Szalay, III, p. 354 et 356, notes
bonté qui venait de laisser-aller et d'indifférence, sa complaisance pour tous ceux qui l'entouraient, sa nullité paresseuse qui lui faisait dire à toutes les affaires : c'est bon c'est bon, dobsche, dobsche, et qui lui valut le surnom de roi Dobsche. Impossible de trouver mieux.
En revanche, lorsque les discussions s'ouvrirent en face d'une nombreuse petite noblesse, il fut évident que ce noyau patriote de la nation libre se défiait de tout étranger; sentiment si fort que Ton a pu attribuer ce mot à Bâthory luimême : les loups doivent être gouvernés par un loup, et les ours par un ours*. La noblesse, la nation véritable à cette époque, ne repoussait pas seulement Maximilien dont les ambassadeurs furent éconduits malgré leurs menaces; elle repoussait aussi l'idée d'un roi slave, épousât-il une princesse napolitaine. Les ambassadeurs siciliens et polonais furent mieux accueillis, mais non plus influents que ceux de la maison d'Autriche. Jean Corvin, le fils du roi glorieux, ferme, constitutionnel malgré ses actions arbitraires, fut d'abord acclamé. Il avait même pour lui quelques hommes de haute naissance; il comptait parmi ses partisans l'archevêque Varday' et un autre prélat lettré, négociateur expérimenté et habile, Jean Pruisz. Seulement' le fils naturel du feu roi, jeune homme intelligent mais un peu mou, ne sut pas profiter de l'occasion ; il laissa les discussions traîner en longueur, et la petite noblesse fatiguée se retirer dans ses domaines en laissant une soixantaine de délégués chargés
1 . Satis consentaneum esse videtur, lupis lupum et ursis, ai dicitur, ursum praBesse (Tubero, ch. 7).
2. Sa correspondance [Pétri de Varda epistolœ, Posonii 1776 in-4o) prouve la grande importance politique de ce prélat dans les dernières années du XV' siècle.
28 fflSTOIRE GÉNÉRALE DES HONGROIS
de la représenter dans le vote ûnal. Les magnats étaient désormais libres de donner cours à leurs préférences pour Wladislas ; beaucoup d'entre eux y étaient portés non par leur égoïsme, mais parla crainte de voir la Moravie détachée du royaume magyar : avec Wladislas, pensaient- ils, un vaste état, capable de résister aux Turcs et à l'Autriche, sans Wladislas un royaume affaibli et démembré. Pruisz lui-même fut décidé par cette raison sans doute; Etienne Zâpolya, qui était resté dans Vienne à la tête de l'armée pour devenir, comme il l'était devenu en effet, le maître de la situation, prit le même parti, et Wladislas II fut proclamé roi de Hongrie.
A la première nouvelle de son succès, transporté de joie il se mit en marche. Auprès de Tyrnau il rencontra une délégation de la diète, embrassa les députés en pleurant d'émotion, et promit tout ce qu'on voulut : il résiderait habituellement en Hongrie, conserverait toutes les conquêtes de Mathias à moins d'être autorisé par rassemblée à en céder une partie. Il jurait de respecter toutes les libertés nationales, de remédier aux abus du règne précédent, de secontenter des impôts réguliers. Il confirmait un traité tout récent qui donnait de riches compensations à Jean Corvin, détourné et même dégoûté de ses prétentions par son premier échec. Toutes ces promesses furent prises au sérieux, et jamais souverain ne fut plus acclamé en entrant pour la première fois dans sa capitale que Wladislas II le jour où il franchit les murailles de Bude.
Ce fut le signal de la guerre avec T Au triche. Maximilien reconquit l'archiduché ville par ville; les populations, humiliées de l'occupation magyare, forçaient les garnisons à livrer les forteresses, et Zâpolya ne songea même pas à
protéger sérieusement une conquête dont le maiijtien était à vrai dire impossible. Ce qui est plus grave c'est que le territoire hongrois ne fut pas mieux défendu. Pendant que Ton célébrait dans Albe royale les fêtes du couronnement où Jean Gorvin figurait à la première place, consentant volontiers à porter dans ses mains la couronne destinée à son heureux rival; au nord, à l'ouest, une double invasion commençait. Albert de Pologne faisait la guerre à son frère et ne renonçait à la couronne qu'en obtenant des principautés en Silésie. Maximilien occupait les comitats de TOuest et finissait par prendre Albe royale. Cette fois l'humiliation était si grande que les grands capitaines, Kinizsy, Bàthory, marchèrent avec fureur contre les Autrichiens et les repoussèrent. Des négociations s'ouvrirent à Presbourg; il en sortit un long et minutieux traité^ dans lequel il était question de tous les projets et de tous les intérêts des maisons princièrés, mais où l'on ne parlait pas plus de la nation magyare que si elle n'avait jamais existé. Maximilien conservait le titre de roi de Hongrie, et reprenait Tarchiduché sans restituer les places de la frontière. La couronne devait passer à la maison d'Autriche si Wladislas n'avait pas de fils.
Cet incroyable traité souleva l'indignation générale; déjà Pruisz s'était retiré dans un cloître, désespéré d'avoir contribué à l'élévation d'un pareil souverain. La diète de 1492 retentit des plaintes les plus amères, et inaugura une longue et intermittente lutte législative qui était au fond une lutte pour l'indépendance nationale. Les prétentions rivales des princes des diverses maisons, si elles n'étaient contei^ues par la résistance des assemblées, ne pouvaient aboutir