Dessewffy levelezésey I
2. Voir Hœusser, III, 466-495. — Du reste, Springer est sévère surtout pour rarchiduc Jean, et il constate (I, 91) ranarchie qui régnait dans les conseils de TA^utriche.
Juge en pareil cas. Les soldats français disaient : « ils sont » braves mais non dressés, » ou encore : « voilà des gardes » nationaux braves , mais mal exercés , et qui ne feront » qu'accroître notre gloire*. » Napoléon en parlait quelquefois avec un grand dédain : « Si les vingt-quatre escadrons » qu'on a aperçus sur la rive gauche étaient de Tinsurrec-' » tion hongroise, ce ne serait pas grand chose; » — « lé » prince Es?terhâzy avec quelques mille cavaliers de l'in- » surrection hongroise a paru du côté d'QEdenbourg. Nous » espérons que vous tomberez sur les derrières de cette co- » lonne et que vous écraserez son arrière-garde, » — « ces 3» recrues ne savent pas faire usage de leurs fusils. » Mais TEmpereur changeait de ton quelquefois : il regardait la prise de Raab comme un grand succès. Il grondait le vicèroi Eugène d'avoir renvoyé sur parole les of&ciers prison-' niers; et comme son beau-fils lui expliquait qu'il ne les avait point mis en liberté, et qu'il avait exigé leur parole de se rendre à l'endroit par lui désigné. Napoléon se montrait content que Ton n'eût pas imprudemment augmenté lé nombre de ses ennemis. — Mais il ne voulait pas non plus les pousser à bout, il continuait à répandre parmi eux son inutile proclamation; il en faisait publier une nouvelle pour promettre son pardon à tous les insurgés qui rejoindraient leurs foyers '.
Les Français et leur chef voyaient donc dans les Magyars de l'insurrection des adversaires affaiblis par la défiante politique de leur roi, mais de sérieux adversaires. L'Autriche elle-même a ratifié ce jugement : l'appréciation, loyale
1. Dessewffy levelezése, I, 90. Ces propos de soldats sont cités en langue française dans une lettre écrite en magyar.
2. Correspondance de Napoléon, XIX, 180, 183, 187, 200, 234, 237.
comme toujours, de Tarchiduc Charles et du palatin, les nombreuses décorations décernées aux combattants hongrois, prouvent que tout le monde à Tienne n'était pas injuste. La cour s'adresse à eux, dès le 25 juin, par une nouvelle levée de quarante mille hommes, épuisement suprême auquel se refusèrent les comitats à cause de la forme illégale de cet ordre, mais que les familles s*infligèrent volontairement. Ces derniers efforts augmentèrent Tarmée de Tarchiduc Charles, et surtout après Thonorable défaite de Wagram, formèrent peu à peu une précieuse réserve. L'insurrection des comitats de la Theiss complétait son effectif; on finissait par s'exercer très-bien. Une nouvelle armée était prête, si l'armistice de Znaym aboutissait à d'inacceptables propositions de paix.
Nous sommes donc arrivés au dernier acte de cette singulière lutte politique, à l'intervalle qui sépare la bataille de Wagram de la paix de Vienne. Napoléon ne savait quel parti prendre à l'égard de TAutriche qui semblait terrassée, mais dont il connaissait bien les racines vivaces. Il songea sérieusement à démembrer cette incorrigible puissance, mais c'était une tentative imprudente si l'on ne prenait pas la précaution de sonder les dispositions des peuples. Ce n'est pas pour rien que Napoléon avait délégué au commandement de Raab un séduisant politique de l'ancien régime, bien plus diplomate que général. M. de Narbonne eut pour mission de faire désirer, et si possible de faire demander par les Hongrois une complète indépendance nationale. Il travailla daDS ce sens pendant plusieurs semaines, avec un tel succès, s'il faut Ten croire, qu'il en fut presque effrayé, car il craignait de ne pouvoir apaiser les passions qu'il avait déchaînées. La paix devienne serait donc arrivée juste à temps pour sauver
LA HONGBIE AUTRIGHIENNE 405
rexistence de l'Empire. Cette opinion du négociateur nous est transmise par M. Villemain dans un fort curieux passage de ses Souvenirs contemporains^.
N'est-ce point une illusion? Nous nous sommes fait sur cette époque héroïque une légende de victoires généreuses, d'occupations militaires bienfaisantes pour les pays conquis, de propagation des idées françaises par les garnisaires et le bivouac :
Les nations reiûes par nos conquêtes, Couvraient de fleurs le front de nos soldats,
Ce' qui n'est pas plus vrai, hélas I de la république que de l'ancien régime : la mémoire deCustines est exécrée sur les bords du Mein ; et quant aux armées de l'Empire, elles ont produit dans toute l'Europe un même effet, qui a été d'exaspérer les peuples contre la France, depuis Cadix jusqu'à Moscou. Sans doute il y a un fond de vérité dans la légende jacobine et bonapartiste; sans doute Tinidative généreuse de la France se faisait sentir par intervalles, et déposait dans le sol le plus rebelle des germes d'inévitable progrès; mais ce fut l'œuvre des idées, non de la force : la force s'est fait détester, comme toujours.
La Hongrie n'a pas fait exception. Quelque clémentes que fussent à son égard les instructions du vainqueur, il est facile de voir, par les ordres qu'il dictait à ses lieutenants, que ce pays n'échappait pas entièrement aux lois de la guerre : Envoyez-moi des ancres de Hongrie, environ deux cents (pour les travaux de l'île Lobau). — Le paya où vous êtes est celui des bons chevaux hongrois : demandez-en un
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millier soit par réquisition, soit pour de Taisent ^ Le comte Dessewffy nous fait connaître de singuliers détails sur l'occupation française dans les comitats de l'ouest V Des soldats envahissent le château des Batthyàny près de Kôrmônd, ils n'ont garde, chez un magnat hongrois, d'oublier la cave : bientôt grisés par ces vins capiteux, ils défoncent les tonneaux qu'ils n*ont plus la force de boire, répandent à grands flots le tokay seigneurial, authentique, et s'en vont après cette exécution sacrilège. Â Zala-Egerszeg, les autorités du comitat délibéraient dans leur grande salle, lorsqu'arrivent des chasseurs français : l'un d'eux saute sur la table, et pour s'amuser menace de son épée le comte François Batthyàny. Le comitat de Weszprim reçoit Tordre de fournir trente mille rations de pain par jour, énorme contribution pour un pays déjà éprouvé. Sur les frontières de Turquie mieux encore : on accuse les Français d'exciter les Turcs contre les Croates. Or il n'y avait pas vingt ans que les chrétiens et les musulmans du Danube s'étaient combattus pour la dernière fois. Les Français étaient regardés comme des païens depuis les récentes violences exercées contre le pape, et Napoléon se plaignait à l'archevêque de Vienne que l'on transformât une lutte politique en guerre de religion : il faut convenir que si Tassertion de Dessewffy au sujet des Turcs est exacte, ce qui est douteux, les ofBciers français de la Dalmatie ont pris à tâche de justifier les ennemis de leur maître.
Quoique les soldats eussent montré plus de gaminerie que de cruauté, les vaincus n'en revenaient pas de voir les Fran-