronne de Lautelbourf; , )nt des mauvais sujets qui colportent de mauvais ruitsdans Paris. Faites-les conduire par la gendarmee à quarante lieues de Paris, où ils seront en surveiU nce dans quelque petite commune ' . «
Cette manie de proscription n'est enrayée ni par la ictoire, ni par le glorieux traité qui en consacre les uits. A Tilsitt même, le 20 juin 1807, Napoléon pprend qu'un pécheur de Saînt-Valery, traduit deint une commission militaire, a été acquitté. Aussitât écrit à Fouché : » De qui étnit composée cette comlissioD militaire? Il faut que ces gens-là soient bien êtes, pour ne rien dire de plus. Retenez le pécheur eo rison ; envoyez-le à Fénestrelle, et causez avec M. l'arlichancelier, aSn que s'il y avait moyen de le faire iger par une cour de revision, cela soit fait. ■ £t il |oute: oQu'est-cequeceM. Ch. de Villiersqiiiafoit un nprimé sur l'affaire de Ltibeck, tendant à diffamer la alion ? Faites arrêter et mettre a Bicétre ce misérable*. »
Ce misérable était un galant homme, correspondant e l'Institut, qui, se trouvant a Lûbeck au moment de 1 prise de cette ville, écrivit à la comtesse Fanny e Beauharnais, une parente de Joséphine, le récit
1 Napoléon i Foudié, Flnkenaiein, 4 juin 1807, XV, 310. ' Napoléon 1 Fouché, TMsitt, 80 juin 1807, XV, 5M.
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INTBODnCTION. Ï7
parfaitement authentique du spectacle qui l'avait fortement impressionné. Cette lettre, imprimée à Amsterdam en 1807, a été recueillie par la Bibliothèque nationale ' .
On sait qu'après léna, Blucher, traqué par nos soldats, s'était réfugié à Lubeck avec les débris de ses divisions : attaqué le 6 (novembre 1806), il capitula dès te 7, et les Français entrèrent dans la ville : « Quelle nuiti s'écrie M. de Villiers. La plupart des maisons ouvertes, remplies de flambeaux, de tumulte, d'allants et de venants, quelques-nnes Fermées, d'oii partaient des sons confus et même le bruit de coups de feu ; les vitres étaient brisées, les meubles précipités par les
fenêtres, les femmes en pleurs Plusieurs officiers
sont tués en voulant empêcher le pillage. Un Glary, aide de camp de Bernadotte, a l'épaule cassée d'un coup de feu par un de ses soldats.
■ La nuit suivante est pire encore; de nouveaux régiments viennent prendre leur part de pillage, et les vingt mille prisonniers prussiens pillent à leur tour. Le butin est immense, les objets précieux sont vendus à vil prix ; un soldat offre pour trois louis un collier de diamants. ■ Au nom de l'Empereur, donne-moi ta 'bourse, ta montre, tes chemises, ta femme... <• Des chasseurs et des hussards couraient les mes avec des pelisses de femmes en satin et en velours Un
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INTBODUCTION.
Idat d'infenterie légère avait pris à un ministre (luérien) sa large soutane. Des misérables profitaient :s angoisses de la terreur pour violer des femmes à
imi mortes La femme d'un ouvrier, mariée
ivant-veille, ayant été livrée à vingt-deux de ces bants, ils s'aperçurent qu'elle ne donnait plus signe de s. Elle n'était qu'agonisante. Sa maison était située es d'un étang qui se trouve dans l'enceinte du remirt. Ils y lancèrent cette infortunée, qui resta dans les seaux et expira dans la fange du rivage.
n Tout près du Sénat, nne malheureuse fille s'offre ma vue ; elle me semblait nvoir vingt-quatre ou ngt-cinq ans, blonde et assez grande; échevelée, son ïage livide avait perdu toute expression ; ses yeax ne auraient plus, son mouchoir écarté par mégarde lais-
it voir un sein meurtri Jamais cette image ne
iflàcera de mon souvenir «
En un mot, le témoin conte ce qu'il a vu. Mais ipoléon entend bien être seul à renseigner le public, il le fait dans un Bulletin que M. Thiers résume ainsi : 7 novembre. Un combat acharné s'engage dans les es. Les infortunés habitants de Litbeck virent leur lulente cité convertie en un champ de carnage '. » Il i dit rien de la nuit qui a suivi la victoire. Et pourtant . Thiers connaît les incidents de cette horrible nuit, ir il s'exprime ainsi, en parlant de Kœnigsberg :
■ TaiBM, Coniulat tt Empire, VII, 303.
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• Les habitants, épouvantes, se demandaient s'ils allaient éprouver le sort de Lubeck ' . »
Après la signaturedu traité de Tilsitt, Napoléon était parti pour Dresde... " Jamais plus d'éclat n'avait entouré son nom et sa personne ; jamais plus de puissance apparente n'avait été acquise à son sceptre impérial. Do détroit de Gibraltar à la Vislule, des montagnes de la Bohême à la mer du Nord, des Alpes à la mer Adriatique, il dominait ou par lui-même ou par des princes qui étaient, les uns ses créatures, les autres ses dépendants. Au delà se trouvaient des alliés ou des ennemis subjugués, l'Angleterre seule exceptée. Ainsi le continent presque entier relevait de lui, car la Russie, après loi avoir résisté un moment, venait d'adopter ses desseins avec chaleur, et l'Autriche se voyait contrainte de les laisser accomplir
■ Cette armée du camp de Boulogne, qui portée du détroit de Calais aux sources du Danube... enveloppa les Autrichiens à Ulm, refoula les Russes sur Vienne, acheva d'écraser les uns et les autres à Austerlitz, reposée ensuite quelques mois en Franconie, recommença bientôt sa marche victorieuse, entra en Saxe, surprit l'armée prussienne en retraite, la brisa d'un seul coup à léna Cette armée qui, détournée du nord à l'est,
'Taïuf, ContuJat et Einpire,\U,iVI.
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ourut au-devant des Busses, les rejeta sur ta Prëgel, e s'arrêta que parce que des boues impraticables la etinrent, donua alors le spectacle inouï d'une armée 'ançaise campée tranquillement sur la Vistule, puis roublée tout à coup au milieu de ses quartiers, en sorit pour punir les Russes, les atteignit à Eylau, leur vra une bataille sanglante, reprit les armes au prinîmps, et cette fois la nature aidant le génie, se plaça ntre les Russes et leur base d'opération, les réduisit our regagner Kœnigsberg à passer une rivière devant lie, les y précipita a Friedland, terminant ainsi par ne victoire immortelle la course la plus audacieuse, on à travers ta Perse ou l'Inde sans défense, comme armée d'Alexandre, mais à travers l'Europe couverte
e soldats Voilà ce qui est digne de l'éternelle
dmiratioD des hommes' "
Cette gloire et ces triomphes ne font pas oublier les Tisonniers d'État. A Dresde, Napoléon s'occupe d'eux, on pas pour adoucir leur sort ou abréger leur détenlon, mais pour recommander ia vigilance à ses geàers : u Si un prisonnier s'échappe, il en répondra orps pour corps*. « L'année suivante (octobre 1 808) , Napoléon se trouve Erfurt : « Cette petite ville était devenue le rendezous de souverains le plus extraordinaire dont l'his-
' Thiebs, Consulat et Empire.
< Napoléon à Fouché. Dreide, 19 juillet 18U7. Correspondance, XV,
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INTRODDCTIOH. 31
toire fasse mention C'était chez Napoléon qu'on
devait diner tous les jours, puisque c'était lui qui offrait l'hospitalité au souverain du Nord. Le soir, s'assirent autour d'un festin splendide, Napoléon, Alexandre, le grand-duc Constantin, le roi de Saxe, le duc de Weimar, le prince Guillaume de Prusse, la foule enfin des princes régnants, des personnages titrés, civils et militaires. La ville fut illuminée, et on assista à une représentation de Cinna. La clémence habile du fondateur d'empire désarmant les partis, les rattachant à son pouvoir, était le spectacle par lequel Napoléon voulait que commençassent les représentations de la tragédie française n
Après avoir entendu les beaux vers de Corneille, le fondateur d'empire, rentrant dans son cabinet, s'est tourné vers la place du Marché de Rennes. Cette nuitlà même, 3 octobre 1808, entre trois et quatre heurej du matin, il vient de faire abattre sous les balles de ses gendarmes le comte de Goyon-Vaucouleurs, amené en France par un agent provocateur, et. six pauvres paysans accusés d'avoir logé des émissaires vendéens. Mais il y avait neuf condamnés, et Napoléon ne compte que sept cadavres. Il manque deux victimes, les dé. nonciateurs, auxquels, suivant l'usage, leurs révélations ont valu la vie sauve. <> Bah I dit Napoléon, j'a ■ toujours lait exécuter les dénonciateurs. » Et en dépit des promesses de ses agents, des engagements de ses ministres, il donne l'ordre de fusiller Prigentet Bou-
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INTRODDCTION.
rd. ■ Son Excellence, écrit le général Mignotte, nt reçu l'ordre positif de Sa Majesté, a donné l'ordre faire exécuter Prigent et Bouchard, malgré te sursis leur avait été accordé ' . <>
fapoléon, parti à cheval de Valladolid le 1 7 janvier )9, arrivé le 18 à Burgos, le 19 à Bayonne, était nté en voiture dans cette dernière ville, et se trout aux Tuileries le 22 au milieu de la nuit, surpreit tout le monde par la promptitude de son appari-
1 Il était parti de Valladolid, laissant à ses
éraux, malheureusement divisés, le soin d'achever onquéte de l'Espagne; il était parti, parce que de tes parts lui était arrivée ta nouvelle que l'Autriche irsuivait avec plus de vivacité que jamais ses arme-
its , parce que de Paris on lui mandait qu'une
jitiou inconnue se manifestait dans les esprits, qu'on iguait timidement, maîsvisiblemeat, à la cour, qu'on lait hardiment à la ville, que partout en un mot on t inquiet, mécontent, aussi mal pensant que mal
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tref, l'Empereur revint très irrité; son arrivée fut 'ie de mesures rigoureuses. Dans l'un des dossiers archives, la moitié d'une feuille déchirée par le
'ri|;Giit et Bouchard Furent eiécutég le II octobre 180S, à six hnirei ruiBM, Contulai tt Empirr, X, 3.
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fNTIlODUCTION. S3
milieu nous révèle aujourd'hui qu'une commission militaire, présidée par le docile Hulin, a simulé en janvier 1809 un jugement contre l'un des détenus de Sainte-Pélagie et le valet du concierge de la prison '. Le prisonnier qui a été assassiné se nommait de Grandmon; c'était un ancien émigré, âgé de trente-huit ans, ■ détenu au moment de son arrestation en la maison d'arrêt de Sainte- Pélagie à Paris, où ii tenait une fabrique de vermicelle * . La commission condamna en même temps le Suisse Coudurier, âgé de vingt-quatre ans, garçon marchand de vin chez madame Bault, concierge de Sainte-Pélagie. Cesdetix hommes, séquestrés entre les murs d'nne prison, étaient accusés d'être «embauclieurs pour l'ennemi, pour l'étranger ou pour les rebelles ■ . Qui avaient-ils embauché? On l'ignore. Ce qu'on saitt c'est qu'on les » conduisit ii la plaine de Grenelle, commune de Vaugirard », le 25 janvier 1809, où on les immola à neuf heures et demie du matin; les cadavres furent enterrés en présence de Dunepard, maire de Vaugirard.
Plusieurs mois se passent encore. « Napoléon venait de vaincre dans cette célèbre journée de Wagram, commencée à quatre heures du matin, terminée h quatre heures du soir et dont les résultats, sans être
■DoMÎcr dD chevalier de CbàteaabrioDl, f W81, ("115,
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Si INTHODDCTION.
aussi extraordinaires que ceux d'Âusterlitz, d'Iéna ou de Friedland, étaient néanmoins d'une grande importance. Il avait tué ou blessé aux Autrichiens vingtquatre mille hommes, parmi lesquels un grand nombre de généraux. Il leur avait fait neuF mille prisonniers, ramassé vingt canons sur le champ de bataille. La France avait perdu, en morts ou blessés, quinze à dixhuit mille hommes. C'étuit donc une mémorable bataille, la plus grande que Napoléon eût livrée, par le nombre des combattants, et l'une des plus importantes par les conséquences. Ce qu'elle avait de merveilleux, ce n'était pas comme auti'efois la quantité prodigieuse de prisonniers et de trophées, drapeaux ou canons, conquis dans la journée; c'était l'un des plus larges fleuves de l'Europe franchi devant l'ennemi avec une précision, un ensemble, une sûreté admirables ; c'étaient vingt-quatre heures de combats livrés sur une ligne de trois lieues avec ce fleuve à dos, en conjurant tout ce qu'avait de périlleux une pareille situation; c'était la position par laquelle l'archiduc Charles tenait les Français en échec, emportée; l'armée qui défendait la monarchie autrichienne vaincue, mise hors d'état de tenir la campagne! Ces résultats étaient immenses, puisqu'ils terminaient lu guerre! Au point de vue de l'art. Napoléon avait dans le passage du Danube surpassé tout ce qu'on avait jamais exécuté en ce genre; sur le champ de bataille il avait, avec une rare promptitude, reporté du centre à gauche la réserve qu'il s'était
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INTBODDCTION, 35
habilement ménagée et résolu la question par un de ces mouvements décisife qui n'appartiennent qu'aux grands capitaines. »
Pendant cette campagne d'Autriche, deux fillettes de dix et douze ans traversaient la France et l'Atlemagne, pour aller demander à l'Empereur la grâce de leur mère et de leur |;rand'mére. Celles-ci, compromises dans une aHaire de chouannerie, avaient été condamnées, l'une à mort, l'autre àla réclusion. Après une journée d'attente, les deux enfants, vétoes de noir comme si déjà elles étaient orphelines, se jetèrent aux genoux du conquérant, en criant : ■ Grâce, grâce, rendez-nous notre mère. » — > » Je ne puis pas ■ , répon dit Napoléon'. Peu de jours après, la mère montait sur t'échafaud, et la grund'mère, exposée au pilori, demeurait enfermée jusqu'en 1814. Cette famille était suspecte; elle accueillait les agents royalistes et elle avait offert un asile au comte d'Aché, qui vers la même époque (nuit du 7 au 8 septembre 1809) venait d'être attiré dans un guet-apens et lâchement assassiné par cinq gendarmes^, meurtre hautement approuvé et récompensé aussitôt*.
Ces assassinats, ces arrestations, ces exils sont-ils les
> archive! imcianalei, L 446, S62. lUé-nolres de Contlanl, IV, 198.
* Voir plut loi» le récit ite l'épiiode.
^ 1 J'ai appris, écrit N.ipoléon, la conduite dixinijiu-e dca (lenJarmes dana l'aFFalre du brigand Duché. Je déiiire que vuii<> (njsiei connaître ï loule ma gendarmerie les preuves éclatantes cjuc je viens de leur donner de ma saliabction, > Napoléon à Mrmcey. SclnFnhrunn, 8 octobre 1809. Cormpondancc, XIX, 558.
INTRODUCTION, tie récrivain ait à flétrir? — L'Empire n laissé 4 deux mille cinq cents exilés ou prisonniers Avant ou avec eux avaient été enfermés, dé' exilés, fusillés, des milliers de suspects. ! faut rien celer, si l'on veut être juste : d'une îs victoires, les manœuvres heureuses, les conaii pas de course; de l'autre, les fîiutes poliles coalitions, les revanches, l'écrasement fatal; Hé, la propriété raffermie, le travail assuré, la I restaurée; de l'autre, la violation constante Hiuvoir lui-même de lu Constitution qu'il avait e, la persécution religieuse et politique se trapar des confiscations, des exils, des arrestations neurtres.
bitraire dans l'illéfralité, voilà ce qui caractérise iriode de la vie nationale. Il n'y aurait pas sans comparer les dures pénalités du régime impé- !C les proscriptions atroces de la Terreur; toudans la jurisprudence des Robespierre et des Br-Tinville, la fi-anchise est féroce, il n'y a occulte. Certes on y reconnaît l'abus le plus [itable, le plus sacrilège des formes; mais les y sont encore, et tant qu'elles subsistent, il I) refuge à la justice, une espérance à l'Iiumaès le Consulat, et a plus forte raison sous 8, les formes, d'abord enfreintes avec violence, ■nt bientôt en tel mépris qu'on ne pouvait nner sans exciter la dérision. Ce que l'on en
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gurda, quant aux déttts politiques, ne fut appliqué qu'aux accusés doat la capture avait fait trop de bruit pour qu'il fût possible de soustraire leur sort à la notoriété publique. Le reste des suspects fut mis en masse hors de la loi commune. Les uns étaient assassines sans autre forme de procès. Les autres étaient jetés en des prisons obscures dont la plupart ne devaient plus sortir. L'autorité reconnaissait probablement un corps de délit, puisqu'elle infligeait une peine; mais c'était sans information, sans instruction, sans interrogatoire, sans débats et, trop souvent, sans jugement. Lors même qu'on respectait à l'égard de quelques prévenus les formalités judiciaires, elles n'étaient conservées que jusqu'à la condamnation inclusivement. Presque tous les prévenus acquittés subirent depuis leur absolution des années de captivité, et ils seraient restés dans leurs cacbots jusqu'à leur mort, si la fortune lassée n'avuit abrégé la durée de l'Empire. A mesure que s'accrut sa puissance, Napoléon se dégagea de plus en plus des apparences de la légalité, et son gouvernement finit par se soustraire aux règles observées dans les sociétés policées. En novembre 1812, un émigré, le comte de Bar, est attiré en France par des agents provocateurs. Dès qu'il a débarqué, des hommes apostés cernent la maison où il dort; on le tue, lui et deux compagnons, et le préfet du Morbihan écrit avec orgueil au ministre de la police (25 novembre 1812) : a Le fumeux de Bar et ses deux complices n'existent plus. «
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INTHODOCTION.
irait même à reprendre dans les ëloges prôlapoléoD législateur. La France, émancipée en par lui replacée sous le joug de l'État opprespuis le premier Empire, le Français agrîndustriel ou commerçant, est demeuré enserré iens d'une administration routinière et d'une lation compliquée. Napoléon a-t-îl, comme étendu, rétabli l'ordre et maintenu la réguis les finances? — Dans aucun document on ve le compte des capitaux qui ont entretenu !S impériales ; or, une comptabilité occulte n'a Bssé pour une comptabilité régulière. Cette n'est pas la seule. On ne voit également, dans du Trésor, aucune écriture qui constate la re- 'emploi des quatre-vingts millions payés par ■Unis pour la cession de la Louisiane. Enfin, îron nous apprend par quelles exactions s'alie budget clandestin de la police, mot, les contrastes abondent dans ce régime, vicissitudes ont fait connaître à la notion les i extrémités de la gloire et de l'infortune, ats sont entrés dans toutes les capitales, et jues ont campé sur les places de Paris. Napoonde un nouvel empire d'Occident, et ses t dépouillé la France d'une partie du territoire ■ Louis XIV. C'est que Napoléon, tout supéil fût par le génie aux plus grands de nos rois, uré, sur le point essentiel, bien inférieur au
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plus mëdîocre d'entre eux ; le Corse n'est pas devenu un souverain français. Jamais il ne fut pénétre du sentiment qui bisait redouter à nos rois de compromettre en de folles aventures l'intt^grité du territoire Français. L'égolsme de Louis XIV épousait l'intérêt national; celai de Napoléon divorçait avec l'intérêt du pays. Ce n'était certes pas dans l'intérêt de la France que l'Empereur entreprenait la conquête de l'Espagne, l'installatioD de ses frères sur des trônes nouveaux, le dépècement et le remaniement continus de l'Europe, l'expédition de Russie, toutes ces guerres de plus en plus aventureuses, de plus en plus lointaines, et aussi de plus en plus étrangères au bien public et au salut commun. Dans la pensée de Napoléon, la France ne venait qu'après son pouvoir, son amour-propre et ses passions.
Il l'a aimée, pourtant, cette France qu'il trouva si grande et qu'il a laissée si réduite, il l'a aimée... mais comme un cavalier aime la bête de sang dont il entend se servir; il a su la guider, l'exciter de ta voix et au besoin de l'éperon lorsqu'il s'agissait de franchir un obstacle. Mais lorsque les efforts qu'il exigeait de sa monture eurent achevé de l'épuiser, il l'a fourbue en continuant sa folle course à la gloire. Si le héros avait été Français , il aurait moins cherché de journées enivrantes, et la France eût gardé ses conquêtes, ses colonies et dix-sept cent mille jeunes gens, son espérance et sa parure.
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l!^t cependant la France regrette cette féerie dans laquelle un moment Napoléon l'a fait vivre, et elle oublie volontiers les humiliations de la chute, la souffrance et le sang versé. Vers la fin de l'Empire, tes cris des mères avaient fini par étoulfer tous les chants de victoire; mais la paix vint peu à peu combler les vides ereusés par la guerre. Aux foyers des chaumières, lii même où avaient retenti les malédictions maternelles, se réveillèrent les souvenirs colportés par uni: opposition imprévoyaule qui poMiatt toutes les fautes pour ne laisser ressortir que les grandeurs. Le culte que tant de vétérans avaient scellé de leur sang devînt lu religion du peuple tout entier; aux légendes de la foi succédèrent celles de l'histoire. Exalté par les poètes, célébré par les chansonniers, l'Empereur, encore rehaussé par les douleurs de sa captivité, apparut à la foule dans tout l'échit de ses victoires. Le même homme qui, avant sa chute, était devenu le souverain le plus impopulaire, fut consacre après sa chute héros et presque dieu : étonnant privilège d'une grande renommée servie par une grande infortune. En même temps, le nom de Napoléon devint le symbole commun à toutes les iactions déchaînées contre la monarchie. A peine le grand homme fut-ilexpiré, l'entente s'acheva entre tous les partis pour grandir sa mémoire. Les jacobins lui pardonnèrent jusqu'au mépris dont il les poursuivait, en retour de sa haine contre l'ennemi commun. L'école libérale se plut à composer celte mixture
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d'idées contradictoires qui a, plus que toute autre cause, altéré le jugement des Français; elle prétendait nous apprendre à aimer la liberté, et elle nous enseignait à regretter le despote. Les royalistes de l'opposition ne craignirent pas de s'associer à la conspiration générale. Sous la Restauration, pour accabler ses adversaires, l'auteur de la brocluire de Bonaparte et les Bourbons se mit à colorer de tout l'éclat de ses pincenux te règne dont il avait tracé, quelques années avant, un tableau si terrible. Dans sa polémique sans bonne foi, M. de Chateaubriand opposait les fiertés héroïques de l'Empire aux molles timidités de la royauté légitime. Le nom de Napoléon devint ainsi le seul que le peuple connût, le seul que lui apprissent la presse et les partis. Enfin, lorsque les écrivains se mirent à l'écrire, l'histoire de l'Empire hit retracée sous l'influence des idées qui inspiraient l'opposition. Lavérîté resta étouffée sous la gloire; on osa même insinuer que la manie guerrière de l'Empereur avait été provoquée par l'insolence de ses ennemis. Et c'est ainsi que, malgré la déroute finale, le pays démembré et les pertes subies, notre France demeure, à la distance d'un siècle, comme enivrée et à demi séduite par l'éclat de ce nom, l'illusion de cette gloire et d'autres vains fantdmes.
Cirît, octobre 1889.
H. Le Thésor de La Rocque.
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