‹ Histoire générale des Hongrois (volume 2)Chapitre 10 sur 138 · LES JAGELLONS DE HONGRIE (1490-1526) ET LE LÉGISTE YERBÔGZY · texte numérisé non relu

LES JAGELLONS DE HONGRIE (1490-1526) ET LE LÉGISTE YERBÔGZY

Nous avons à raconter la ruine rapide d'une grande monarchie. Pour conduire la Hongrie de Vienne conquise au cimetière de Mohâcs il a suffi de trente-six ans, quelques heures dans la vie d'un peuple 1 L'histoire n'offre guère d'exemple d'une telle promptitude dans la destruction. A vrai dire Tétonnement diminue lorsqu'on se rappelle les plaies déjà profondes que recouvraient la gloire et le génie de Mathias : l'épuisement causé par de longues guerres et de grandes dépenses, Tégoïsme des grandes familles contenues avec une énergie précaire par une main que chacun redoutait. Il n'en est pas moins vrai qu'en 1490 rien ne faisait prévoir les désastres que l'avenir tenait en réserve. Bien des causes ont été nécessaires pour les amener : les vices inhérents à la royauté élective; l'éclosion des haines politiques et sociales; la rivalité entre grande et petite noblesse, entre la noblesse et un clergé livré aux passions temporelles; l'ambition des maisons étrangères et la défiance du peuple magyar contre l'étranger. Déplorable tableau que relèvent çà et là de nobles caractères, de beaux travaux législatifs et une éloquence patriotique.

Ceux qui entouraient le lit de mort de Mathias décidèrent

qu'une diète devait être convoquée pour le 17 mai afin d'élire son successeur'. La lutte promettait d'être vive, et plusieurs prétendants eurent à faire la revue de leurs forces et de leurs droits. Le langage des grands dynastes prouvait .que le droit n'aurait pas grande influence sur le résultat final. Il me faut, disait Bâthory, un roi que je puisse tenir continuellement parles cheveux. — Si tu étais de cela plus grand, disait à son fils Jean le tout puissant Étieilne Zàpolya, c'est toi qui serais le roi*. La fortune des Hunyade, partis d'une condition médiocre, éblouissait et remplissait d'envie ces grands seigneurs qui semblaient n'avoir plus que la peine de tendre la main pour prendre la couronne.

Leurs rivalités même les empêchaient d'atteindre ce but; ils se bornèrent donc à chercher un roi qui, loin de leur porter ombrage, fût un instrument de leur ambition. Jean Corvin ne pouvait leur plaire, car son nom leur rappelait le détesté Mathias, qui les avait accablés d'impardonnables bienfaits. Maximilien était un ennemi national auquel personne ne pouvait songer, et qui invoquait en vain des traités effacés par de nombreuses guerres. On arrivait forcément aux Jagellons, à Wladislas de Bohême ou à son frère Jean- Albert que soutenait Casimir. Le feu roi s'était figuré, bien à tort, que Béatrix gouvernerait en qualité de reinemère avec Jean Corvin : l'ambitieuse et intelligente napolitaine voulait être reine régnante et non pas douairière, elle espérait épouser Wladislas. Le parti du roi de Bohême grossissait donc chaque jour. Ses qualités et surtout ses défauts y contribuaient avec les circonstances: on connaissait sa

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