La police savait que Boîssî avait
émigrés Blacas et de La Châtre; elle
suspectait ce renvoi; l'ancien adjudant prétendait avoir
été relâché comme infirme; néanmoins, on mit la main
sur lui '.
Bientôt Boissi est hébélé par la réclusion , le secret, le manque d'air et le chagrin de ne pas voir sa fille, enfermée, elle aussi, dans une pension de Fontainebleau; il écrit a son enfant des lettres que la pohce a la barbarie de garder, et que le dossier conserve avec tes rapports des agents et les suppliques du prisonnier :
■ Archives oationale^, F', 6473. Ce douier eu trit conii4et.
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SOOS NAPOLÉON 1*. «3^
■ ... Je me fintte, Monseigneur, que mes réponses à mon interrogatoire tous auront entièrement convaincu de mon innocence. Ma mission de Londres était de faire courir des copies de la proclamation du prétendant, de remuer les jacobins, de voir les anciens chefs de cette société, de chercher à m'introduire auprès de quelques sénateurs, de les sonder adroitement sur leur opinion, et si je les jugeais pencher pour le prétendant, de m'ouvrir k eux et de leur faire des promesses de lu reconnaissance du prétendant. On avait même eu la bêtise de croire que je pourrais séduire quelques généraux. Voilà donc ce que je devais faire, ce que j'avais promis de faire. Eh bien! j'ai bit tout le contraire, et rien du tout de ce que j'avais promis... Je vous l'avoue. Monseigneur, ce n'est point vertu chez moi, c'est que mon caractère paresseux et mes goûts frivoles m'en auraient empêché, si j'eusse eu le malheur d'en concevoir In pensée... Je projetais de proBter de la crédulité d'un gouvernement le plus astucieux du monde, pour lui arracher de l'argent et me moquer de lui en l'empocbant. ■
Cet intrigant est lâche ; il offre d'attirer et de livrer les Princes. Tout en les trahissant, il a essayé d'escroquer de l'argent aux Bourbons ; le dossier établit ces tentatives de chantage; elles Rirent réprimées non par les Princes, mais par Napoléon. Après s'être servi de ces vils instruments, l'Empereur aimait à les briser. Le 5 janvitr (1814], Maret contresignait un décret qui
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63» LES ÉMIGRÉS ET I,A SOCIÉTÉ FnASTAfSK
traduisait Prévost de Boissi devant une commission tnilîtaire, et le malheureux, condamoé pour espionnage, fait dont il semble fort innocent, fut exécnté le 5 février 1814, ù onze heures du matin. Lors même qu'il s'agissait des intrigants ou des escrocs, l'Empire mettait les torts du c6té de sa justice.
Les meurtres commis en Normandie et en Bretagne avaient ravivé dans ces contrées les vieux souvenirs et les vieilles haines. Dès le début de l'Empire, Napoléon s'était attaché k ces provinces de l'Ouest pour en tirer le meilleur de leur sang. Des chefs il avait dit : ■ Cet homme DOIT avoir commis des crimes, vous le fierez traduire devant une commission militaire'. » Eldessubutternes : <• Je désire que trois ou quatre soient traduits (devant une commission mililaire) avant quinze jours ou un mois, ajin de donner un bon exemple avant la levée de la conscription, n II veut enrôler tout le monde; ceux qui n'ont plus l'âge de la conscription, ou ne l'ont pas encore, ou se sont rachetés depuis 1805*; en 1806, il fait diriger toute cette jeunesse, sans armes, sur Mayence; la même année, il autorise un Breton qui lui marque du zèle, M. de Belingant, à lever des Bretons pour son service, à condition que l'on ne touchera pointa la conscription.
Pendant ce temps, le pays est sillonné par des
I I,rUre de Nnpoléon, 3 oclolire 180'*. — Correspondance officielle,
* li. — Coirespoiidance officielle, X[tl. W9.
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sous NAPOI.ÉOS 1". 635
colonnes mobiles. En 1811, deux colonnes surveillaient les côtes, de la Loire à la Gironde : « Je désire, écrit Napoléon', que trois ou quatre colonnes semblables soient organisées sur les côtes de Bretagne et de Normandie. ■ Enfin, en 1813, il enlève à leurs foyers les bourgeois et les nobles, même ceux qui sont rachetés, même ceux qui sont débiles, et les nomme des gardes d'honneur. C'est dans leur intérêt qu'il les prend pour soldats, afin de les ■ sortir de l'état d'oisiveté > ; c'est là du moins ce que dit Savary, qui ajoute : ■ On eut beau crier à la tyrannie, on leva au delà de dix mille hommes ". ■>
Parmi ces recrues figurait le fils unique de d'KIbée, un enfant qui, soldat de l'Empire, périt, comme tant d'autres, d'épuisement dans un lit d'hôpital. A ses derniers moments, le jeune homme regretta de n'êlre pas resté dans les bras de sa mère, alors que la noble Vendéenne était venue se livrer aux Bleus, afin d'être fiisillée avec son mari *.
On ne sera pas surpris de voir ces provinces de l'Ouest s'agiter et se soulever en 1814, puis en 1815. On sait que la Vendée n'eut que trop tôt raison de son vainqueur. Le soir de Waterloo, Napoléon, sombre, mais impassible, regardait s'avancer les soldats de BlU-
■ t.ellre de Napoléon, S mar» ISll. — C'irrespondan * Mémoirei de SittOT, VI, 76.
' SjiPiiiiOD DB Bois-HuRDBT, Mtmoirti, à la duiie de c d« Sapinaud.
«S« LES EMICnES ET I,A SOCIETE KIIANCAISF.
cher. Il ne lui restait rien : sa garde, ses réserves, tout était engagé, et Grouchy, égaré, ne reparaissait plus. On dit qu'alors il s'écria : « Si j'avais vingt naille hommesl > Peut-être songea-t-il que sur les c6tes bretonnes, normandes ou vendéennes, vingt mille vétérans, l'élite de son armée, étaient occupés à iMintenir les vieux soldats de Georges et les compagDons de Frotté.